Aller au contenu
Psychédélique(s) étudié(s) : Ayahuasca, DMT
Publiée le 31 mars 2006
Type : Essai clinique
Auteurs : Jordi Riba, Sergio Romero, Eva Grasa, Esther Mena, Ignasi Carrió, Manel J. Barbanoj
Résumé :

L’ayahuasca est une préparation végétale psychoactive sud-américaine qui associe la diméthyltryptamine (DMT), un psychédélique sérotoninergique, à des inhibiteurs de la monoamine-oxydase qui permettent à la DMT d’être active par voie orale. Bien que ses effets psychotropes soient caractérisés par une attention introspective accrue, des modifications des perceptions corporelles et des émotions intenses souvent associées à des visions, ses corrélats neuronaux restent peu documentés.

Cette étude en double aveugle et contrôlée par placebo examine les modifications du débit sanguin cérébral régional induites par l’ayahuasca chez 15 volontaires masculins sains ayant une expérience préalable des psychédéliques. L’imagerie par tomographie d’émission monophotonique (SPECT) révèle une activation significative de plusieurs structures cérébrales frontales et paralimbiques.

Les résultats mettent en évidence une augmentation de la perfusion sanguine au niveau de l’insula antérieure, du cortex cingulaire antérieur, du cortex frontomédian et de la région amygdale/gyrus parahippocampique. Ces structures jouent un rôle central dans l’intéroception et le traitement des émotions, suggérant que la neurotransmission sérotoninergique module ces réseaux neuronaux lors de l’état modifié de conscience induit par l’ayahuasca.

Objectif :

L’étude vise à évaluer les effets d’une dose aiguë d’ayahuasca sur le débit sanguin cérébral régional et à identifier les corrélats neuroanatomiques de ses effets psychotropes et introspectifs chez l’être humain.

Méthodologie :
  • Type d’étude : Essai clinique randomisé en double aveugle contre placebo en chassé-croisé.
  • Participants : 15 volontaires masculins sains âgés de 20 à 38 ans, ayant déjà consommé des substances psychédéliques à de multiples reprises.
  • Substances et administration : Administration orale unique d’ayahuasca lyophilisée et encapsulée équivalant à 1,0 mg de DMT/kg de poids corporel, ou d’un placebo contenant du lactose.
  • Neuroimagerie : Mesure du débit sanguin cérébral régional par tomographie d’émission monophotonique (SPECT) avec injection intraveineuse du radiotraceur éthylcystéinate dimère marqué au technétium-99m (Tc-99m-ECD) à 100–110 minutes après l’ingestion, suivie d’une acquisition d’images à 3 heures post-dose.
  • Évaluations psychométriques : Utilisation de la “Hallucinogen Rating Scale” (HRS) et de l'”Addiction Research Center Inventory” (ARCI) pour quantifier les modifications subjectives, émotionnelles et somatiques.
Résultats principaux :
  • Activations paralimbiques et frontales : L’administration d’ayahuasca entraîne une augmentation significative de la perfusion sanguine cérébrale bilatérale dans l’insula antérieure et le gyrus frontal inférieur, avec une prédominance dans l’hémisphère droit.
  • Cortex cingulaire et régions limbiques : Des augmentations marquées du débit sanguin sont observées dans le cortex cingulaire antérieur/gyrus frontal médial droit, le cortex cingulaire antérieur ventral/gyrus sous-calleux, ainsi que dans le complexe amygdale/gyrus parahippocampique gauche.
  • Absence de désactivation : Aucune diminution significative du débit sanguin cérébral régional n’est détectée dans l’ensemble du cerveau.
  • Effets subjectifs : L’ayahuasca produit des augmentations significatives sur l’ensemble des échelles de la HRS (somestésie, affect, perception, cognition, volition, intensité) ainsi que sur les échelles d’euphorie, d’effets stimulants et somato-dysphoriques de l’ARCI.
Implications cliniques :

Les zones activées par l’ayahuasca, en particulier l’insula antérieure droite et le cortex cingulaire antérieur, constituent les composantes clés du système neuronal sous-tendant l’intéroception, la conscience corporelle explicite et la genèse des sentiments subjectifs. Ces résultats expliquent sur le plan neurobiologique les sensations somatosensorielles et l’introspection profonde rapportées par les consommateurs.

L’étude souligne également le rôle modulateur central des récepteurs sérotoninergiques 5-HT2A dans le traitement émotionnel et la représentation des états corporels internes, ouvrant des perspectives de recherche pour comprendre les mécanismes thérapeutiques potentiels des substances psychédéliques dans les troubles affectifs et les addictions.

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

Retour en haut
Rechercher