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Psychédélique(s) étudié(s) : Ayahuasca, DMT, Ibogaïne, Kétamine, LSD, MDMA, Mescaline, Psilocybine
Publiée le 9 septembre 2025
Type : Revue systématique
Auteurs : Sarah Kratina, Carol Strike, Robert Schwartz, Ayah Nayfeh, Sydney Jopling, Chris Lo, Brian Rush
Résumé :

L’étude souligne que les substances psychédéliques sont reconnues pour leur potentiel à soulager la souffrance psychologique liée aux problèmes de fin de vie, bien que la politique reste restrictive. La vaste gamme de substances et d’approches thérapeutiques utilisées chez les populations en fin de vie n’est pas adéquatement couverte par les revues existantes.

La recherche identifie et apprend de la variété qui existe au sein des études sur les interventions psychédéliques thérapeutiques rapportées chez les populations confrontées à la souffrance psychologique associée aux maladies mortelles et à la fin de vie.

La méthodologie suit le cadre d’Arksey et O’Malley (2005) pour les revues de portée, les lignes directrices méthodologiques mises à jour et les recommandations de l’extension des lignes directrices PRISMA-ScR. Les données extraites des études sélectionnées couvrent les détails des interventions, les substances utilisées, les caractéristiques des participants, les résultats mesurés et les mécanismes théoriques.

Les résultats indiquent que 59 études sur six types de substances psychédéliques sont identifiées pour les problèmes de fin de vie, les études de cas étant les plus courantes. Les interventions sont classées en administration seule, préparation/administration/intégration, et administration avec un soutien psychothérapeutique non fourni dans le modèle tripartite. La plupart des études rapportent des expériences difficiles, une grande proportion les considérant comme thérapeutiques. Les mesures de résultats couvrent les domaines biopsychosocial et spirituel, les sous-domaines affectifs et cognitivo-affectifs étant les plus souvent évalués. Des mécanismes neurobiologiques sont rapportés dans 54 % des études, psychologiques dans 51 %, et spirituels dans 44 %, ce qui indique des processus thérapeutiques divers.

En conclusion, l’étude révèle une extraordinaire variété dans la manière dont les psychédéliques sont étudiés pour traiter la souffrance psychologique liée aux préoccupations de fin de vie. Cette variabilité reflète une phase précoce et exploratoire de la recherche sur les psychédéliques, les différences dans les croyances concernant la façon dont les interventions psychédéliques thérapeutiques produisent le changement, et la richesse des possibilités qu’elles offrent pour des interventions thérapeutiques.

Objectif :

L’étude vise à identifier et à tirer des enseignements de la variété existante dans la recherche sur les interventions psychédéliques thérapeutiques. Elle se concentre sur les populations confrontées à la souffrance psychologique associée aux maladies mortelles et à la fin de vie.

Son objectif est de caractériser l’éventail des approches interventionnelles afin d’éclairer les pratiques cliniques et d’informer les politiques futures. L’analyse des schémas dans les contextes thérapeutiques, les pratiques et les environnements offre des aperçus précieux sur l’évolution de la médecine psychédélique, ses limites et les questions urgentes nécessitant une investigation future.

