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Silhouette humaine entourée de champignons lumineux, illustration symbolique des effets physiques d'une séance de psilocybine sur le corps

À l’approche d’une première séance de psilocybine, l’attention se porte presque toujours sur ce qui va se passer dans l’esprit : les images, les émotions, le sens qu’on va en tirer. Le corps, lui, reste dans l’ombre. Pourtant les données existent, précises et chiffrées, tirées d’essais menés en conditions strictement contrôlées. Elles répondent à une question simple mais rarement posée avec autant de rigueur : pendant les heures d’une séance et les jours qui suivent, que traverse réellement le corps ? Et ces réactions physiques s’effacent-elles complètement une fois la séance terminée ?

Le cœur et la tension artérielle pendant la séance

Sous psilocybine, le cœur accélère et la tension grimpe, mais de façon mesurée. Aucune poussée d’hypertension sévère n’a été enregistrée, même aux doses les plus fortes testées.

Une tension qui grimpe, mais reste loin du danger

La tension artérielle se mesure par deux chiffres : la tension systolique, la pression exercée au moment précis où le cœur se contracte pour propulser le sang, et la tension diastolique, mesurée entre deux battements, quand le muscle cardiaque se relâche. On note l’une au-dessus de l’autre, par exemple 120/80, une valeur généralement considérée comme normale au repos.

Isabelle Straumann et son équipe de l’Hôpital universitaire de Bâle (Suisse) ont réuni les données de trois essais cliniques menés en double aveugle contre placebo, portant au total sur 85 participants en bonne santé ayant reçu 113 prises de psilocybine, à des doses allant de 15 à 30 mg. Avant toute prise, leur tension se situait en moyenne autour de 130/80, une valeur tout à fait ordinaire. Après la dose la plus forte testée, le chiffre du haut, la systolique, est monté à 146 en moyenne 1. Cette hausse reste comparable à ce que le corps traverse en montant deux ou trois étages à pied d’un pas soutenu.

Ce seuil n’est pas anodin, mais il n’a jamais été franchi : dans l’ensemble des séances étudiées par l’équipe de Bâle, la tension n’a jamais dépassé 180 1, le seuil au-delà duquel on parle d’hypertension sévère. Ce chiffre compte : au-delà, le risque d’accident vasculaire cérébral ou de crise cardiaque augmente chez les personnes déjà fragiles sur le plan cardiovasculaire 2.

Le cœur, plus calme qu’on pourrait le croire

Contrairement à une idée reçue, le cœur ne s’emballe pas de façon spectaculaire. Avant la séance, le pouls des participants tournait en moyenne autour de 74 battements par minute, un rythme de repos habituel. À la dose la plus forte, la moyenne est montée à 82 battements par minute environ, à peine plus qu’une marche modérée, sans différence jugée significative par rapport au placebo sur l’ensemble du groupe.

Une seule exception mérite d’être mentionnée : chez un participant, le pouls a atteint 140 battements par minute à un instant donné, la valeur la plus élevée enregistrée dans toute l’étude. Un cas isolé, sans qu’aucune intervention médicale n’ait été nécessaire 1.

La tension artérielle et le rythme cardiaque ne racontent cependant pas toute l’histoire. La psilocybine agit aussi sur un autre indicateur, plus discret mais tout aussi révélateur : la température du corps.

Pendant les séances de psilocybine étudiées chez des volontaires en bonne santé, tension, fréquence cardiaque et température ont pu augmenter. Les valeurs moyennes observées restaient toutefois éloignées des seuils les plus préoccupants. Cette représentation simplifie des données recueillies en cadre clinique contrôlé.

La température corporelle grimpe, sans jamais s’emballer

La température du corps augmente légèrement pendant la séance, un peu comme lors d’une fièvre modérée. Le seuil réellement préoccupant, lui, n’a jamais été atteint.

Avant la séance, la température corporelle des participants avoisinait 37 °C, la valeur de référence habituelle. Les chercheurs de Bâle suivaient deux seuils précis : l’hyperthermie, à partir de 38 °C, ce que l’on appelle couramment une fièvre modérée, et l’hyperpyrexie, un cap bien plus élevé, au-delà de 40 °C.

