Les substances psychédéliques exercent des effets étendus sur l’activité cérébrale, mais leur incidence sur la motricité reste mal comprise. Cet enjeu est cliniquement déterminant au vu de l’intérêt émergent pour la kinésithérapie assistée par psychédéliques dans le traitement des troubles fonctionnels moteurs. Cet essai clinique de phase 1 évalue la faisabilité, la sécurité et l’impact de tâches de mouvement après l’administration de doses faibles à modérées de psilocybine chez des volontaires sains.
Les résultats mettent en évidence que la réalisation d’exercices moteurs simples et complexes demeure tout à fait réalisable jusqu’à une dose de 15 mg sans événement indésirable grave. En revanche, à la dose de 20 mg, des altérations significatives apparaissent au moment du pic des effets de la substance, en particulier sur les tâches combinant coordination motrice et fonctions cognitives complexes. Ces observations apportent des repères posologiques précieux pour l’élaboration de futurs protocoles de rééducation physique assistée par la psilocybine.
L’étude vise à évaluer la faisabilité et la sécurité de l’exécution d’une série de tâches motrices chez des volontaires sains durant la phase aiguë des effets de la psilocybine.
Elle cherche également à identifier la dose maximale tolérable permettant l’engagement moteur et à explorer l’effet de doses faibles à modérées sur des domaines moteurs précis, les modifications de la conscience et le maintien de l’insu.
- Design expérimental : Essai clinique de phase 1 pilote, randomisé, en triple aveugle et à doses croissantes mené auprès de volontaires sains.
- Participants : 13 adultes en bonne santé (âge médian : 33 ans ; 62 % d’hommes).
- Protocole d’administration : Attribution aléatoire de trois doses de psilocybine espacées d’au moins une semaine, selon deux blocs posologiques : 5 mg, 10 mg et 15 mg (bloc 1) ou 10 mg, 15 mg et 20 mg (bloc 2).
- Évaluations motrices : Tâches administrées à 1,5 h, 3 h et 4,5 h après la prise, incluant l’indice de mobilité de de Morton, l’exploration du mouvement fonctionnel, le test du bras de recherche d’action (ARAT), le test des boîtes et des blocs (“Box and Block Test”) standard et modifié, le test de substitution de symboles numériques (DSST) et un test de temps de réaction par chute de règle.
- Mesures complémentaires : Suivi des constantes vitales, recueil des événements indésirables, questionnaires sur les états modifiés de conscience (5D-ASC), échelle de dissolution de l’ego (EDI) et évaluation de l’efficacité de l’aveugle.
- Faisabilité et sécurité motrice : L’ensemble des participants réalise avec succès les tâches motrices aux doses de 5 mg, 10 mg et 15 mg. Aucun événement indésirable grave ni accident lié aux exercices n’est observé.
- Tolérance générale : Les effets indésirables les plus fréquents sont transitoires, dominés par les nausées (62 %) et les céphalées (54 %).
- Performances à 20 mg : Un participant présente une incapacité à exécuter plusieurs mouvements à 1,5 h et 3 h post-dose en raison d’une perte temporaire des repères corporels. Des diminutions significatives des scores aux tests combinant motricité et cognition (Box and Block Test et DSST) sont constatées à cette dose lors du pic d’effet.
- Améliorations à faibles doses : Des gains légers mais mesurables de vitesse motrice et d’attention sont relevés à 5 mg et 10 mg après l’atténuation du pic (à 4,5 h).
- États de conscience : Les altérations de la conscience et la dissolution de l’ego augmentent de manière dose-dépendante, atteignant leur paroxysme à 20 mg.
Cette étude démontre la faisabilité d’intégrer des exercices physiques et des tâches de rééducation motrice au cours de séances sous psilocybine, à condition de ne pas dépasser 15 mg. Cette posologie préserve les capacités d’interaction et de mouvement nécessaires aux exercices ciblés.
Le seuil de 20 mg induit en revanche une surcharge cognitive et motrice limitant la participation active. Ces conclusions fournissent des bases méthodologiques et posologiques essentielles pour concevoir de futurs essais cliniques de rééducation motrice assistée par psychédéliques, notamment dans les troubles neurologiques fonctionnels ou la récupération post-accident vasculaire cérébral.
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