Méthodologie :
  • Cadre méthodologique : L’étude repose sur le cadre d’Arksey et O’Malley (2005) pour les revues de portée, complété par des lignes directrices méthodologiques actualisées (Peters et al., 2020) et les lignes directrices PRISMA-ScR (Tricco et al., 2018).
  • Étapes de la revue : La démarche comprend cinq étapes clés : (1) l’identification des questions de recherche, (2) l’identification des études pertinentes, (3) la sélection des études, (4) le catalogage des données, et (5) la compilation, la synthèse et la présentation des résultats. La sixième étape optionnelle de consultation n’est pas incluse.
  • Stratégie de recherche : Une recherche exhaustive est menée dans les bases de données Medline, Embase, APA PsychINFO et CINAHL, de leur création jusqu’au 27 octobre 2023. Les concepts clés combinés incluent « fin de vie », « psychédéliques » et « souffrance psychologique ». Des recherches de citations antérieures et postérieures sont également effectuées.
  • Critères d’inclusion : L’étude inclut des participants adultes (âgés de 18 ans et plus) ayant donné un consentement éclairé pour des études sur les interventions psychédéliques thérapeutiques ciblant la souffrance psychologique (dépression, anxiété, désespoir) liée aux problèmes de fin de vie.
  • Types d’interventions : Les interventions psychédéliques thérapeutiques utilisant la kétamine, la psilocybine, l’ayahuasca, LA MDMA, Le LSD, l’ibogaïne, le peyote et la mescaline sont incluses, quelle que soit la posologie ou le type de thérapie d’accompagnement (psychothérapie, musicothérapie, etc.).
  • Sources de données : Sont incluses les études empiriques primaires publiées dans des revues évaluées par des pairs, avec des données quantitatives, qualitatives ou mixtes, des essais cliniques, des études observationnelles et des études de cas. Les langues sont restreintes à l’anglais, au français, à l’espagnol et au portugais. Les résumés, présentations d’affiches, thèses et littérature grise sont exclus.
  • Processus de sélection : La déduplication est gérée à l’aide du logiciel Covidence. Deux examinateurs (S.K., A.N.) évaluent et sélectionnent indépendamment les publications. Les désaccords sont résolus par consultation avec l’équipe de supervision (C.L., B.R.).
  • Extraction des données : L’extraction des données est réalisée à l’aide d’un formulaire structuré (Aromataris et al., 2024). Trois membres de l’équipe (S.K., S.J., A.N.) cataloguent indépendamment les données après un test pilote sur les cinq premières publications.
  • Catégorisation des interventions : Les approches interventionnelles sont classées en trois catégories : (1) administration seule, (2) administration avec une forme de soutien psychothérapeutique, et (3) le modèle tripartite (préparation, administration, intégration).
Résultats principaux :
  • Types de substances : L’étude identifie 59 études portant sur six types de substances psychédéliques : la kétamine (41 %), Le LSD (25 %), la psilocybine (24 %), LA MDMA (3 %) et l’ayahuasca (2 %). Une substance non cartographiée dans la liste fournie, la DPT, est également notée dans 5% des études.
  • Conceptions d’étude : Les études de cas sont la conception la plus fréquente (41 %), suivies par les études expérimentales sans groupe de contrôle (22 %) et les essais contrôlés randomisés (11 %).
  • Tendances temporelles : Trois vagues de recherche sont observées : la première (1963-1985) dominée par Le LSD ; la deuxième (2007-2018) par la kétamine et la psilocybine ; et la troisième (2020-2023) introduisant LA MDMA et l’ayahuasca.
  • Géographie de la recherche : Les États-Unis dominent la recherche, tandis que le Canada étudie la kétamine et la psilocybine. Les études sur Le LSD depuis les années 2000 sont principalement menées en Suisse.
  • Critères d’inclusion des participants : La majorité des études (70 %) incluent des patients atteints de cancer. D’autres incluent des affections mortelles mixtes (24 %) ou des conditions non cancéreuses spécifiques (VIH, suicidalité sévère, insuffisance cardiaque terminale, demande d’AMM).
  • Symptômes psychiatriques : Près de la moitié des études (42 %) incluent des participants présentant des symptômes liés à l’humeur (anxiété, dépression), et 46 % incluent un diagnostic psychiatrique formel (par exemple, trouble dépressif majeur).
  • Critères d’exclusion : La plupart des études (89 %) excluent des problèmes psychiatriques spécifiques, y compris l’idéation suicidaire. L’historique de psychose est l’exclusion la plus courante (79 %).
  • Taille et diversité des échantillons : La plupart des études (61 %) ont des échantillons de petite taille (2 à 50 participants). Aucune étude ne rapporte l’identité de genre des participants, et près de 60 % ne documentent pas leurs caractéristiques raciales.
  • Approches interventionnelles : La moitié des interventions utilisent un modèle d’administration seule, principalement pour la kétamine. La plupart des approches psychothérapeutiques (81 %) suivent un modèle tripartite (préparation, administration, intégration), souvent en thérapie individuelle. La psychothérapie de groupe est utilisée dans quatre interventions avec la psilocybine.
  • Environnements et éléments esthétiques : Les milieux hospitaliers sont les plus courants (51 %). 73 % des interventions ne décrivent pas les éléments esthétiques de la salle d’administration. 62 % n’incluent pas de musique pendant les sessions d’administration.
  • Soutien thérapeutique : Le soutien préparatoire est présent dans 44 % des interventions, axé sur l’établissement de la confiance et l’intention. Un soutien est également fourni pendant les sessions d’administration (44 %), impliquant une thérapie non directive, un suivi physiologique et émotionnel, et l’utilisation de musique. Le soutien à l’intégration est fourni dans 49 % des interventions, visant à appliquer les enseignements psychédéliques.
  • Expériences difficiles/indésirables : 66 % des études rapportent des expériences difficiles ou indésirables (engourdissement émotionnel, détachement, vomissements, vertiges, peurs, souvenirs traumatiques). 41 % considèrent ces expériences comme faisant partie du processus thérapeutique. Cependant, certaines expériences n’ont pas été résolues avec succès et ont entraîné des conséquences négatives.
  • Modalités de dosage :
    • Kétamine : Présente la plus grande variété de méthodes et de voies d’administration (orale, intraveineuse, intramusculaire, sous-cutanée, intranasale), avec des doses uniques ou multiples.
    • LSD : Administré par voie orale, intramusculaire, intraveineuse ou sous-cutanée, principalement en dose unique, avec des doses allant de 100 à 500 mcg.
    • Psilocybine : Souvent en dose unique, avec des variations de posologie et des schémas incluant des microdoses sur plusieurs années.
    • MDMA : Une seule étude rapporte l’administration orale de LA MDMA (125 mg) sur trois sessions.
    • Ayahuasca : Une étude qualitative décrit des fréquences de session variées dans différents contextes rituels.
  • Mesures de résultats : Les domaines les plus fréquemment évalués sont l’affectif (56 mesures), le cognitivo-affectif (29), le spirituel (15) et l’holistique (12). Les études sur la kétamine se concentrent sur les résultats physiques et affectifs, celles sur Le LSD sur la personnalité et les résultats psychiatriques, tandis que celles sur la psilocybine adoptent une évaluation plus complète.
  • Mécanismes postulés :
    • Neurobiologiques : Rapportés dans 54 % des études, particulièrement pour la kétamine (79 %) et la psilocybine (57 %). Les études sur LA MDMA soulignent également ces mécanismes, notamment la réduction de l’activité amygdalienne et l’augmentation des niveaux de sérotonine.
    • Psychologiques : Rapportés dans 51 % des études, fréquemment pour Le LSD (70 %) et la psilocybine (71 %).
    • Spirituels : Rapportés dans 44 % des études, avec une prédominance dans les études sur Le LSD (83 %) et la psilocybine (64 %).
Implications cliniques :

