La documentation fiable sur l’utilisation traditionnelle des substances psychédéliques sérotoninergiques est longtemps restée confinée aux Amériques. Les récits dominants surestiment souvent la prévalence mondiale et l’uniformité de l’usage traditionnel des psychédéliques, en extrapolant à partir d’un ensemble limité de cas bien documentés.
Cette étude rapporte des preuves de l’utilisation de champignons à psilocybine chez les guérisseurs traditionnels Basotho et les non-guérisseurs au Lesotho et en Afrique du Sud. Grâce à des entretiens semi-structurés menés auprès de 26 guérisseurs (un a été exclu par la suite) et de 8 non-guérisseurs, les chercheurs constatent que 15 guérisseurs et 6 non-guérisseurs identifient indépendamment le Psilocybe maluti, une espèce productrice de psilocybine récemment décrite et endémique à l’Afrique australe. Les utilisations rapportées couvrent quatre catégories : l’incorporation dans une infusion psychoactive d’initiation, le traitement de maux physiques, mentaux et spirituels, l’usage récréatif et la protection magique.
Contrairement aux doses ritualisées importantes caractéristiques de l’utilisation de la psilocybine en Mésoamérique, les guérisseurs Basotho appliquent principalement de petites doses de P. maluti aux côtés d’autres plantes psychoactives, notamment l’oignon hallucinogène Boophone disticha. Plusieurs éléments de preuve suggèrent que ces pratiques sont antérieures à la popularisation de la psilocybine au milieu du XXe siècle. Ces découvertes élargissent la portée géographique connue de l’utilisation traditionnelle de la psilocybine et révèlent un mode d’application psychédélique distinct des modèles ethnographiques existants. Plus largement, l’étude souligne l’importance de fonder les interprétations contemporaines des pratiques psychédéliques non cliniques sur une documentation empirique rigoureuse plutôt que sur des généralisations largement diffusées mais faiblement étayées.
L’objectif principal de cette étude est de rapporter des preuves de l’utilisation de champignons à psilocybine chez les guérisseurs traditionnels Basotho et les non-guérisseurs en Afrique australe, spécifiquement au Lesotho et en Afrique du Sud.
L’étude vise à vérifier l’utilisation de la psilocybine parmi les guérisseurs Basotho et, si elle est confirmée, à mieux caractériser les schémas de consommation de cette substance dans ce contexte culturel.
- Type d’étude : Il s’agit d’une investigation ethnographique qualitative basée sur des entretiens.
- Participants : L’étude inclut des entretiens semi-structurés avec 26 guérisseurs (dont un a été ultérieurement exclu en raison de soupçons d’informations falsifiées) et 8 non-guérisseurs.
- Lieux d’étude : Les entretiens se déroulent dans quatre localités principales : Daveyton (Afrique du Sud), Maseru (Lesotho), Butha Buthe (Lesotho) et Semonkong (Lesotho). Les enquêtes sont également menées dans un rayon de 100 km autour de ces points centraux.
- Échantillonnage : Les participants sont sélectionnés par échantillonnage en boule de neige et de commodité.
- Procédure des entretiens : Les auteurs E.S.E. et M. Sethathi mènent les entretiens principalement en Sesotho, avec traduction pour E.S.E. par M. Sethathi. Avant les entretiens, les sujets fournissent un consentement verbal explicite.
- Vérification de la connaissance : Les intervieweurs présentent des images détaillées du Psilocybe maluti pour confirmer la reconnaissance du champignon. Les participants décrivent où et quand le champignon pousse et si sa tige change de couleur au contact.
- Questions approfondies : Si la connaissance du champignon est confirmée, les entretiens passent à un format semi-structuré abordant les usages, le contexte culturel, les effets subjectifs et d’autres dimensions de la connaissance locale du P. maluti.
- Considérations éthiques : L’approbation pour la collecte de données est obtenue auprès du Conseil d’examen institutionnel de l’Université de Californie (Protocole 2387144-1). Tous les participants consentent de manière explicite, sont rémunérés équitablement et leurs données sont anonymisées.
- Identification et Familiarité :
- Parmi les 26 guérisseurs interrogés, 15 identifient le Psilocybe maluti comme un champignon poussant dans la bouse de vache et se contusionnant par oxydation. 10 guérisseurs ne le reconnaissent pas, et un est exclu pour informations falsifiées.
- Sur les guérisseurs qui l’identifient, 7 rapportent une utilisation personnelle et par d’autres, 5 rapportent une utilisation uniquement par d’autres, et 1 rapporte une utilisation uniquement personnelle. Deux ne rapportent aucune utilisation.
- Parmi les 8 non-guérisseurs interrogés (6 bergers adolescents, 2 autres), 6 sont familiers avec le P. maluti. Aucun ne mentionne d’utilisation personnelle, tandis que 3 mentionnent une utilisation par d’autres.
