L’étude analyse les effets indésirables immédiats et à moyen terme de l’ayahuasca, des aspects souvent sous-représentés dans la littérature scientifique, malgré l’expansion mondiale de son usage à des fins de santé mentale et de croissance spirituelle.
Les chercheurs utilisent les données de la Global Ayahuasca Survey, une enquête en ligne menée entre 2017 et 2019, incluant 10 836 participants de plus de 50 pays. L’analyse par composantes principales permet d’évaluer les effets de groupe, et l’analyse de régression logistique explore les liens entre les effets indésirables et l’historique de consommation de l’ayahuasca, les variables cliniques, le contexte d’utilisation et les effets spirituels.
Les résultats indiquent que 69,9 % de l’échantillon rapporte des effets indésirables physiques aigus (principalement des vomissements), avec seulement 2,3 % nécessitant une attention médicale. Des effets indésirables sur la santé mentale sont signalés par 55,9 % des participants, mais environ 88 % d’entre eux les perçoivent comme faisant partie intégrante d’un processus positif de croissance ou d’intégration. Environ 12 % des participants ont recherché un soutien professionnel pour ces effets.
L’étude montre que les effets indésirables physiques sont liés à un âge plus avancé lors de la première consommation d’ayahuasca, à des conditions de santé physique préexistantes, à une utilisation plus fréquente de l’ayahuasca au cours de la vie et de l’année précédente, à un diagnostic antérieur de trouble lié à l’usage de substances, et à une consommation dans un contexte non supervisé.
Les effets indésirables sur la santé mentale sont positivement associés aux troubles anxieux, aux conditions de santé physique et à l’intensité de l’expérience spirituelle aiguë. Ils sont négativement associés à la consommation dans des contextes religieux. Bien que les effets indésirables soient fréquents, ils ne sont généralement pas graves, et la majorité des utilisateurs continuent à participer aux cérémonies, estimant que les bénéfices l’emportent sur les risques. Une meilleure compréhension des variables prédictives peut optimiser le dépistage et le soutien des individus vulnérables, et informer les politiques publiques concernant l’équilibre risques/bénéfices de l’ayahuasca.
L’étude vise à analyser la fréquence des effets indésirables de l’ayahuasca, ainsi que les relations entre ces effets et l’historique d’utilisation, l’intensité de l’expérience spirituelle aiguë, les variables cliniques, sociodémographiques et contextuelles.
L’objectif est de combler les lacunes de la littérature qui sous-représente les effets indésirables immédiats ou à moyen terme de l’ayahuasca, malgré son utilisation croissante à des fins de santé mentale et de croissance spirituelle.
- Type d’étude : L’étude est une recherche originale basée sur une enquête en ligne.
- Participants : Les données proviennent de la Global Ayahuasca Survey, recueillies entre 2017 et 2019. L’échantillon initial comprend 10 836 individus de plus de 50 pays, âgés d’au moins 18 ans et ayant consommé de l’ayahuasca au moins une fois. L’analyse des effets physiques inclut 8 216 participants, et celle des effets mentaux 7 839.
- Collecte de données : L’enquête est administrée en six langues (anglais, portugais, espagnol, allemand, italien et tchèque). Elle explore les motivations, les contextes de consommation, les effets rapportés sur la santé et le bien-être, ainsi que les effets indésirables. Le recrutement se fait via des sites web, des invitations par e-mail d’organisations pertinentes, des centres de retraite ayahuasca, des églises ayahuasca, des groupes et forums en ligne, Facebook et des événements.
- Mesures :
- Les effets indésirables physiques aigus sont évalués par une question à choix multiples avec 10 options prédéfinies, demandant si des problèmes de santé ont été ressentis “pendant ou peu après une cérémonie/session d’ayahuasca”. Il est ensuite demandé si une attention médicale a été requise.
- Les effets indésirables sur la santé mentale à court et moyen terme (dans les semaines ou mois après la consommation) sont basés sur le PHQ-4 (Questionnaire sur la Santé des Patients pour la Dépression et l’Anxiété) et six items supplémentaires tirés de la littérature sur l’ayahuasca. Il est demandé si un “soutien professionnel” a été nécessaire et si les sentiments étaient considérés comme “faisant partie d’un processus positif de croissance ou d’intégration”.
- L’intensité de l’expérience spirituelle aiguë est évaluée via une version modifiée du Short Index of Mystical Orientation (SIMO).
- Des informations démographiques, l’historique des diagnostics de santé mentale et l’historique détaillé de la consommation d’ayahuasca sont également collectées.
