Aller au contenu
Psychédélique(s) étudié(s) : 2C-B, 5-MeO-DMT, Ayahuasca, Bufoténine, DMT, Kétamine, LSD, MDMA, Mescaline, Peyote, Psilocybine, Salvia divinorum
Publiée le 15 avril 2026
Type : Etude par questionnaire
Auteurs : Jean C. Vélez Rodríguez, Yanice Duquesne-Maldonado, Julián M. Hernández Torres, Istoni Da'Luz Sant'Ana, Cruz M. Nazario
Résumé :

L’étude souligne que la psilocybine, un composé psychoactif présent dans les champignons “magiques”, est consommée à des fins spirituelles et récréatives. Cependant, son utilisation à Porto Rico demeure peu étudiée.

Cette enquête transversale exploratoire vise à décrire les schémas d’utilisation, les motivations de consommation, les facteurs explicatifs, les traits de personnalité et les différences liées au sexe-genre associées à l’utilisation de la psilocybine au sein d’un échantillon de commodité d’adultes résidant à Porto Rico.

L’étude montre qu’au sein de cet échantillon de commodité, 52,6 % des participants déclarent avoir consommé de la psilocybine au cours de leur vie ; ce chiffre reflète l’échantillon recruté et ne doit pas être interprété comme une estimation de la prévalence dans la population. Les participants croient majoritairement que les champignons “magiques” ne créent pas de dépendance (61 %) et sont sûrs (57 %). La curiosité est la principale motivation d’utilisation (43 %), et la plupart des participants rapportent des expériences agréables ou très agréables (88 %).

Les facteurs explicatifs significatifs de la consommation de psilocybine incluent le fait de s’identifier comme homme (rapport de cotes ajusté [aOR] = 6,2 ; IC à 95 % : 2,81–14,49), comme bisexuel (aOR = 3,14 ; IC à 95 % : 1,14–9,14), comme non-hétérosexuel (aOR = 4,33 ; IC à 95 % : 1,27–16,38), comme non-chrétien (aOR = 3,76 ; IC à 95 % : 1,77–8,37), une ouverture plus élevée (aOR = 2,09 ; IC à 95 % : 1,49–3,0) et une amabilité plus élevée (aOR = 1,75 ; IC à 95 % : 1,20–2,63). L’identification comme gay est associée à des chances plus faibles (aOR = 0,14 ; IC à 95 % : 0,03-0,54).

En conclusion, cette étude exploratoire décrit l’utilisation de la psilocybine dans un échantillon de commodité d’adultes à Porto Rico en fonction des caractéristiques sociodémographiques, des schémas de consommation, de l’identité sexuelle et de genre, et des traits de personnalité. Les résultats sont préliminaires et nécessitent une réplication utilisant des plans d’échantillonnage probabilistes.

Objectif :

L’objectif principal de cette étude est d’explorer les schémas d’utilisation et les corrélats de la psilocybine chez un échantillon de commodité d’adultes (âgés de 21 ans et plus) résidant à Porto Rico.

Un objectif secondaire est d’identifier les facteurs explicatifs de l’utilisation de la psilocybine à l’aide de modèles de régression logistique. L’étude vise également à combler le manque de connaissances sur l’utilisation de la psilocybine à Porto Rico, en accordant une attention particulière aux différences liées au sexe et au genre. Enfin, elle a pour but de contribuer à la création d’un référentiel de données sur la consommation de substances psychédéliques à Porto Rico, facilitant ainsi les futures analyses secondaires de cet ensemble de données.