À la dose la plus forte testée, la température moyenne a franchi tout juste ce premier seuil. Au total, sur l’ensemble des séances observées, 16 % des prises de psilocybine ont fait grimper la température au-dessus de 38 °C 1. Le seuil de l’hyperpyrexie, lui, n’a jamais été atteint, chez aucun participant.

Ce second seuil n’est pas anodin : dans la littérature sur des substances comparables comme la MDMA, l’hyperpyrexie est décrite comme la complication la plus sérieuse, potentiellement mortelle, mais elle survient presque exclusivement en contexte non supervisé, dans des environnements chauds ou surpeuplés, chez des personnes déshydratées 2. Un cadre clinique calme, hydraté et surveillé, comme celui des essais étudiés ici, réduit fortement ce risque.

Le cas le plus élevé de la série, une température de 39 °C, reste d’ailleurs instructif : il concernait un participant chez qui les chercheurs ont ensuite suspecté un début d’infection au Covid-19, plutôt qu’un effet de la psilocybine elle-même 1.

Tension artérielle et température ne sont que deux indicateurs parmi d’autres. Au-delà de ces mesures objectives, la plupart des participants rapportent aussi des sensations plus banales, mais bien réelles, dans les heures qui suivent la prise.

Les inconforts les plus fréquents dans les premières heures

Fatigue, céphalées, nausées : la plupart des participants ressentent au moins un inconfort physique après la prise. Mais ces sensations restent généralement légères et s’estompent rapidement.

Fatigue, céphalées, nausées : le trio de tête

Les trois essais originaux, menés à l’Hôpital universitaire de Bâle, utilisaient le même questionnaire validé, listant 66 inconforts possibles, avant la prise puis à 12 heures et à 24 heures. Isabelle Straumann et son équipe ont ensuite rassemblé ces données pour cette analyse groupée. La céphalée arrive en tête des plaintes : elle touche 55 % des participants dans les 12 premières heures, une proportion qui redescend à 42 % au bout de 24 heures 1.

La nausée suit un chemin comparable, mais s’efface plus vite : présente chez 39 % des participants dans les 12 premières heures, elle ne concerne plus que 4 % d’entre eux le lendemain 1.

La fatigue, elle, est quasiment universelle. Les chercheurs la décrivent comme un état d’épuisement proche de celui que l’on ressent après un effort intense, mental ou physique, plutôt que comme un signe inquiétant 1.

Une liste plus longue, mais des symptômes rares et passagers

Le même questionnaire recense une palette plus large de sensations, moins fréquentes que les trois précédentes mais bien réelles pour une partie des participants : bouche sèche, frissons, vertiges ou tension musculaire. Toutes ont un point commun : elles restent transitoires et se limitent à la séance elle-même 1.

Reste une question logique : ces sensations disparaissent-elles complètement, ou une partie persiste-t-elle au-delà de la première journée ?

Chronologie simplifiée des manifestations physiques rapportées dans les essais : les céphalées et nausées étaient surtout relevées dans les premières 24 heures ; les épisodes de réminiscence étaient minoritaires et généralement brefs ; les marqueurs rénaux et hépatiques contrôlés environ un mois après la dernière prise sont restés stables dans l’étude.

Et 24 heures plus tard, le retour progressif à la normale

Passé le premier jour, les symptômes s’estompent. Dans les 48 heures qui suivent la sortie de l’hôpital, la fréquence des désagréments rejoint celle observée avec un placebo.

Un des points les plus rassurants de cette étude concerne ce qui se passe après la sortie du laboratoire. Dans les 48 heures suivant leur retour à domicile, les participants ayant reçu de la psilocybine ne rapportent pas plus de désagréments que ceux ayant reçu un placebo, une préparation sans substance active qui sert de point de comparaison 1.

Les céphalées, par exemple, concernaient 10 % des participants ayant reçu de la psilocybine contre 7 % sous placebo, un écart minime. La nausée suivait un schéma comparable : 3 % contre 0 % sous placebo, un écart tout aussi limité 1.

