La neurotransmission sérotoninergique joue un rôle clé dans la modulation des comportements agressifs et impulsifs. Bien que l’agressivité humaine constitue un continuum allant de variations normales de la personnalité jusqu’à des manifestations pathologiques, les liens entre les différences individuelles de disponibilité des récepteurs 5-HT2A et les traits d’agressivité chez des sujets sains demeurent mal compris.
Cette étude examine la disponibilité in vivo des récepteurs 5-HT2A par tomographie par émission de positons (TEP) au [11C]MDL100907 chez 33 adultes sains, parallèlement à une évaluation de l’agressivité via le questionnaire de Buss-Perry (BPAQ). Les analyses statistiques révèlent des corrélations positives significatives entre les scores d’agressivité et le potentiel de liaison du radiotraceur dans plusieurs structures corticales et sous-corticales, notamment le cortex préfrontal, les pôles temporaux et l’hippocampe.
Ces observations suggèrent qu’une densité ou une sensibilité accrue des récepteurs 5-HT2A dans les circuits fronto-limbiques et temporaux sous-tend certaines composantes cognitives, émotionnelles et motrices de l’agressivité, même en dehors de tout contexte psychiatrique clinique.
L’étude vise à évaluer la relation entre la disponibilité in vivo des récepteurs sérotoninergiques 5-HT2A et les différents traits d’agressivité chez des volontaires sains.
Les auteurs cherchent plus précisément à déterminer si des sous-dimensions particulières de l’agressivité, telles que l’agression physique, l’agression verbale, la colère et l’hostilité, sont corrélées de manière différentielle avec la densité des récepteurs 5-HT2A dans des régions cérébrales spécifiques impliquées dans la régulation émotionnelle et le contrôle cognitif.
- Participants : 33 volontaires sains (10 hommes et 23 femmes, moyenne d’âge de 30,9 ans) ne présentant aucun trouble psychiatrique, neurologique ou médical ni antécédent d’abus de substances.
- Évaluation psychométrique : Mesure des composantes de l’agressivité à l’aide de la version coréenne validée du questionnaire d’agression de Buss-Perry (BPAQ), comprenant quatre sous-échelles : agression physique, agression verbale, colère et hostilité.
- Imagerie cérébrale : Réalisation conjointe d’une IRM structurelle 3-Tesla et d’une acquisition TEP dynamique de 90 minutes à l’aide du radioligand sélectif des récepteurs 5-HT2A, le [11C]MDL100907.
- Analyse des données d’imagerie : Quantification du potentiel de liaison non déplaçable (BPND) via le modèle simplifié de tissu de référence (SRTM) en utilisant la substance grise cérébelleuse comme région de référence.
- Analyses statistiques : Analyses de corrélation voxel à voxel et par régions d’intérêt (ROI) avec l’âge et le sexe intégrés comme covariables dans SPM12.
- Agressivité totale : Le score global d’agressivité présente une corrélation positive significative avec le BPND du [11C]MDL100907 dans le pôle du gyrus temporal moyen droit, le gyrus fusiforme gauche, le gyrus parahippocampique droit et l’hippocampe droit.
- Agression physique : La sous-échelle d’agression physique est positivement corrélée à la disponibilité des récepteurs 5-HT2A dans le cortex olfactif gauche, la partie orbitaire du gyrus frontal supérieur gauche, les gyri cingulaire et paracingulaire antérieurs droits, le gyrus rectus gauche, le gyrus temporal moyen et inférieur gauche, ainsi que le gyrus angulaire gauche.
- Agression verbale : Le score d’agression verbale montre une corrélation positive avec le BPND bilatéralement dans le gyrus frontal supérieur, la partie médiale du gyrus frontal supérieur droit, le gyrus fusiforme gauche et le pôle du gyrus temporal moyen droit.
- Colère et hostilité : Aucune corrélation statistiquement significative n’est détectée entre les scores de colère ou d’hostilité et le potentiel de liaison des récepteurs 5-HT2A au seuil défini.
Les résultats mettent en évidence l’existence d’un lien biologique mesurable entre la neurotransmission 5-HT2A et les traits de personnalité agressifs chez des individus sains, confirmant l’hypothèse selon laquelle l’agressivité se situe sur un continuum neurobiologique.
L’implication des régions préfrontales orbitaires et médiales suggère qu’une altération de la signalisation 5-HT2A affecte le contrôle inhibiteur descendant exercé sur les structures sous-corticales et limbiques, favorisant une réactivité affective accrue face aux stimuli environnementaux.
Ces découvertes éclairent les mécanismes d’action des ligands ciblant le récepteur 5-HT2A, notamment les substances psychédéliques et les modulateurs sérotoninergiques, dans la modulation des états affectifs et des comportements impulsifs ou hostiles.
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