Aller au contenu
Psychédélique(s) étudié(s) : DMT, LSD, Psilocybine
Publiée le 6 juillet 2023
Type : Hypothèse et théorie
Auteurs : Inês Hipólito, Jonas Mago, Fernando E. Rosas, Robin Carhart-Harris
Résumé :

Les recherches récentes démontrent le potentiel de la thérapie psychédélique pour la santé mentale. Cependant, l’expérience psychologique qui sous-tend ses effets thérapeutiques reste mal comprise.

Cet article propose un cadre théorique suggérant que les substances psychédéliques agissent comme des déstabilisateurs, tant sur le plan psychologique que neurophysiologique. S’appuyant sur l’hypothèse du ‘cerveau entropique’ et le modèle ‘REBUS’ (RElaxed Beliefs Under Psychedelics), cette étude se concentre sur la richesse de l’expérience psychologique.

Dans une perspective issue de la théorie des systèmes complexes, les auteurs suggèrent que les psychédéliques déstabilisent des points fixes, ou ‘attracteurs’, rompant ainsi des schémas de pensée et de comportement renforcés. Cette approche explique comment l’augmentation de l’entropie cérébrale induite par les psychédéliques déstabilise les points de consigne neurophysiologiques, menant à de nouvelles conceptualisations de la psychothérapie psychédélique.

Ces perspectives ont des implications importantes pour l’atténuation des risques et l’optimisation du traitement en médecine psychédélique, à la fois pendant l’expérience psychédélique maximale et durant la période de récupération qui suit.

Objectif :

L’étude vise à proposer un nouveau cadre conceptuel pour comprendre les mécanismes thérapeutiques des substances psychédéliques. En utilisant la théorie des systèmes complexes (TSC), elle cherche à expliquer comment ces substances agissent comme des agents de ‘rupture de schémas’ (pattern breaking).

L’objectif principal est de modéliser les psychédéliques comme des déstabilisateurs qui perturbent les schémas de pensée et de comportement rigides et pathologiques, souvent décrits comme des ‘attracteurs’ dans la TSC. L’étude entend ainsi unifier les observations psychologiques et neurophysiologiques, notamment l’augmentation de l’entropie cérébrale, au sein d’un modèle cohérent.

Méthodologie :
  • Approche théorique : L’étude est de nature conceptuelle et ne repose pas sur une collecte de données expérimentales originales. Elle propose un cadre d’analyse intégratif.
  • Synthèse de modèles : Les auteurs s’appuient sur plusieurs cadres théoriques existants, notamment :
    • La théorie des systèmes complexes (TSC).
    • L’hypothèse du ‘cerveau entropique’ (entropic brain).
    • Le modèle REBUS (‘RElaxed Beliefs Under psychedelics’).
    • Le principe de l’énergie libre (Free-Energy Principle – FEP).
  • Analyse conceptuelle : L’étude procède par une analyse et une synthèse de ces théories pour modéliser les effets des substances psychédéliques sur la dynamique cérébrale et psychologique, en particulier sur la notion d’états ‘bloqués’ ou ‘stuck states’.
Résultats principaux :
  • Action déstabilisatrice : Les substances psychédéliques agissent comme des déstabilisateurs neurophysiologiques et psychologiques, augmentant le désordre et la flexibilité d’un système.
  • Augmentation de l’entropie : Cette déstabilisation se manifeste par une augmentation de l’entropie cérébrale. Cela correspond à un ‘aplatissement’ du paysage énergétique du cerveau, rendant les états mentaux rigides (attracteurs profonds) moins stables et plus faciles à quitter.
  • Rupture des schémas pathologiques : En réduisant la stabilité des attracteurs associés à des troubles mentaux (comme la rumination dans la dépression), les psychédéliques permettent au système de sortir d’états ‘bloqués’ et d’explorer de nouvelles trajectoires cognitives et comportementales.
  • Fenêtre d’opportunité thérapeutique : L’état de haute plasticité et de flexibilité induit par les psychédéliques crée une ‘fenêtre d’opportunité’ pour un changement thérapeutique durable, particulièrement lorsqu’il est soutenu par un accompagnement psychothérapeutique adéquat (intégration).
Implications cliniques :

Cette approche théorique a des implications significatives pour la pratique clinique de la thérapie assistée par psychédéliques. Elle suggère que l’objectif principal de la thérapie n’est pas seulement l’administration de la substance, mais la gestion du processus de déstabilisation qu’elle induit.

Comprendre les psychédéliques comme des déstabilisateurs souligne l’importance cruciale du contexte (le ‘set and setting’) et de l’accompagnement thérapeutique pour guider le système vers de nouveaux états plus sains et fonctionnels, plutôt que vers le chaos ou de nouveaux schémas dysfonctionnels. Cela offre des pistes pour optimiser les protocoles de traitement et pour la gestion des risques, en adaptant le soutien en fonction de la sensibilité et des besoins de chaque individu pendant cette période de grande plasticité.

Publication complète :

https://doi.org/10.1093/nc/niad017

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

Retour en haut
Rechercher