Ces symptômes résiduels ne sont d’ailleurs pas propres à la psilocybine : les chercheurs notent que la fatigue et les céphalées apparaissaient aussi chez les participants sous placebo, probablement liées aux conditions de l’essai lui-même, comme une journée entière passée alitée sans caféine 1.

Un autre phénomène, plus spécifique et souvent mal compris, mérite qu’on s’y attarde séparément : les flashbacks.

Les flashbacks : rares, brefs, rarement inquiétants

Quelques participants ont revécu brièvement des sensations de la séance, parfois plusieurs jours plus tard. Un phénomène minoritaire, généralement sans détresse associée.

Un flashback, dans ce contexte précis, désigne la réapparition brève et spontanée de sensations propres à l’état modifié de conscience vécu pendant la séance, en dehors de toute nouvelle prise de substance. Le phénomène reste minoritaire : sur les 85 participants de l’étude, 6 % ont rapporté au moins un épisode 1.

Dans la grande majorité des cas, cet épisode était unique et survenait entre 10 et 72 heures après la prise, soit dans les trois jours suivant la séance. Les participants concernés ne décrivaient pas ces moments comme perturbants 1.

Une seule exception s’est distinguée : chez un participant, des réminiscences visuelles sont revenues à plusieurs reprises sur plusieurs mois, sans toutefois être vécues comme gênantes ou effrayantes. Ce cas reste néanmoins très différent du syndrome persistant de perception liée aux hallucinogènes (HPPD), un trouble plus rare et plus durable, qu’aucun participant de cette étude n’a développé 1.

Au-delà de ces sensations passagères, une dernière question mérite d’être posée : la psilocybine laisse-t-elle une trace plus durable sur des organes comme les reins ou le foie ?

Le verdict sur les reins et le foie, un mois plus tard

Un mois après la dernière prise, les marqueurs sanguins des reins et du foie restent inchangés. Seule une baisse attendue, sans lien avec la substance, a été observée.

Après la dernière séance, les participants sont revenus environ un mois plus tard pour une prise de sang de contrôle. Les chercheurs y ont mesuré plusieurs marqueurs qui reflètent le fonctionnement des reins, dont la créatinine, un déchet que ces organes filtrent normalement du sang, ainsi que des enzymes qui signalent l’état du foie 1.

Résultat : tous ces marqueurs sont restés stables entre le début et la fin de l’étude, sans différence mesurable liée à la prise de psilocybine. Aucun signe d’atteinte rénale ou hépatique n’a été observé, même chez les participants ayant reçu plusieurs administrations au cours de l’étude 1.

Un seul chiffre a légèrement baissé : le taux d’hémoglobine, la protéine qui transporte l’oxygène dans le sang. Cette baisse s’explique simplement : chaque participant a subi plusieurs prises de sang au fil des séances, ce qui suffit à l’expliquer, sans lien avec un effet de la psilocybine sur l’organisme 1.

Ce tableau physiologique, mesuré avec précision par l’équipe de Bâle, ne dit cependant rien d’une question que beaucoup se posent : la psilocybine se comporte-t-elle comme les autres substances utilisées en thérapie assistée ?

Une intensité différente selon la substance

Face à la MDMA, une autre substance utilisée en thérapie assistée, la psilocybine se montre nettement plus douce sur le plan cardiovasculaire. La comparaison directe entre les deux est éclairante.

Isabelle Straumann et son équipe se sont appuyés sur une analyse comparable, menée quelques années plus tôt par Patrick Vizeli et Matthias Liechti, portant sur la MDMA, une autre substance utilisée en thérapie assistée. Réalisée dans le même laboratoire, avec la même méthodologie, sur 166 participants sains, cette étude permet une comparaison directe 2.

Les écarts sont nets. Une tension supérieure à 160 mmHg a été observée chez 33 % des participants sous MDMA, contre 6 % sous psilocybine. Une accélération marquée du rythme cardiaque a touché 29 % des participants sous MDMA, contre 7 % sous psilocybine 1, 2.

