Aller au contenu
Psychédélique(s) étudié(s) : Psilocybine
Publiée le 18 mars 2026
Type : Essai clinique
Auteurs : Lea J. Mertens, Michael Koslowski, Felix Betzler, Manuela Brand, Ricarda Evens, Laura Kärtner, Andrea Jungaberle, Henrik Jungaberle, Tomislav Majić, Christian N. Schmitz, Andreas Ströhle, Dennis Scharf, Moritz Spangemacher, Max Wolff, Zahra Assadi, Scharif Bahri, Lilith Becher, Luca V. Färber, Niklas Kirchen, Eugenia Kulakova, Linda Kunz, Andy Meijer, Barbara Rohrmoser, Stefan Wellek, Moritz M. Berger, Gerhard Gründer
Résumé :

Cet essai clinique randomisé de phase 2b évalue l’efficacité et le profil d’innocuité d’une dose orale de psilocybine (25 mg) combinée à une psychothérapie d’accompagnement chez des adultes atteints de dépression majeure résistante aux traitements (TRD).

Sur le critère de jugement principal, qui est le taux de réponse thérapeutique à 6 semaines (réduction de 50 % ou plus sur l’échelle HAMD17), les résultats ne mettent pas en évidence de différence statistiquement significative entre le groupe psilocybine 25 mg (17,0 %), le groupe contrôle recevant 5 mg (12,5 %) et le groupe placebo actif sous nicotinamide 100 mg (10,6 %).

En revanche, l’analyse des critères secondaires clés (variation moyenne des scores sur les échelles HAMD17 et BDI-II) montre des réductions cliniquement significatives des symptômes dépressifs en faveur de la dose de 25 mg dès la première semaine et jusqu’à la sixième semaine. Après une seconde administration à la semaine 6, où l’ensemble de la cohorte reçoit au moins une dose thérapeutique, une amélioration substantielle et durable des symptômes s’observe jusqu’à la semaine 12, sans bénéfice additionnel clairement identifié d’une seconde dose de 25 mg.

Le traitement se révèle généralement bien toléré, bien que des signaux de sécurité apparaissent le jour de l’administration, notamment une hausse modérée des idéations suicidaires aiguës et un cas de trouble persistant des perceptions induites par les hallucinogènes.

Objectif :

L’étude vise à évaluer l’efficacité clinique, la tolérance et la sécurité d’une administration de psilocybine (25 mg) associée à un protocole psychothérapeutique standardisé chez des patients présentant un trouble dépressif majeur résistant aux pharmacothérapies conventionnelles.

Elle cherche également à comparer ces effets à ceux d’une faible dose active de contrôle (5 mg) et d’un placebo actif (nicotinamide 100 mg), tout en explorant l’intérêt potentiel d’une seconde administration thérapeutique à 6 semaines d’intervalle.

Méthodologie :
  • Type d’étude : Essai clinique multicentrique (2 centres en Allemagne), randomisé, en triple aveugle (investigateurs, participants et évaluateurs), de phase 2b, contrôlé par placebo actif et faible dose.
  • Participants : 144 adultes âgés de 25 à 65 ans souffrant de dépression résistante (échec à au moins 2 lignes d’antidépresseurs dans l’épisode en cours), sevrés de tout traitement psychotrope monoaminergique.
  • Interventions : Randomisation en 4 bras (ratio 2:2:1:1) selon le schéma de la première puis de la seconde dose espacées de 6 semaines : nicotinamide (100 mg) puis psilocybine (25 mg) ; psilocybine (5 mg) puis 25 mg ; psilocybine (25 mg) puis 5 mg ; ou psilocybine (25 mg) administrée deux fois.
  • Encadrement psychothérapeutique : Protocole structuré comprenant 14 heures de soutien psychologique réparties en 7 séances de préparation et d’intégration de 2 heures, dirigées par un binôme de thérapeutes (homme et femme).
  • Évaluations cliniques : Critère principal fondé sur le taux de réponse (diminution ≥50 % du score HAMD17) à 6 semaines. Critères secondaires incluant l’auto-évaluation BDI-II, le taux de rémission et les variations continues des scores de dépression aux semaines 1, 6, 7 et 12.
Résultats principaux :
  • Critère principal non significatif : À la semaine 6, le taux de réponse sur l’échelle HAMD17 s’élève à 17,0 % pour la psilocybine 25 mg contre 10,6 % pour le nicotinamide (odds ratio ajusté : 1,73 ; IC à 95 % : 0,53 à 6,23 ; P = 0,19), ne permettant pas de conclure formellement à une supériorité statistique.
  • Critères secondaires favorables : Les modèles mixtes linéaires révèlent une réduction moyenne du score HAMD17 significativement plus marquée pour la psilocybine 25 mg comparativement au nicotinamide à la semaine 6 (différence moyenne estimée de -4,60 points ; P < 0,001) et à la semaine 1 (-4,89 points). Des résultats comparables sont observés sur l’échelle BDI-II (-7,21 points à 6 semaines ; P < 0,001).
  • Effet maximal précoce : Le taux de réponse culmine à la première semaine post-administration avec 34,0 % de répondeurs sous 25 mg contre 6,4 % sous nicotinamide et 10,4 % sous 5 mg.
  • Résultats à long terme (semaine 12) : Après l’administration de la seconde dose, une amélioration clinique générale et cliniquement pertinente se maintient sur l’ensemble de la cohorte (-7,50 points sur le HAMD17 ; 31 % de répondeurs), sans avantage significatif démontré d’une deuxième dose de 25 mg par rapport à une dose de 5 mg.
  • Tolérance et sécurité : La majorité des événements indésirables sont aigus, transitoires et attendus lors des journées de prise (altérations de la perception, céphalées). Les idéations suicidaires aiguës le jour de l’administration sont plus fréquentes sous 25 mg (4 % contre 1-2 % pour les comparateurs). Deux événements indésirables graves liés au traitement sont rapportés, dont un cas de trouble persistant des perceptions.
Implications cliniques :

Les conclusions de l’essai EPIsoDE soulignent la complexité méthodologique de l’évaluation des substances psychédéliques en psychiatrie. Bien que l’étude échoue à démontrer une supériorité sur son critère principal binaire, les critères continus indiquent un effet antidépresseur cliniquement significatif et rapide de la psilocybine.

Le faible taux d’effet placebo observé dans le groupe témoin et le levé d’aveugle fonctionnel fréquent chez les participants mettent en lumière la nécessité d’optimiser les plans d’expérience futurs, notamment par le choix de comparateurs actifs appropriés et la définition a priori de différences minimales cliniquement pertinentes.

Enfin, le profil de sécurité observé renforce l’exigence impérative d’un encadrement psychothérapeutique rigoureux et standardisé pour prévenir et gérer les décompensations psychologiques aiguës et post-aiguës chez les populations vulnérables atteintes de dépression résistante.

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

Retour en haut
Rechercher