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Psychédélique(s) étudié(s) : Ibogaïne, Kétamine, LSD, MDMA, Psilocybine
Publiée le 14 juin 2023
Type : Etude préclinique
Auteurs : Romain Nardou, Edward Sawyer, Young Jun Song, Makenzie Wilkinson, Yasmin Padovan-Hernandez, Júnia Lara de Deus, Noelle Wright, Carine Lama, Sehr Faltin, Loyal A. Goff, Genevieve L. Stein-O'Brien, Gül Dölen
Résumé :

Cette étude démontre chez la souris que la capacité de rouvrir la période critique d’apprentissage de la récompense sociale constitue une propriété commune partagée par diverses substances psychédéliques, qu’elles soient empathogènes, hallucinogènes, dissociatives ou onéirogènes.

La durée pendant laquelle cette fenêtre de plasticité demeure ouverte varie selon les composés et s’avère proportionnelle à la durée des effets subjectifs aigus rapportés chez l’humain. Ainsi, la réouverture dure environ quarante-huit heures après l’administration de kétamine, deux semaines après la psilocybine ou la MDMA, trois semaines après le LSD et au moins quatre semaines après l’ibogaïne.

Sur le plan mécanistique, ce phénomène s’accompagne d’une restauration métaplastique de la dépression à long terme induite par l’ocytocine dans le noyau accumbens. L’analyse transcriptomique révèle que la réouverture de cette période critique ne dépend pas exclusivement du récepteur 5-HT2A ni de la signalisation par la bêta-arrestine-2, mais converge vers un remodelage coordonné et durable de la matrice extracellulaire.

Objectif :

L’étude vise à déterminer si la capacité de rouvrir la période critique d’apprentissage de la récompense sociale, initialement mise en évidence avec la MDMA, se généralise à d’autres classes de substances psychédéliques dotées de cibles pharmacologiques distinctes.

Les auteurs cherchent également à mesurer la cinétique temporelle de cette fenêtre d’ouverture pour chaque composé et à identifier les mécanismes synaptiques, cellulaires et moléculaires communs qui sous-tendent cette forme de plasticité dépendante du contexte.

Méthodologie :
  • Modèle animal : Utilisation de souris mâles adultes C57BL/6J sauvages ainsi que de lignées knock-out pour la bêta-arrestine-2 (β-arr2-KO).
  • Composés évalués : Administration intrapéritonéale de psilocybine (0,1 à 0,3 mg/kg), de LSD (1 ou 50 µg/kg), de kétamine (3 ou 100 mg/kg), d’ibogaïne (40 mg/kg), de MDMA (10 mg/kg), de cocaïne (20 mg/kg) ou d’une solution saline témoin.
  • Évaluation comportementale : Test de préférence de place conditionnée sociale (sCPP) mesuré à différents intervalles de temps (de quarante-huit heures à quatre semaines post-traitement), complété par des tests de préférence pour la cocaïne et de sensibilisation locomotrice à l’amphétamine.
  • Pharmacologie d’inhibition : Prétraitement avec la kétansérine (0,1 mg/kg), antagoniste des récepteurs 5-HT2A, trente minutes avant l’injection de psychédéliques.
  • Électrophysiologie ex vivo : Enregistrements en patch-clamp sur tranches aiguës du noyau accumbens et du cortex préfrontal médial pour mesurer les courants postsynaptiques excitateurs miniatures (mEPSC) et évaluer la dépression à long terme facilitée par l’ocytocine.
  • Séquençage transcriptomique : Analyse par ARN-seq sur tissu microdisséqué du noyau accumbens pour comparer les états où la période critique est ouverte par rapport aux états où elle reste fermée.
Résultats principaux :
  • Réouverture comportementale partagée : La psilocybine, le LSD, la kétamine et l’ibogaïne restaurent tous significativement l’apprentissage de la récompense sociale chez des souris adultes, un effet absent avec le sérum physiologique ou la cocaïne.
  • Durée proportionnelle aux effets subjectifs humains : La fenêtre d’ouverture comportementale s’étend sur quarante-huit heures pour la kétamine, deux semaines pour la psilocybine, trois semaines pour le LSD et quatre semaines pour l’ibogaïne.
  • Induction d’une métaplasticité : Les psychédéliques restaurent la capacité de l’ocytocine à induire une dépression présynaptique à long terme dans le noyau accumbens sans provoquer d’hyperplasticité basale généralisée.
  • Diversité des voies initiales : Le blocage par la kétansérine empêche la réouverture induite par le LSD et la psilocybine, mais n’affecte pas celle déclenchée par la MDMA ou la kétamine. De plus, le LSD et la MDMA requièrent la bêta-arrestine-2, contrairement à la kétamine et à l’ibogaïne.
  • Remodelage de la matrice extracellulaire : L’analyse transcriptomique identifie soixante-cinq gènes différentiellement exprimés dans l’état ouvert, démontrant une régulation homeostatique des composants et des protéases de la matrice extracellulaire (tels que Fn1 et Mmp16).
Implications cliniques :

Ces découvertes fournissent un cadre explicatif unificateur quant à l’efficacité thérapeutique durable des psychédéliques dans le traitement de divers troubles neuropsychiatriques tels que la dépression, l’addiction et le trouble de stress post-traumatique.

En agissant comme une clé biologique capable de rouvrir des périodes critiques de plasticité neuronale, les psychédéliques offrent une fenêtre privilégiée pour réapprendre et intégrer de nouvelles réponses émotionnelles et sociales, soulignant l’importance cruciale de la période d’intégration psychothérapeutique post-traitement.

Ce mécanisme suggère également l’élargissement potentiel des thérapies assistées par psychédéliques à d’autres pathologies impliquant des périodes critiques développementales ou sensorielles, comme l’autisme, la récupération post-AVC, l’amblyopie ou les déficits sensoriels.

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

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