Cette étude pilote prospective, randomisée en double aveugle et contrôlée évalue la faisabilité, l’acceptabilité et l’efficacité préliminaire de la psychothérapie assistée par la psilocybine chez des patients présentant un trouble sévère de l’usage de l’alcool associé à des symptômes dépressifs persistants après un sevrage.
Trente participants adultes récemment sevrés reçoivent deux administrations orales espacées de trois semaines, contenant soit une dose active de 25 mg de psilocybine, soit une très faible dose de contrôle de 1 mg, en complément d’un programme intensif de prévention des rechutes en hospitalisation.
Les résultats démontrent une faisabilité satisfaisante ainsi qu’un profil de sécurité favorable. À 12 semaines, le groupe recevant 25 mg présente un taux d’abstinence significativement plus élevé, une diminution marquée du pourcentage de jours de consommation d’alcool, une baisse de la fréquence du craving et une proportion notable de répondeurs au niveau dépressif par rapport au groupe contrôle.
L’étude vise à déterminer la faisabilité et l’acceptabilité d’un protocole de psychothérapie assistée par la psilocybine chez des patients hospitalisés présentant une comorbidité entre un trouble sévère de l’usage de l’alcool et des symptômes dépressifs persistants.
Elle cherche également à explorer l’efficacité préliminaire de cette intervention sur le maintien de l’abstinence, la réduction de la consommation d’alcool, le craving, la régulation émotionnelle et la sévérité des symptômes dépressifs à 12 semaines de suivi.
- Type d’étude : Essai clinique pilote prospectif, monocentrique, randomisé en double aveugle et en groupes parallèles (ratio 2:1).
- Participants : 30 adultes (âge moyen 49 ± 10 ans ; 43 % de femmes) souffrant d’un trouble sévère de l’usage de l’alcool (critères DSM-5) et d’une dépression (score BDI-II ≥ 14), sevrés depuis 14 à 60 jours.
- Intervention : Deux séances de psychothérapie assistée par la psilocybine espacées de 3 semaines, avec 25 mg (n = 20) ou 1 mg (n = 10), intégrées à un programme standardisé de prévention des rechutes de 4 semaines comprenant des séances de préparation, de prise supervisée (6 heures) et d’intégration. Le maintien des antidépresseurs est autorisé.
- Mesures et évaluations : Critère principal sur la faisabilité et l’acceptabilité (taux d’inclusion, complétion des séances). Critères secondaires portant sur la consommation d’alcool (TLFB), le délai de rechute, le craving (CEQ), la dépression (BDI-II), la régulation émotionnelle (DERS) et le maintien du double aveugle sur 12 semaines.
- Faisabilité et tolérance : 95 % des patients du groupe 25 mg complètent la seconde séance contre 60 % dans le groupe contrôle, où 4 patients refusent la seconde dose après avoir deviné leur attribution. Aucun événement indésirable grave attribuable au traitement n’est observé.
- Consommation d’alcool : À 12 semaines, le taux d’abstinence continue est significativement supérieur dans le groupe 25 mg (55 % contre 11 % ; p = 0,043). La réduction du pourcentage de jours de consommation est également significativement plus importante (-100 % contre -93 % ; p = 0,038).
- Craving et dépression : Une baisse significative de la fréquence du craving est constatée à 12 semaines dans le groupe 25 mg (-8 contre +7 ; p = 0,045). De plus, 45 % des participants du groupe 25 mg obtiennent une réduction d’au moins 80 % de leur score BDI-II, contre 0 % dans le groupe contrôle (p = 0,027).
- Impact des antidépresseurs : La prise concomitante d’antidépresseurs sérotoninergiques n’altère pas significativement la réponse thérapeutique globale sur l’alcool et la dépression, bien qu’elle réduise certaines dimensions subjectives aiguës telles que l’anxiété.
Cette étude apporte des données préliminaires prometteuses indiquant que la psychothérapie assistée par la psilocybine représente une approche envisageable, sûre et potentiellement efficace pour traiter simultanément l’addiction à l’alcool et les troubles dépressifs comorbides après sevrage.
Le maintien sans interruption des antidépresseurs usuels durant le protocole suggère qu’un sevrage médicamenteux préalable n’est pas impératif, facilitant ainsi l’accès à ce type d’intervention en pratique clinique hospitalière.
Les auteurs recommandent la conduite d’essais cliniques multicentriques de plus grande envergure pour confirmer ces résultats d’efficacité et ajuster les modalités de contrôle méthodologique.
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