L’étude aborde l’ayahuasca, une infusion végétale qui contient l’agoniste psychédélique 5-HT2A N,N-diméthyltryptamine et des inhibiteurs de la monoamine-oxydase de type harmala. L’administration aiguë de cette substance entraîne des modifications neurophysiologiques dans les régions cérébrales du réseau du mode par défaut, vraisemblablement via un mécanisme glutamatergique. En phase post-aiguë, l’ayahuasca amplifie les capacités de pleine conscience chez les volontaires et induit des effets antidépresseurs rapides et durables chez les patients résistants au traitement. Cependant, les mécanismes sous-jacents à ces effets rapides et maintenus restent mal compris.
La présente recherche investigue, dans une étude ouverte non contrôlée menée auprès de 16 volontaires sains, les modifications neurométaboliques et de connectivité induites par l’ayahuasca en phase post-aiguë, ainsi que leur association avec les mesures de pleine conscience.
Les résultats de la spectroscopie par résonance magnétique montrent des réductions post-aiguës du glutamate + glutamine, de la créatine et du N-acétylaspartate + N-acétylaspartylglutamate dans le cortex cingulaire postérieur. La connectivité augmente entre le cortex cingulaire postérieur et le cortex cingulaire antérieur, ainsi qu’entre le cortex cingulaire antérieur et les structures limbiques du lobe temporal médial droit. Les réductions de glutamate + glutamine sont corrélées à une augmentation de la sous-échelle “non-jugement” du Questionnaire des Cinq Facettes de la Pleine Conscience. Une connectivité accrue entre le cortex cingulaire antérieur et le lobe temporal médial est corrélée à des scores accrus au questionnaire d’auto-compassion. Les changements neuronaux post-aigus prédisent des élévations soutenues du non-jugement deux mois plus tard.
Ces découvertes soutiennent l’implication de la neurotransmission glutamatergique dans les effets des psychédéliques chez l’humain. Elles suggèrent en outre que les changements neurométaboliques dans le cortex cingulaire postérieur, une région clé du réseau du mode par défaut, et l’augmentation de la connectivité entre le cortex cingulaire antérieur et les structures du lobe temporal médial impliquées dans l’émotion et la mémoire, pourraient sous-tendre les effets psychologiques post-aigus de l’ayahuasca.
L’étude vise à investiguer les corrélats neuronaux de l’« after-glow » psychédélique induit par l’ayahuasca chez des volontaires sains. Elle cherche à améliorer la compréhension des mécanismes neuronaux potentiellement impliqués dans les effets thérapeutiques rapides et soutenus observés chez les patients.
Spécifiquement, elle vise à démontrer que l’ayahuasca entraîne des changements métaboliques et de connectivité dans le cerveau pendant la phase post-aiguë, soit dans les 24 heures suivant l’ingestion, en utilisant deux techniques de neuroimagerie.
Les auteurs formulent trois hypothèses principales : premièrement, les effets excitateurs dans le cortex cingulaire postérieur (PCC) et le cortex cingulaire antérieur (ACC) pendant la phase aiguë de l’ayahuasca conduisent à des diminutions mesurables des métabolites de glutamate-glutamine et d’énergie en phase post-aiguë. Deuxièmement, les changements neurométaboliques sont parallèles à une connectivité accrue entre le PCC et l’ACC, en réduisant le modèle normal d’activité cérébrale anti-corrélée entre ces régions. Troisièmement, les changements neurométaboliques et de connectivité mesurés sont corrélés à une augmentation des capacités de pleine conscience en phase post-aiguë immédiate et à un suivi deux mois plus tard.
- Approbation Éthique : L’étude a été approuvée par le Comité d’Éthique de l’Hôpital de Sant Pau à Barcelone, Espagne. Tous les participants ont fourni un consentement éclairé écrit.
- Participants : L’étude inclut 16 volontaires sains (6 femmes) ayant une expérience préalable avec l’ayahuasca. Les critères d’exclusion comprenaient les antécédents psychiatriques, la dépendance à l’alcool ou à d’autres substances, et la grossesse.
- Substance Administrée : Une seule dose d’ayahuasca est utilisée. La préparation contient 0,3 mg/mL de DMT, 0,86 mg/mL d’harmine, 0,17 mg/mL de tétrahydroharmine et 0,04 mg/mL d’harmaline. Les participants ingèrent en moyenne 148 ± 29 mL d’ayahuasca. Aucun placebo n’est utilisé dans cette investigation.
- Protocole d’Étude : Les participants sont évalués deux fois par scanner IRM : une première fois 24 heures avant la session d’ayahuasca (évaluation de base) et une seconde fois dans les 24 heures après (évaluation post-aiguë). Une évaluation de suivi est réalisée deux mois plus tard via des questionnaires.
- Acquisition et Analyse d’Images : Les images sont acquises sur un scanner Siemens Magneto TIM Trio 3T. Le protocole inclut des images structurelles T1 haute résolution, des données de spectroscopie ¹H-RM dans 3 volumes d’intérêt (PCC, ACC et cervelet), et des données BOLD au repos pour l’analyse de la connectivité fonctionnelle.
- Mesures de la Pleine Conscience : Les capacités de pleine conscience sont évaluées avant et après l’ingestion d’ayahuasca à l’aide des versions espagnoles du Questionnaire des Cinq Facettes de la Pleine Conscience (FFMQ), du Questionnaire des Expériences (EQ) et de la version courte du questionnaire d’Auto-Compassion (SC). Un indice composite “Mindsens” est également calculé.