- Analyse statistique : Des analyses en composantes principales (ACP) sont réalisées pour réduire les types d’effets indésirables physiques et mentaux en facteurs. Des analyses de régression logistique sont effectuées pour tester les associations entre les effets indésirables et l’historique d’utilisation de l’ayahuasca, les variables cliniques, l’expérience spirituelle aiguë et les contextes de consommation. Les variables sociodémographiques sont contrôlées.
- Effets indésirables physiques : 69,9 % des participants rapportent au moins un effet indésirable physique. Parmi ceux-ci, 68,2 % décrivent des “symptômes généraux” (incluant vomissements/nausées, maux de tête, douleurs abdominales), 10,7 % des “effets arthromyalgiques” (muscles douloureux, raideurs articulaires) et 5,1 % des “effets neurologiques” (évanouissements, convulsions).
- Vomissements/nausées : Sont les effets physiques les plus fréquents, rapportés par 62,0 % de l’échantillon.
- Attention médicale : Seulement 2,3 % des participants ayant ressenti des effets physiques ont eu besoin d’une attention médicale.
- Effets indésirables sur la santé mentale : 55,4 % des participants rapportent au moins un effet indésirable sur la santé mentale. Les “effets émotionnels-cognitifs” (42,0 %) et les “altérations de la perception” (38,3 %) sont les plus fréquemment rapportés.
- Perceptions altérées : “Entendre ou voir des choses que d’autres personnes n’entendent ou ne voient pas” (28,5 %) et “se sentir déconnecté ou seul” (21,0 %) sont les effets mentaux les plus courants.
- Soutien professionnel : 11,9 % des participants ayant identifié des effets mentaux indésirables ont eu besoin d’un soutien professionnel.
- Perception des effets mentaux : 87,6 % des répondants estiment que ces effets font “complètement” (76,3 %) ou “plutôt” (11,3 %) partie d’un processus positif de croissance ou d’intégration.
- Facteurs associés aux effets physiques indésirables : Un âge plus avancé lors de la première utilisation d’ayahuasca, un historique de troubles liés à l’usage de substances, des conditions de santé physique existantes, une utilisation plus fréquente de l’ayahuasca et la consommation dans un contexte non supervisé augmentent le risque d’effets physiques indésirables. Un nombre inférieur de doses par an est négativement lié aux effets physiques.
- Facteurs associés aux effets mentaux indésirables : Un diagnostic antérieur de trouble anxieux, des conditions de santé physique existantes et l’intensité de l’expérience spirituelle aiguë augmentent le risque d’effets mentaux indésirables. La consommation dans des contextes non religieux (traditionnels chamaniques, non traditionnels supervisés et non supervisés) est également associée à un risque accru. Un âge plus jeune lors de la première utilisation et être marié réduisent le risque.
- Contextes d’utilisation : La consommation dans un contexte religieux est associée à moins d’effets indésirables par rapport aux autres contextes d’utilisation.
L’étude souligne que, malgré des effets indésirables physiques et mentaux fréquents, ceux-ci sont généralement légers et transitoires. La plupart des utilisateurs d’ayahuasca tolèrent bien ces effets et continuent leur consommation, suggérant que les bénéfices perçus l’emportent sur les inconvénients. Cette tolérance pourrait être liée à la perception des effets comme faisant partie d’un processus de “force spirituelle” ou de guérison.
Il est important de noter que certains effets neurologiques (évanouissements, convulsions) sont rapportés par environ 5,0 % des participants. L’étude met en garde contre le risque de convulsions chez les individus ayant des antécédents d’épilepsie ou de maladies cérébrales. La présence de conditions de santé physique antérieures augmente davantage le risque d’effets neurologiques indésirables.
Les contextes non supervisés sont associés à une probabilité accrue d’effets indésirables, tandis que l’utilisation dans des cadres religieux semble offrir une certaine protection. Une histoire de troubles anxieux et des conditions de santé physique augmentent la probabilité d’effets émotionnels-cognitifs et d’altérations de la perception.
Les implications pour la santé publique mondiale sont significatives, car l’utilisation de l’ayahuasca se globalise. L’étude suggère que les pratiques d’ayahuasca, bien que présentant des effets notables, rarement graves, ne peuvent être évaluées selon les mêmes paramètres que les médicaments sur ordonnance, car les expériences difficiles sont intrinsèques à son processus de guérison.
L’étude conclut qu’une meilleure compréhension de l’équilibre risques/bénéfices de l’ayahuasca est cruciale pour les décideurs politiques concernant la réglementation potentielle et les réponses de santé publique. La connaissance des variables prédictives peut servir au dépistage et au soutien des sujets vulnérables.
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