Dans deux analyses réalisées selon une méthodologie comparable chez des volontaires en bonne santé, les dépassements de tension supérieure à 160 mmHg et les accélérations marquées du rythme cardiaque ont été rapportés plus souvent sous MDMA que sous psilocybine. Les proportions de températures dépassant 38 °C étaient, elles, proches. Comparaison indirecte : elle ne permet pas de conclure à une sécurité individuelle ni à l’équivalence des contextes thérapeutiques.

La température corporelle, elle, évolue de façon comparable entre les deux substances : 19 % des participants sous MDMA ont dépassé 38 °C, contre 16 % sous psilocybine, un écart minime 2. Cette différence de profil cardiovasculaire s’explique en partie par le mode d’action des deux substances : la MDMA libère notamment de la noradrénaline, une hormone qui stimule directement le cœur et les vaisseaux sanguins, un mécanisme que la psilocybine n’active pas de la même façon 2.

Cette comparaison dessine un profil plutôt favorable pour la psilocybine parmi les substances actuellement utilisées en thérapie. Mais elle repose, comme les données précédentes, sur des volontaires en bonne santé. Qu’en est-il chez des patientes et des patients confrontés à une dépression résistante ?

Ces chiffres se confirment-ils chez des patientes et des patients ?

Les données précédentes viennent de volontaires en bonne santé. Un essai mené chez des personnes souffrant de dépression résistante retrouve le même trio de symptômes en tête de liste.

En 2022, Guy Goodwin et son équipe ont publié dans le New England Journal of Medicine les résultats d’un essai mené directement chez 233 personnes souffrant de dépression résistante, c’est-à-dire n’ayant pas répondu à plusieurs traitements antérieurs. Contrairement aux études précédentes, il ne s’agit plus de volontaires en bonne santé mais de personnes suivies pour leur maladie 3.

Le constat rejoint celui observé à Bâle : 77 % des participants ont rapporté au moins un effet indésirable, avec les mêmes symptômes en tête de liste que chez les volontaires sains, céphalées, nausées et vertiges 3.

Cette convergence est plutôt rassurante : le profil physique observé chez des volontaires en laboratoire semble donc se retrouver, dans les grandes lignes, chez des personnes réellement suivies pour une dépression résistante.

Reste à savoir ce que l’ensemble de ces données change concrètement pour qui envisage une séance de psilocybine.

Ce que ces données changent pour qui envisage une séance

Le corps, pendant une séance de psilocybine, traverse une série de réactions mesurables mais mesurées. La tension artérielle grimpe, sans jamais franchir les seuils qui inquiéteraient un médecin. La température suit une trajectoire similaire, contenue. Les inconforts les plus courants, céphalées et nausées en tête, s’estompent en un jour ou deux, sans laisser de trace détectable dans le sang un mois plus tard. Les flashbacks existent, mais restent l’exception plutôt que la règle et se distinguent nettement de troubles plus persistants.

Comparée à d’autres substances utilisées en thérapie assistée, la psilocybine se situe plutôt du côté sobre du spectre physiologique. Et ce constat, établi d’abord chez des volontaires en laboratoire, se confirme pour l’essentiel chez des personnes réellement suivies pour une dépression résistante.

Cela ne dispense pas d’un cadre sérieux : encadrement médical, écoute attentive et suivi après la séance restent les meilleurs garants d’une expérience sans mauvaise surprise. Mais sur le plan strictement physique, les données disponibles aujourd’hui dessinent un profil de sécurité qui, loin de tout sensationnalisme, mérite d’être connu.


🫀 Psilocybine et corps : ce que révèlent vraiment les chiffres
Tension, température, céphalées, flashbacks : la science mesure aujourd’hui avec précision ce que traverse le corps pendant une séance encadrée. Un profil globalement rassurant, à condition de rester dans un cadre clinique sérieux.
💭 Et vous, qu’est-ce qui vous inquiète le plus à l’idée d’une première séance ?
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Sources :

  1. Straumann, Isabelle et al. (2024). Safety pharmacology of acute psilocybin administration in healthy participants
  2. Vizeli, Patrick & Liechti, Matthias E. (2017). Safety pharmacology of acute MDMA administration in healthy subjects
  3. Goodwin, Guy M. et al. (2022). Single-Dose Psilocybin for a Treatment-Resistant Episode of Major Depression

La rédaction de Therapsychedelic

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