Cette vaste étude épidémiologique examine les associations entre l’usage au cours de la vie de psychédéliques classiques (psilocybine, LSD, mescaline, peyotl, ayahuasca et DMT) et plusieurs formes de comportements criminels autodéclarés ou sanctionnés par une arrestation. Les données proviennent des enquêtes annuelles de la National Survey on Drug Use and Health (NSDUH) menées entre 2002 et 2014 aux États-Unis, regroupant plus de 480 000 participants adultes issus de la population générale non institutionnalisée.
Après ajustement statistique pour de multiples facteurs sociodémographiques, religieux et l’usage d’autres substances illicites, les analyses révèlent que l’usage de psychédéliques classiques au cours de la vie est associé à une réduction significative du risque d’avoir commis un vol ou une agression au cours de la dernière année, ainsi qu’à une diminution de la probabilité d’avoir été arrêté pour un crime contre les biens ou un crime avec violence. À l’inverse, l’usage illicite de presque toutes les autres drogues est corrélé à une augmentation de ces comportements criminels.
Les résultats soutiennent également l’existence d’un effet protecteur spécifique de la psilocybine contre les infractions antisociales. Ces observations fournissent un argument empirique solide en faveur du lancement d’essais cliniques évaluant les thérapies assistées par psychédéliques au sein des populations sous main de justice ou à risque de récidive.
L’étude vise à déterminer les liens entre l’usage au cours de la vie de psychédéliques classiques et divers comportements criminels survenus au cours de l’année précédente, au sein d’un échantillon représentatif de la population adulte américaine.
Elle cherche en particulier à distinguer les effets spécifiques de la psilocybine par rapport aux autres psychédéliques et à comparer ces relations avec celles observées pour d’autres substances illicites courantes.
- Source des données : Regroupement des données transversales de la National Survey on Drug Use and Health (NSDUH) sur 13 années consécutives (2002 à 2014), comprenant plus de 480 000 répondants adultes âgés de 18 ans et plus.
- Mesure de l’exposition aux psychédéliques : Identification de l’usage au cours de la vie de psychédéliques classiques (DMT, ayahuasca, LSD, mescaline, peyotl, San Pedro ou psilocybine). Quatre groupes mutuellement exclusifs sont analysés : psilocybine seule, psilocybine associée à d’autres psychédéliques, psychédéliques hors psilocybine uniquement, et aucun psychédéliques.
- Variables de comportements criminels : Évaluation de six critères au cours des 12 derniers mois : la distribution de drogues illégales, le vol simple ou larcin (> 50 $), les agressions avec intention de blesser gravement, l’arrestation pour infraction liée aux stupéfiants, l’arrestation pour crime contre les biens et l’arrestation pour crime violent.
- Variables de contrôle : Prise en compte de l’âge, du sexe, de l’origine ethnoraciale, du niveau d’études, du revenu, du statut matrimonial, de la situation professionnelle, de la prise de risque autodéclarée, de l’influence des croyances religieuses, de l’année d’enquête et de l’usage illicite au cours de la vie de 10 autres classes de substances.
- Modélisation statistique : Utilisation de régressions logistiques ordonnées généralisées pour les comportements ordinaux (vol, agression, distribution de drogue) et de régressions logistiques binomiales pour les antécédents dichotomiques d’arrestation, avec prise en compte des pondérations d’échantillonnage complexes.
- Réduction des vols et infractions contre les biens : L’usage de psychédéliques classiques au cours de la vie est associé à une diminution de 27 % de la probabilité de commettre un vol au cours de la dernière année (aOR = 0,73) et à une baisse de 22 % du risque d’arrestation pour crime contre les biens (aOR = 0,78).
- Diminution de la violence interpersonnelle : L’usage de psychédéliques est corrélé à une réduction de 12 % du risque d’agression physique passée (aOR = 0,88) et à une diminution de 18 % du risque d’arrestation pour crime violent (aOR = 0,82).
- Spécificité face aux autres substances : Contrairement aux psychédéliques, l’usage au cours de la vie de la plupart des autres drogues illicites (cocaïne, héroïne, opioïdes analgésiques, cannabis) est systématiquement lié à une hausse du risque de vol, d’agression et d’arrestation.
- Distribution de substances : L’usage de psychédéliques est associé à une augmentation de la probabilité d’avoir distribué des drogues au cours de l’année écoulée (aOR compris entre 1,47 et 1,68), un résultat analogue à l’ensemble des autres substances illicites, bien qu’aucune hausse d’arrestation liée aux stupéfiants ne soit observée.
- Rôle de la psilocybine : Les personnes ayant uniquement consommé de la psilocybine présentent des taux significativement réduits de vols et d’agressions par rapport aux non-usagers de psychédéliques, confirmant un profil protecteur spécifique vis-à-vis des comportements antisociaux.
Ces résultats suggèrent que les substances psychédéliques classiques, et particulièrement la psilocybine, n’induisent pas de comportements antisociaux et semblent au contraire exercer une influence protectrice contre la violence et les atteintes aux biens dans la population générale.
Les auteurs soulignent le potentiel thérapeutique remarquable des interventions assistées par psychédéliques pour réduire la récidive chez les personnes prises en charge par le système judiciaire correctionnel. Ils rappellent toutefois que toute administration dans ces contextes vulnérables doit impérativement respecter l’autonomie individuelle et exclure toute forme de contrainte ou d’obligation institutionnelle.
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