L’étude examine le concept d’ “intégration” psychédélique à la lumière des perspectives des peuples autochtones de l’Amazonie brésilienne, en particulier les Yawanawá et les Huni Kuin. Alors que l’intégration est considérée comme centrale dans la science psychédélique occidentale pour traiter les expériences individuelles, l’auteure montre que ce terme constitue un concept étranger aux ontologies autochtones.
À travers une recherche ethnographique menée sur près d’une décennie, l’étude met en évidence que la guérison autochtone repose sur une écologie de communion relationnelle. Les médecines traditionnelles comme l’ayahuasca (“uni” ou “nixi pae”) ne sont pas perçues comme de simples substances, mais comme des êtres enseignants et ancestraux au sein d’un réseau étendu de relations humaines et non humaines.
L’étude vise à analyser les raisons pour lesquelles la notion d’ “intégration” est largement absente des contextes autochtones amazoniens. Elle cherche à explorer ce que cette absence révèle sur les divergences d’ontologies concernant le soi, la guérison, le soin et le monde.
L’objectif est également de questionner la tendance occidentale à universaliser ses propres modèles thérapeutiques et de proposer un cadre d’intégration pluriversel fondé sur la réciprocité écologique, la responsabilité et la décolonisation de l’inconscient.
- Engagement ethnographique : Travail de terrain collaboratif mené entre 2016 et 2025 auprès des peuples Yawanawá et Huni Kuin dans l’Amazonie brésilienne.
- Observation participante et rituels : Participation à la vie quotidienne, aux diètes guidées, aux cérémonies d’ayahuasca (“uni” et “nixi pae”) et à d’autres pratiques médicinales traditionnelles.
- Entretiens : Réalisation d’entretiens semi-structurés et ouverts avec des leaders spirituels, des aînés, des femmes, des jeunes et des visiteurs non autochtones.
- Cadre d’analyse théorique : Analyse croisée s’appuyant sur l’ “écologie de l’esprit” de Gregory Bateson, l’ “écosophie” de Félix Guattari, l’anthropologie relationnelle et la pensée environnementale décoloniale.
- Absence d’équivalent émique : L’étude révèle qu’il n’existe aucun concept équivalent à l’intégration occidentale chez les Yawanawá et les Huni Kuin, car la réalité n’y est pas perçue comme fragmentée au départ.
- Écologie de communion : La santé repose sur l’équilibre continuel entre l’esprit, le corps, la communauté et la nature ; la séparation et l’individualisme y sont considérés comme des formes de maladie.
- Pratiques du soin (“mesenai”) : Le soin constitue une éthique et une pratique quotidienne d’attention envers une “famille élargie” incluant les êtres non humains, les ancêtres et le territoire.
- Rôle des rêves et du corps : La guérison s’effectue à travers l’incarnation (chants, danses, peintures corporelles) et le travail avec les rêves, perçus comme le prolongement direct des enseignements des médecines.
L’étude suggère que la science psychédélique doit provincialiser le concept d’ “intégration” en le reconnaissant comme une réponse spécifique aux dualismes et à la désintégration des sociétés occidentales. L’auteure préconise de recentrer les modèles thérapeutiques sur la relationnalité, le soin et la responsabilité écologique plutôt que sur la seule interprétation intrapsychique.
L’étude souligne également la nécessité de résister à l’extraction épistémique et spirituelle. Elle invite les chercheurs et praticiens occidentaux à établir des collaborations réciproques et réparatrices à long terme avec les communautés autochtones, en respectant leurs droits, leurs médecines et leurs gouvernances spirituelles.
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