Méthodologie :
  • Type d’étude : L’étude est de type exploratoire et transversale, menée par le biais d’une enquête en ligne.
  • Population cible : Les participants sont des adultes (21 ans et plus) résidant à Porto Rico depuis au moins six mois, incluant diverses identités de genre (cisgenre, transgenre, non-binaire et autres minorités de sexe-genre).
  • Recrutement : L’étude utilise une méthode d’échantillonnage en boule de neige et des publicités en ligne sur les plateformes de médias sociaux (Facebook, Instagram, LinkedIn, WhatsApp) pour assurer une large diffusion.
  • Participants : Au total, 343 individus accèdent à l’annonce, et 253 d’entre eux remplissent les critères d’inclusion et complètent l’enquête.
  • Collecte des données : Les données sont recueillies via une enquête en ligne disponible du 15 mai 2023 au 15 août 2023. L’enquête couvre les caractéristiques sociodémographiques, les schémas de consommation de la psilocybine, l’utilisation de plusieurs substances, les traits de personnalité à l’aide de l’inventaire de personnalité à dix items (TIPI-SPA), et les identités de sexe-genre.
  • Analyse statistique : L’étude utilise des statistiques descriptives (fréquences, dénombrements), des tests du chi-carré (x²) pour les associations bivariées, et des tests t pour les différences de moyennes des dimensions de la personnalité. Un modèle de régression logistique multivariée est ajusté pour identifier les facteurs explicatifs significatifs de l’utilisation de la psilocybine. Les analyses sont effectuées à l’aide du logiciel statistique R (v4.2.2) et des packages dplyr (v1.1.4) et survey (v4.4-2).
  • Considérations éthiques : L’étude est approuvée par le Comité d’Examen Institutionnel du Campus des Sciences Médicales de l’Université de Porto Rico. Le consentement électronique est obtenu, et toutes les informations restent confidentielles et anonymes, gérées via REDCap.
Résultats principaux :
  • Prévalence de l’utilisation de la psilocybine : L’étude rapporte que 52,6 % des participants de l’échantillon déclarent avoir consommé de la psilocybine au cours de leur vie, bien que ce chiffre ne soit pas une estimation de la prévalence nationale.
  • Motivations et schémas de consommation :
    • La curiosité est la principale motivation (43 %).
    • La majorité (88 %) des participants rapporte des expériences agréables ou très agréables.
    • 53 % des consommateurs ingèrent généralement des doses inférieures à 2,5 g et 45 % en ont consommé moins de cinq fois dans leur vie.
    • 17 % des participants déclarent ne pas connaître leur dosage habituel.
    • La consommation a lieu principalement en compagnie d’autres personnes (64 %) et dans des environnements naturels (54 %), sous forme séchée (80 %).
    • 70 % des participants rapportent une utilisation récréative, tandis que plus de 50 % recherchent des bénéfices non récréatifs (spirituels, créatifs ou médicinaux).
    • 91 % des participants estiment que la psilocybine n’est pas addictive, et 80 % la considèrent comme non nocive.
  • Polysubstance : La consommation de psilocybine est significativement associée à l’utilisation d’alcool, de marijuana, du LSD, de la MDMA, de la cocaïne et des poppers. Parmi les consommateurs de psilocybine, 98 % ont aussi consommé de la marijuana et 65 % du LSD.
  • Traits de personnalité (Big Five) : Les utilisateurs de psilocybine obtiennent des scores significativement plus élevés pour l’ouverture à l’expérience (aOR = 2,09) et l’amabilité (aOR = 1,75) que les non-utilisateurs. Aucune différence significative n’est observée pour la stabilité émotionnelle, l’extraversion ou la conscience.
  • Facteurs explicatifs significatifs : Les facteurs significativement associés à des chances plus élevées de consommer de la psilocybine incluent l’identification comme homme (aOR = 6,2), bisexuel (aOR = 3,14), non-hétérosexuel (aOR = 4,33) et non-chrétien (aOR = 3,76). L’identification comme gay est associée à des chances plus faibles de consommation (aOR = 0,13).
Implications cliniques :

L’étude indique que les personnes bisexuelles présentent des chances plus élevées de déclarer une utilisation à vie de la psilocybine, une association qui correspond aux cadres du stress des minorités. Cependant, ces résultats préliminaires exigent une interprétation prudente en raison de la petite taille des sous-groupes et de la méthode d’échantillonnage non probabiliste.

Les hommes sont significativement plus susceptibles de déclarer l’utilisation de la psilocybine que les femmes, ce qui s’aligne avec la littérature établie sur la prise de risque et les comportements de recherche de sensations selon le genre, ainsi qu’avec la prédominance historique masculine dans les sous-cultures psychédéliques. L’âge n’apparaît pas comme un prédicteur significatif de l’utilisation de la psilocybine, mais l’étude observe que l’âge le plus jeune de première consommation est de 14 ans, avec environ 7 % des participants ayant initié l’utilisation avant l’âge de 18 ans. Les personnes bisexuelles, lesbiennes et pansexuelles rapportent des âges d’initiation plus jeunes que les participants hétérosexuels, suggérant que le statut de minorité sexuelle peut interagir avec les voies d’exposition précoce.

L’affiliation non-chrétienne est fortement associée à une probabilité plus élevée d’utilisation de la psilocybine, ce qui est cohérent avec les normes culturelles et les cadres spirituels qui façonnent les attitudes envers les substances psychoactives. Les traditions chrétiennes à Porto Rico découragent souvent l’utilisation non médicale de drogues, tandis que les identités non-chrétiennes ou non affiliées peuvent s’aligner sur des pratiques spirituelles alternatives et une ouverture à l’exploration expérientielle.

Les traits de personnalité tels que l’ouverture à l’expérience sont fortement associés à l’utilisation de la psilocybine, en lien avec la recherche de nouveauté et la curiosité esthétique. L’amabilité présente également une association positive, ce qui pourrait refléter la nature socialement intégrée de l’utilisation de la psilocybine à Porto Rico, souvent en groupe et en milieux naturels.

L’étude souligne la proportion élevée d’utilisation de psilocybine et les schémas de consommation largement non supervisés observés dans cet échantillon de commodité, mettant en évidence des opportunités pour l’engagement en santé publique. La plupart des participants rapportent des expériences positives et ne perçoivent pas la psilocybine comme nocive ou addictive. Les efforts de santé publique devraient se concentrer sur la réduction des risques fondée sur des preuves, l’éducation publique sur les pratiques d’utilisation sûres et des programmes culturellement adaptés, en particulier pour les minorités sexuelles et de genre, plutôt que de supposer un danger inhérent à l’utilisation de la psilocybine. De futures recherches sont nécessaires pour identifier les facteurs influençant l’initiation précoce et développer des interventions ciblées, ainsi que pour explorer le lien entre la personnalité et l’utilisation de la psilocybine et évaluer les effets à long terme sur les populations.

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

Retour en haut
Rechercher