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Psychédélique(s) étudié(s) : LSD
Publiée le 10 février 2022
Type : Recherche originale
Auteurs : Daniel Toker, Ioannis Pappas, Janna D. Lendner, Joel Frohlich, Diego M. Mateos, Suresh Muthukumaraswamy, Robin Carhart-Harris, Michelle Paff, Paul M. Vespa, Martin M. Monti, Friedrich T. Sommer, Robert T. Knight, Mark D'Esposito
Résumé :

L’étude analyse les propriétés dynamiques de l’activité électrique cérébrale nécessaires à la conscience et la manière dont elles sont perturbées lors des états inconscients. Des preuves récentes suggèrent que l’électrodynamique du cerveau conscient est proche d’un “point critique”, ou d’une transition de phase, et que ce comportement quasi-critique favorise un flux d’informations important à travers les réseaux corticaux. Les systèmes critiques et quasi-critiques présentent une grande capacité d’encodage et de transmission d’informations.

L’étude identifie empiriquement un point critique mathématiquement spécifique, connu sous le nom de “point critique au bord du chaos”, où opère la dynamique oscillatoire corticale de l’éveil. Elle suggère que le traitement de l’information corticale est perturbé pendant les états inconscients en raison d’une transition des oscillations électriques corticales de basse fréquence s’éloignant de ce point critique. Inversement, l’étude montre que les substances psychédéliques peuvent augmenter la richesse informationnelle de l’activité corticale en ajustant les oscillations corticales de basse fréquence plus près de ce point critique.

L’analyse des enregistrements électroencéphalographiques (EEG) cliniques de patients atteints de troubles de la conscience (TDC) suggère que l’évaluation de la proximité de l’électrodynamique oscillatoire corticale lente par rapport au point critique au bord du chaos pourrait servir d’indice de la conscience en milieu clinique.

Objectif :

L’objectif principal de cette étude est d’identifier empiriquement un point critique mathématiquement spécifique, désigné comme le “point critique au bord du chaos”, près duquel opère la dynamique oscillatoire corticale de l’éveil. L’étude vise également à déterminer comment ce comportement quasi-critique sous-tend le vaste flux d’informations à travers les réseaux corticaux pendant les états conscients.

En outre, l’étude a pour objectif d’évaluer si la perturbation du traitement de l’information corticale pendant les états inconscients est due à une transition des oscillations électriques corticales de basse fréquence s’éloignant de ce point critique. Un autre objectif est de démontrer si les substances psychédéliques peuvent augmenter la richesse informationnelle de l’activité corticale en ajustant les oscillations corticales de basse fréquence plus près de ce point critique. Enfin, l’étude vise à analyser des enregistrements électroencéphalographiques (EEG) cliniques de patients atteints de troubles de la conscience (TDC) pour évaluer si la mesure de la proximité de l’électrodynamique oscillatoire corticale lente par rapport au point critique au bord du chaos peut être un indice clinique utile de la conscience.

Méthodologie :
  • L’étude utilise le test modifié du chaos 0-1, une méthode d’analyse de séries temporelles non linéaires, pour évaluer la chaoticité des signaux à partir d’enregistrements bruyants.
  • Les données sont extraites de l’électrocorticographie (ECoG) et de la magnétoencéphalographie (MEG) chez des humains et des macaques.
  • Les états cérébraux étudiés incluent l’éveil normal, les crises généralisées, l’anesthésie (GABAergique), et les états sous l’influence du LSD ou d’un placebo.
  • Pour le traitement des signaux, l’étude applique un filtrage passe-bas et l’algorithme FOOOF (“Fitting Oscillations and One Over F”) pour identifier les oscillations spécifiques à la bande de fréquence de 1 à 6 Hz.
  • La complexité de Lempel-Ziv (LZc), une mesure de la richesse informationnelle, est calculée pour évaluer la capacité de traitement de l’information des dynamiques corticales.
  • Un modèle de champ moyen de l’électrodynamique corticale macroscopique est utilisé pour simuler différents états cérébraux (éveil, crise généralisée, anesthésie GABAergique) et évaluer la relation entre la chaoticité et la richesse informationnelle.
  • Pour les patients atteints de troubles de la conscience (TDC), les données EEG sont analysées en parallèle avec l’échelle de coma de Glasgow (GCS) pour évaluer les niveaux de conscience et la récupération.
  • L’étude applique le test statistique à deux lignes de Simonsohn pour confirmer la relation en forme de U inversé entre la chaoticité et la complexité de Lempel-Ziv.
  • Une mesure de criticité “c”, basée sur une transformation non linéaire de la statistique K du test 0-1 chaos, est introduite pour estimer la proximité au point critique au bord du chaos.
Résultats principaux :
  • L’étude montre qu’il existe une relation en forme de U inversé entre la chaoticité et la richesse informationnelle dans les dynamiques corticales. Les états conscients se situent au sommet de cette relation en forme de U inversé, indiquant un régime quasi-critique et riche en informations.
  • Les dynamiques corticales simulées de l’éveil conscient sont proches du point critique au bord du chaos, qui est également le point de richesse informationnelle maximale.
  • Les états inconscients (anesthésie GABAergique et crises généralisées) correspondent à des transitions s’éloignant de ce point critique. L’anesthésie déplace les dynamiques vers une phase chaotique/instable (chaoticité élevée, faible information), tandis que les crises généralisées les déplacent vers une phase périodique/stable (faible chaoticité, faible information).
  • Le LSD réduit la chaoticité des électrodynamiques corticales de basse fréquence et augmente la complexité de Lempel-Ziv, suggérant un ajustement des dynamiques plus près du point critique au bord du chaos depuis le côté chaotique.
  • Chez les patients atteints de troubles de la conscience (TDC), la mesure de criticité “c” (proximité au point critique au bord du chaos) augmente significativement lors de la récupération de la conscience.
  • Les analyses confirment que le test modifié du chaos 0-1 est un indicateur fiable de la chaoticité dans les enregistrements cérébraux réels et qu’il récapitule la relation en U inversé entre la chaoticité et la complexité de Lempel-Ziv.
Implications cliniques :

L’étude fournit des preuves empiriques solides que la conscience est associée à des électrodynamiques corticales lentes opérant près du “point critique au bord du chaos”, équilibrant de manière optimale la stabilité, la flexibilité et la réactivité aux intrants. Cela suggère que la perturbation du traitement de l’information corticale pendant les états inconscients est médiatisée par un éloignement de ce point critique.

La découverte que les substances psychédéliques, telles que le LSD, peuvent “accorder” les dynamiques corticales plus près de ce point critique, augmentant ainsi la richesse informationnelle, ouvre des perspectives pour comprendre les mécanismes sous-jacents aux états de conscience altérés et à leur potentiel thérapeutique.

L’introduction d’une mesure de criticité basée sur le test modifié du chaos 0-1 offre un outil clinique potentiel pour évaluer la profondeur de l’anesthésie, diagnostiquer les troubles de la conscience et suivre la récupération des patients. Cependant, les auteurs soulignent la nécessité de valider cette mesure sur des cohortes plus larges et d’explorer son application dans d’autres bandes de fréquences.

Ces travaux enrichissent la compréhension théorique de la computation neurale et du flux d’informations dans le cerveau, en particulier la relation entre la criticité et les bénéfices computationnels. Les auteurs suggèrent que d’autres recherches sont nécessaires pour comprendre pleinement les implications de ces découvertes pour le traitement de l’information neurale.

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

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