- Catégories d’Utilisation : Les interviewés rapportent quatre catégories d’utilisation du P. maluti :
- Initiation : Cinq guérisseurs rapportent l’incorporation du P. maluti dans le breuvage d’initiation appelé “sethoto”. Cette utilisation vise à améliorer la vivacité des rêves et des visions des initiés et à aider à surmonter les “blocages” dans leur formation. Des petites doses sont utilisées, souvent mélangées à d’autres plantes psychoactives comme le Boophone disticha, l’aloès et le tabac. L’utilisation en poudre à priser est également mentionnée.
- Guérison : Sept guérisseurs mentionnent l’utilisation du P. maluti pour traiter des problèmes physiques, mentaux et spirituels.
- Pour les problèmes mentaux (sans cadre spirituel explicite), quatre guérisseurs l’utilisent pour l’« addiction » (méthamphétamine), l’« épilepsie », l’« asthme » et la « dépression » (khatello ea maikutlo). Les préparations incluent des prises nasales, des mélanges dans l’eau ou des infusions/bouillies.
- Pour les problèmes physiques, deux guérisseurs rapportent l’application du champignon en poudre sur les plaies ou les incisions.
- Pour les problèmes spirituels, deux guérisseurs l’utilisent pour guérir l’« empoisonnement alimentaire » (résultat d’une malédiction). Un guérisseur décrit également l’utilisation d’une décoction ou d’une bouillie lors de sessions où les patients regardent dans un miroir pour accéder à leur « moi supérieur », provoquant des sensations de lourdeur, d’émotion intense et de soulagement.
- Récréation : Cinq sujets mentionnent une consommation récréative du P. maluti par les bergers. Les effets subjectifs rapportés incluent l’amélioration des couleurs, un regain d’énergie et la vision de « cristaux ». L’utilisation en poudre à priser ou roulée en cigarettes est mentionnée.
- Protection Magique : Cinq sujets mentionnent l’utilisation du champignon comme amulette protectrice, appliquée sur les plaies sous forme de poudre, sous forme brute ou dans des bains, pour se protéger ou lever les malédictions, notamment celles liées à la foudre.
- Contexte Historique : Les pratiques décrites semblent antérieures à la popularisation de la psilocybine au milieu du XXe siècle, ce qui est corroboré par la distinction visuelle du P. maluti par rapport au P. cubensis, les récits d’utilisation par des personnes âgées remontant aux années 1970, et l’apprentissage de son utilisation par un guérisseur auprès de sa grand-mère initiée vers 1955. Des preuves suggèrent une possible utilisation précoloniale, notamment en raison de l’utilisation ancienne du Boophone disticha.
- Connaissance Globale : Les entretiens n’indiquent pas que les guérisseurs aient connaissance de l’utilisation rituelle, médicinale ou récréative des champignons à psilocybine dans d’autres parties du monde.
Ces résultats suggèrent que le P. maluti est utilisé sporadiquement par les guérisseurs et non-guérisseurs Basotho à des fins d’initiation, de guérison, de récréation et de protection magique. L’étude indique que l’utilisation de la psilocybine chez les Basotho révèle une autre manière d’incorporer les substances psychédéliques dans la société et que la diversité des usages psychédéliques s’étend probablement bien au-delà des modèles prédominants.
Ces observations ouvrent des pistes de recherche en science psychédélique. Il est particulièrement notable que les guérisseurs Basotho utilisent souvent la psilocybine aux côtés d’autres plantes psychoactives, comme le Boophone disticha, à des fins d’initiation et de guérison. Cela souligne l’importance potentielle des effets combinés de ces concoctions. Les recettes Basotho suggèrent que l’étude de la combinaison de la psilocybine avec les alcaloïdes du B. disticha pourrait être pertinente.
Les découvertes de l’étude posent également la question des effets des psychédéliques sur les états non-éveillés. Alors que la recherche actuelle sur les psychédéliques se concentre sur l’altération des états de conscience éveillée, plusieurs répondants Basotho soulignent les effets des infusions psychoactives sur les rêves. Le “sethoto”, en particulier, est réputé altérer le contenu et la clarté des rêves, suggérant que des études sur les effets des psychédéliques sur le rêve pourraient être fructueuses.
Ces résultats suggèrent enfin que certains cas d’utilisation indigène des psychédéliques en dehors des Amériques ont été négligés. Il est crucial que les chercheurs mènent des travaux de terrain exploratoires dans les régions du monde sous-étudiées où l’on trouve des plantes et des champignons hallucinogènes, notamment parce que la perte continue de diversité culturelle pourrait autrement éliminer les pratiques psychédéliques indigènes avant qu’elles ne puissent être documentées.
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