Cette étude observationnelle rétrospective évalue l’efficacité, l’innocuité et la faisabilité d’une thérapie assistée par psilocybine en pratique clinique de routine chez 19 patients atteints de dépression résistante aux traitements au sein de l’Hôpital psychiatrique universitaire de Zurich, en Suisse.
Les patients reçoivent entre une et quatre séances d’administration de psilocybine synthétique (20 à 35 mg), intégrées à un cadre psychothérapeutique non directif adapté. Les évaluations montrent une réduction cliniquement significative des symptômes dépressifs à court terme, tant sur les échelles hétéro-évaluées que sur les auto-questionnaires, bien que les taux de réponse et de rémission soient inférieurs à ceux observés dans les essais contrôlés randomisés.
Aucun événement indésirable grave n’est relevé, démontrant la faisabilité de ce traitement dans un cadre psychiatrique réel autorisant le maintien encadré des traitements psychopharmacologiques concomitants.
L’étude vise à déterminer les résultats antidépresseurs, la tolérance et la faisabilité pratique de la thérapie à la psilocybine administrée dans le cadre légal d’utilisation médicale exceptionnelle en Suisse chez des personnes souffrant de dépression résistante aux traitements.
Elle cherche également à explorer l’évolution des symptômes au fil de séances de dosage répétées et programmées de façon flexible selon le jugement clinique.
- Conception de l’étude : Analyse rétrospective longitudinale des dossiers médicaux de patients traités entre février 2023 et mai 2025 à l’Hôpital psychiatrique universitaire de Zurich.
- Participants : 19 patients âgés de 27 à 67 ans présentant un épisode dépressif caractérisé résistant selon les critères de la CIM-10 (au moins deux échecs de lignes antidépressives adaptées).
- Protocole d’administration : Administration orale de psilocybine synthétique en gélules (doses de 20 à 35 mg) sur une à quatre séances (40 séances au total), réparties en milieu hospitalier de groupe (n = 11), hospitalier individuel (n = 7) ou ambulatoire (n = 1).
- Accompagnement psychothérapeutique : Protocole comprenant 2 à 4 séances de préparation individuelle, un accompagnement continu durant la séance de dosage par des thérapeutes formés, et au moins 2 séances d’intégration post-dosage.
- Gestion médicamenteuse : Traitements antidépresseurs pour la plupart poursuivis et seulement suspendus le jour du dosage, avec sevrage préalable des molécules antagonistes des récepteurs 5-HT2A.
- Mesures des critères d’évaluation : Évaluation de la sévérité dépressive par l’échelle MADRS et le questionnaire auto-rapporté BDI-II à l’inclusion, entre les séances et dans les 42 jours suivant la dernière séance, complétée par un recueil systématique des effets indésirables.
- Amélioration des symptômes dépressifs : Les scores moyens à la MADRS passent de 30,78 à l’inclusion à 19,89 après traitement (réduction de 10,89 points ; taille d’effet Hedges’ g = 1,37), et les scores au BDI-II diminuent de 32,33 à 23,28 (réduction de 9,06 points ; Hedges’ g = 0,77).
- Taux de réponse et de rémission : Taux de réponse clinique (diminution d’au moins 50 %) de 33,3 % sur la MADRS et 27,8 % sur le BDI-II ; taux de rémission de 22,2 % (MADRS ≤12) et 27,8 % (BDI-II ≤13).
- Dynamique des séances multiples : La réduction des symptômes la plus nette survient après la première séance et se maintient globalement lors des séances suivantes, sans gain d’efficacité supplémentaire statistiquement distinct au niveau du groupe.
- Profil de sécurité : Aucun événement indésirable grave n’est constaté dans les dossiers cliniques ; les effets secondaires les plus fréquents lors des séances sont la fatigue (63,2 %), les céphalées (47,4 %), les difficultés de concentration (42,1 %) et les pleurs (36,8 %).
Cette étude fournit des données préliminaires essentielles montrant que l’efficacité antidépressive de la psilocybine peut être transposée aux soins psychiatriques courants, malgré une taille d’effet et des taux de rémission plus modestes que dans les essais hautement standardisés.
Les résultats mettent en évidence la faisabilité opérationnelle et la bonne tolérance d’administrations flexibles en milieu clinique réel, tout en soulignant la nécessité d’études prospectives plus larges pour clarifier l’utilité des doses répétées et identifier les facteurs prédictifs de réponse chez les patients complexes.
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