- Effets Subjectifs Aigus : L’intensité des effets psychédéliques pendant la phase aiguë est évaluée rétrospectivement à l’aide de la version espagnole de l’Échelle d’Évaluation des Hallucinogènes (HRS).
- Analyses de Corrélation Exploratoires : Des analyses de corrélation sont menées pour explorer les associations entre les changements neurométaboliques, de connectivité fonctionnelle, les mesures d’effets subjectifs et les questionnaires de pleine conscience.
- Participation : Les 16 participants ont complété les évaluations de base et post-aiguës sans abandon.
- Neurométabolites : La spectroscopie par résonance magnétique révèle des réductions post-aiguës de glutamate + glutamine (Glx), de créatine (Cr) et de N-acétylaspartate + N-acétylaspartylglutamate (NAA-NAAG) dans le cortex cingulaire postérieur (PCC). Les concentrations d’inositol (Ins) et de choline (Cho) restent inchangées.
- Connectivité Fonctionnelle : Une augmentation de la connectivité est observée entre le PCC et le cortex cingulaire antérieur (ACC), ainsi qu’entre l’ACC et les structures limbiques du lobe temporal médial droit. Des augmentations de connectivité sont également constatées dans les aires visuelles du lobe occipital, les gyri pré- et post-centraux, le gyrus temporal supérieur et l’insula. Le PCC montre une connectivité accrue avec l’ACC et des zones visuelles du lobe occipital. Le cortex cingulaire antérieur dorsal (dACC) présente une connectivité accrue avec le cortex pariétal médial (précuneus et PCC), mais une connectivité diminuée avec les aires visuelles du lobe occipital (BA 18 et 19). Le cortex cingulaire antérieur rostral supérieur (srACC) voit sa connectivité augmenter avec les structures limbiques du lobe temporal médial droit (gyrus parahippocampique, hippocampe, amygdale), le lobe pariétal gauche et le lobe pariétal médial (cortex cingulaire postérieur). Sa connectivité avec le cortex visuel est significativement réduite en phase post-aiguë.
- Mesures de Pleine Conscience : Des augmentations significatives sont observées dans les scores de « non-jugement » et de « non-réaction » du FFMQ, ainsi que dans le questionnaire EQ et le score composite Mindsens, et le questionnaire d’Auto-Compassion (SC) en phase post-aiguë. Le score de « non-jugement » reste significativement plus élevé deux mois plus tard, bien que l’effet perde sa signification après correction FDR.
- Effets Subjectifs Aigus : L’ingestion d’ayahuasca entraîne des effets psychoactifs significatifs en phase aiguë, notamment une cognition significativement différente par rapport au placebo.
- Corrélations Exploratoires : Les diminutions de Glx dans le PCC sont corrélées à des augmentations de la sous-échelle « non-jugement » du FFMQ. L’augmentation de la connectivité srACC-PCC est corrélée aux augmentations des sous-échelles « non-jugement » et « non-réaction » du FFMQ. L’augmentation de la connectivité srACC-lobe temporal médial (MTL) est également corrélée aux augmentations des sous-échelles « non-jugement » et « non-réaction » du FFMQ, ainsi qu’au score SC. Les diminutions de Glx dans le PCC en phase post-aiguë sont corrélées aux augmentations de la sous-échelle « non-jugement » deux mois plus tard. Les augmentations post-aiguës de la connectivité srACC-PCC et ACC-MTL sont positivement corrélées avec les effets soutenus sur le « non-jugement ».
Ces découvertes fournissent une base biologique à la phase post-aiguë, ou « after-glow », des effets psychédéliques et contribuent à élucider les mécanismes thérapeutiques des substances psychédéliques. Les changements observés sont associés à des capacités psychologiques améliorées, bénéfiques dans un contexte thérapeutique.
L’étude suggère que pendant l’« after-glow », une interaction accrue se produit entre le cortex cingulaire antérieur (ACC), impliqué dans les tâches exécutives et la liaison des informations cognitives et émotionnelles, et les structures limbiques qui jouent un rôle clé dans les processus émotionnels et de mémoire. Cette interaction est particulièrement pertinente pour l’interprétation des effets antidépresseurs de l’ayahuasca.
Les résultats démontrent pour la première fois que les modifications induites par les psychédéliques sur la dynamique cérébrale entraînent des changements neurométaboliques, fonctionnels et psychologiques au-delà de la phase aiguë. La phase post-aiguë de l’étude révèle des effets psychologiques positifs, soulignant la nature paradoxale des psychédéliques qui peuvent conduire à des augmentations à moyen terme du bien-être psychologique, malgré des similitudes avec la psychose en phase aiguë. L’amélioration des capacités de pleine conscience est un effet souhaitable, notamment dans un contexte psychothérapeutique. Les scores post-aigus dépassent les valeurs rapportées pour les méditants, qui montrent également un schéma de décorrélation réduite du réseau du mode par défaut (DMN) et du réseau à tâche positive (TPN). Cela établit un lien intéressant entre les modifications neurales induites par les psychédéliques et le potentiel thérapeutique de l’ayahuasca, notamment pour les ruminations inadaptées en dépression.
Les données de spectroscopie par résonance magnétique (MRS) et de connectivité de l’étude fournissent une base biologique aux effets thérapeutiques de l’ayahuasca. Son potentiel à influencer la dynamique cérébrale à plusieurs niveaux suggère son utilité pour traiter des troubles hautement réfractaires aux interventions thérapeutiques, tels que les troubles de la dépendance, où l’impulsivité élevée et le centrage sur soi coexistent avec des altérations de la fonction et de la structure cérébrales.
La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.