Sous l’influence de substances psychédéliques, les personnes déclarent fréquemment rencontrer des “entités” qui semblent posséder leur propre agentivité autonome. Ces rencontres, dont les formes varient selon le milieu culturel, occupent une place centrale dans de nombreuses traditions psychédéliques. Cependant, les explications mécanistiques de ces expériences sont rares dans la littérature neuroscientifique.
L’étude propose un modèle neurocomputationnel pour expliquer les expériences de rencontres avec des entités, en se concentrant principalement sur celles induites par la DMT, une substance psychédélique sérotoninergique. Ce modèle s’appuie sur des théories antérieures, notamment le modèle du cerveau entropique des psychédéliques, les modèles computationnels de la présence ressentie d’autres esprits et les théories de la discrimination soi-autrui basées sur l’atténuation sensorielle.
Les auteurs synthétisent et développent ces perspectives à travers une approche de la cognition et de la fonction cérébrale basée sur la physique – le cadre de l’inférence active. Ils suggèrent que les effets généraux des psychédéliques sur la dynamique neuronale à grande échelle peuvent façonner la manière dont le cerveau infère et interprète les présences agentiques. Plus précisément, la réduction de la prévisibilité des perceptions sensorielles pendant l’état psychédélique peut inciter le cerveau à interpréter les perceptions, tant internes qu’externes, comme provenant de sources agentiques non-soi. En spécifiant les mécanismes neurocomputationnels, le modèle vise à expliquer comment le cerveau soutient les rencontres avec des entités tout en tenant compte de la diversité (et de la similarité) de ces expériences à travers les contextes culturels.
L’étude vise à développer un modèle neurocomputationnel des rencontres avec des entités pour expliquer comment les effets des substances psychédéliques sur la fonction cérébrale peuvent propulser ces expériences puissantes de présence agentique.
Le modèle a pour objectif d’expliquer comment le cerveau soutient les rencontres avec des entités, tout en rendant compte de la diversité et de la similarité de ces expériences à travers les contextes culturels.
- L’étude développe un modèle neurocomputationnel pour expliquer les rencontres avec des entités psychédéliques.
- Elle s’appuie sur le cadre théorique de l’inférence active et le modèle “RElaxation of Beliefs Under pSychedelics” (REBUS).
- La méthodologie intègre des comptes théoriques antérieurs sur le modèle du cerveau entropique des psychédéliques, les comptes computationnels de la présence ressentie d’autres esprits et les théories de la discrimination soi-autrui basées sur l’atténuation sensorielle.
- Les auteurs s’inspirent des observations ethnographiques concernant l’utilisation des psychédéliques pour se connecter à des entités surnaturelles et de l’influence culturelle sur le contenu des expériences.
- L’approche ne présente pas de mise en œuvre mathématique formelle, mais utilise la structure théorique de l’inférence active pour modéliser conceptuellement les processus impliqués dans les rencontres d’entités psychédéliques.
- Les auteurs proposent un modèle bidimensionnel de la discrimination soi-autrui et de l’attribution d’agentivité, défini par la “richesse épistémique” et l'”atténuation sensorielle”.
- Le modèle propose que les rencontres avec des entités sont facilitées par la co-occurrence de deux processus clés : une augmentation de la “richesse épistémique” (ou profondeur contrefactuelle) de l’expérience et une tendance accrue à attribuer les perceptions à des sources exogènes.
- L’étude suggère que les effets des psychédéliques sur la dynamique neuronale à grande échelle influencent la capacité du cerveau à inférer et à interpréter les présences agentiques.
- La réduction de la prévisibilité des perceptions sensorielles pendant l’état psychédélique incline le cerveau à interpréter ces perceptions, qu’elles soient internes ou externes, comme provenant de sources agentiques et non-soi.
- Les preuves neuroimagerie récentes soutiennent l’idée que la DMT relaxe l’influence des croyances/modèles de haut niveau dans le cerveau, une augmentation de la diversité du signal spontané étant corrélée à des perturbations de la connectivité dans les réseaux de haut niveau (y compris le RMN).
- Le modèle intègre l’idée que l’apprentissage culturel façonne les priors (attentes préalables) de haut et de moyen niveau. Lorsque les psychédéliques réduisent la précision des croyances de haut niveau, les priors culturellement façonnés des couches intermédiaires peuvent exercer une influence plus puissante sur la résolution des entrées sensorielles ambiguës, déterminant ainsi les formes spécifiques que prennent les entités agentiques.
- Le cerveau est ainsi “réglé” par les psychédéliques pour inférer la présence d’entités agentiques et non-soi.
Les auteurs soulignent que leur modèle vise à expliquer comment le cerveau soutient les rencontres avec des entités tout en tenant compte de la diversité et de la similarité de ces expériences à travers les contextes culturels. Le cadre de l’inférence active offre une perspective unifiée sur la façon dont les différents aspects du soi peuvent se contraindre et se soutenir mutuellement au fil du temps.
Malgré les limitations de ce modèle conceptuel, les auteurs suggèrent que les travaux empiriques futurs pourraient le valider davantage, notamment par le développement de mesures empiriques fiables de la profondeur contrefactuelle et de l’atténuation sensorielle. Ils envisagent des expériences où les participants interagiraient avec des objets ou des agents simulés, permettant d’estimer la profondeur contrefactuelle du modèle du participant.
Les auteurs notent que la DMT semble être l’une des substances les plus fiables pour induire ces expériences, mais que d’autres substances comme le 5-MeO-DMT peuvent induire des expériences de non-dualité ou de dissolution de l’ego plutôt que la présence d’entités autonomes. Ce contraste met en évidence la nécessité de recherches supplémentaires sur les profils neurocomputationnels spécifiques à chaque substance qui modulent l’inférence des présences agentiques.
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