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Psychédélique(s) étudié(s) : Ibogaïne
Publiée le 23 février 2021
Type : Etude ouverte
Auteurs : Thomas Knuijver, Arnt Schellekens, Maarten Belgers, Rogier Donders, Toon van Oosteren, Kees Kramers, Robbert Verkes
Résumé :

Cette étude observationnelle en ouvert évalue la sécurité cardiaque, cérébelleuse et comportementale de l’ibogaïne chez 14 patients présentant un trouble de l’usage des opioïdes, admis en milieu hospitalier pour une désintoxication après l’échec des traitements conventionnels.

Après une phase de transition vers le sulfate de morphine par voie orale afin de standardiser les traitements de substitution, les participants reçoivent une dose unique de chlorhydrate d’ibogaïne (10 mg/kg). La surveillance clinique et paraclinique se poursuit pendant au moins 24 heures à l’aide d’électrocardiogrammes répétés, de l’échelle d’évaluation de l’ataxie (SARA) et de l’échelle d’observation du délire (DOS).

Les résultats révèlent un allongement marqué et réversible du segment QTc, atteignant une médiane maximale de 102 ms. La moitié des patients dépasse le seuil critique de 500 ms, nécessitant des perfusions de magnésium par précaution. Une ataxie transitoire sévère se manifeste chez tous les participants, tandis que les effets psychomimétiques et les symptômes de sevrage restent globalement modérés et tolérables. Les auteurs concluent que l’utilisation de l’ibogaïne comporte des risques cardiaques cliniquement significatifs qui imposent une surveillance médicale stricte en milieu hospitalier.

Objectif :

L’étude vise à évaluer la sécurité clinique d’une dose unique de chlorhydrate d’ibogaïne (10 mg/kg) administrée à des personnes dépendantes aux opioïdes en cours de sevrage.

Les chercheurs cherchent spécifiquement à documenter l’ampleur et la réversibilité de l’allongement de l’intervalle QTc sur l’électrocardiogramme, l’apparition d’une ataxie cérébelleuse motrice et la survenue éventuelle de troubles psychomimétiques ou délirants.

Méthodologie :
  • Type de protocole : Étude observationnelle descriptive en ouvert menée dans le département de psychiatrie d’un centre médical universitaire aux Pays-Bas.
  • Participants : 14 patients (12 hommes, 2 femmes, âge médian de 48 ans) répondant aux critères du DSM-IV pour le trouble lié à l’usage d’opioïdes, stabilisés sous traitement de substitution et souhaitant parvenir à l’abstinence.
  • Procédure de sevrage : Substitution préalable par sulfate de morphine oral pendant 8 jours pour éliminer l’influence de la méthadone sur le segment QT, la dernière dose étant administrée 4 heures avant la prise d’ibogaïne.
  • Administration : Prise orale unique de chlorhydrate d’ibogaïne (10 mg/kg) mélangée à du yaourt, précédée d’une prémédication par 20 mg de métoclopramide pour prévenir les nausées.
  • Mesures de sécurité : Enregistrements ECG 12 dérivations toutes les 30 minutes pendant les 12 premières heures, puis surveillance espacée jusqu’à 24 heures (correction selon Fridericia, QTcFr), avec perfusion de sulfate de magnésium en cas de QTc supérieur à 500 ms.
  • Évaluations cliniques : Évaluation de l’ataxie par l’échelle SARA (Scale for the Assessment and Rating of Ataxia), du délire par l’échelle DOS (Delirium Observation Screening) et du sevrage par l’échelle COWS (Clinical Opioid Withdrawal Scale) à intervalles prédéfinis.
Résultats principaux :
  • Allongement du QTc : L’augmentation maximale médiane du QTc atteint 102 ms (écart de 40 à 168 ms). Sept patients sur 14 (50 %) dépassent un QTc de 500 ms au cours du suivi, et six participants (43 %) maintiennent un QTc supérieur à 450 ms après 24 heures. Aucune torsade de pointes n’est observée.
  • Effets cardiovasculaires : Une bradycardie transitoire (fréquence inférieure à 60 bpm) survient chez la moitié des sujets, accompagnée d’une baisse modérée de la pression artérielle (médiane de réduction de 22 mmHg pour la systolique). Huit patients reçoivent une supplémentation en magnésium.
  • Ataxie motrice : L’ensemble des participants développe une ataxie cérébelleuse clinique significative (score maximal moyen SARA de 13,7 points), prédominant entre 2 et 6 heures post-ingestion et nécessitant une assistance pour se déplacer, avant une rémission complète sous 24 à 48 heures.
  • Symptômes psychomimétiques : Les scores DOS restent sous le seuil pathologique du délire chez tous les patients. Les participants décrivent des expériences de rêve éveillé et de remémoration de souvenirs durant 3 à 7 heures, jugées tolérables.
  • Soulagement du sevrage : Les scores COWS demeurent très bas (médiane de 0) et 11 patients sur 14 ne demandent aucune reprise d’opioïdes dans les premières 24 heures.
Implications cliniques :

Les résultats mettent en évidence un profil de toxicité cardiaque et neurologique notable de l’ibogaïne, même administrée à une posologie relativement prudente de 10 mg/kg. L’inhibition des canaux potassiques hERG provoque un allongement cliniquement pertinent de la repolarisation ventriculaire, augmentant considérablement le risque d’arythmies fatales chez des sujets pourtant exempts de pathologie cardiovasculaire sous-jacente.

Cette toxicité aiguë, combinée à l’ataxie sévère mais transitoire observée, indique que l’usage de substances psychédéliques telles que l’ibogaïne en milieu non médical ou clandestin présente des risques sanitaires majeurs. Les auteurs soulignent que toute exploration clinique ultérieure exige une sélection rigoureuse, un génotypage du CYP2D6 et une surveillance électrocardiographique continue en milieu spécialisé.

Publication complète :

https://doi.org/10.1111/add.15448

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