L’étude examine l’interaction entre les antidépresseurs sérotoninergiques et la psilocybine à travers une vaste enquête rétrospective en ligne menée auprès de personnes ayant consommé des champignons à psilocybine pendant un traitement antidépresseur ou dans les deux années suivant son arrêt.
Les résultats révèlent que l’utilisation concomitante d’inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) ou d’inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN) est associée à une probabilité significativement accrue d’atténuation des effets subjectifs de la psilocybine comparativement à un antidépresseur non sérotoninergique comme le bupropion. Cette diminution des effets subjectifs persiste également de manière significative jusqu’à un à trois mois après l’arrêt des antidépresseurs sérotoninergiques, indépendamment de la demi-vie de la molécule concernée.
En revanche, les événements indésirables graves, notamment les suspicions de syndrome sérotoninergique, s’avèrent extrêmement rares dans cette cohorte. Ces observations suggèrent une désensibilisation ou une régulation négative prolongée des récepteurs 5-HT2A liée aux traitements antidépresseurs au long cours.
L’étude vise à quantifier dans quelle mesure la prise concomitante d’antidépresseurs atténue l’intensité subjective des effets de champignons contenant de la psilocybine.
Elle cherche également à déterminer si des modifications résiduelles de l’intensité de la psilocybine persistent après l’interruption des antidépresseurs et à mesurer l’incidence déclarée d’événements indésirables potentiels, notamment le syndrome sérotoninergique.
- Conception de l’étude : Enquête rétrospective anonyme en ligne administrée via la plateforme Qualtrics entre septembre 2020 et novembre 2021.
- Participants : 2 625 participants adultes ayant utilisé une dose modérée à élevée de champignons à psilocybine en parallèle d’un traitement antidépresseur ou dans les deux ans suivant l’arrêt de ce traitement.
- Sous-groupes d’analyse : Séparation des participants en deux volets, à savoir l’usage concomitant (Enquête 1) et l’usage après interruption du traitement (Enquête 2).
- Critères de comparaison : Évaluation des effets subjectifs par rapport aux attentes, validée par des comparaisons avec des prises antérieures sans antidépresseur ou des prises simultanées de doses identiques par des pairs ne prenant pas de traitement.
- Analyses statistiques : Modèles de régression logistique multivariée ajustés sur l’âge, le sexe, la dose de psilocybine, la durée de l’antidépresseur et les interruptions temporaires volontaires de traitement (“drug holidays”), complétés par des analyses de sensibilité excluant les polyconsommations et la fluoxétine.
- Effets lors d’un usage concomitant (n = 611 épisodes) : La probabilité ajustée d’observer des effets plus faibles que prévu est de 0,47 pour les ISRS et de 0,55 pour les IRSN, contre 0,29 pour le bupropion (p < 0,001).
- Durée de l’atténuation post-sevrage (n = 1 542 épisodes) : La probabilité de ressentir des effets réduits ne diminue significativement qu’à partir de 3 à 6 mois après l’arrêt des ISRS/IRSN (probabilité = 0,30 ; p = 0,001 par rapport à la première semaine post-arrêt).
- Sensibilité à la demi-vie : L’exclusion de la fluoxétine, dont la demi-vie d’élimination est particulièrement longue, ne modifie pas la persistance de l’atténuation dans le temps.
- Tentatives de compensation : Parmi les participants rapportant des effets diminués sous antidépresseurs, 54,6 % indiquent qu’une augmentation de la dose de champignons ne permet pas de surmonter cette baisse d’intensité. Les courtes interruptions temporaires de traitement ne démontrent pas d’efficacité notable.
- Sécurité et toxicité : Seulement 4,0 % des répondants rapportent un événement indésirable véritable lors de l’association, et seulement 0,4 % décrivent un tableau clinique suspect de toxicité sérotoninergique associé à une expérience négative.
Ces résultats remettent en question la pratique clinique courante consistant à interrompre les antidépresseurs sérotoninergiques sur une période correspondant uniquement à 4 ou 5 demi-vies avant une séance de thérapie assistée par psilocybine. L’atténuation des effets pouvant durer jusqu’à trois mois, des périodes de sevrage trop courtes risquent d’interférer avec le plein potentiel de l’expérience.
Sur le plan de la sécurité, le risque de toxicité sérotoninergique aiguë semble extrêmement faible lors de la co-administration de psilocybine et d’ISRS ou d’IRSN, suggérant qu’un sevrage brutal, souvent associé à des rechutes dépressives ou à des syndromes de sevrage sévères, n’est peut-être pas systématiquement nécessaire pour des raisons toxicologiques.
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