La recherche sur les interventions psychédéliques thérapeutiques (IPT) est à un stade précoce de développement, caractérisé par une grande variété d’approches. L’étude suggère que cette diversité est appropriée, compte tenu des différentes substances, stratégies et interactions. À mesure que le domaine progresse, les approches devraient s’affiner, offrant aux patients la possibilité de choisir le cadre théorique qui correspond le mieux à leur condition.

Il est impératif que les IPT pour les populations palliatives démontrent une efficacité et une tolérabilité dans le monde réel, répondant aux besoins complexes des patients en fin de vie. Bien que les études de cas fournissent des aperçus précieux sur les processus cliniques et l’exploration de la sécurité/efficacité, la nécessité de conceptions plus rigoureuses, telles que les essais contrôlés randomisés (ECR), est soulignée pour établir des inférences causales et améliorer la généralisabilité.

L’étude relève les défis méthodologiques des ECR, tels que le démasquage fonctionnel et la sélection d’un placebo adéquat. Elle suggère que des expérimentations comparatives sont nécessaires pour identifier les combinaisons optimales de composants et de contextes qui contribuent à l’efficacité. Les études naturalistes et d’évaluation de programmes sont également précieuses pour clarifier l’efficacité et les problèmes de mise en œuvre dans le monde réel.

L’étude constate un sous-rapport substantiel de l’origine ethnique des participants, les participants blancs étant majoritaires lorsque cette information est rapportée. Une démarche de recrutement plus inclusive est nécessaire pour tester l’efficacité et améliorer la généralisabilité des effets, en tenant compte des différences culturelles qui peuvent affecter l’acceptabilité du traitement.

Les mesures de résultats sont regroupées selon un modèle biopsychosocial-spirituel, bien que les études précoces sur Le LSD et la DPT aient montré que les mesures quantitatives ne captaient pas toujours les sentiments de connexion des patients. L’étude met en évidence l’opportunité de développer des mesures validées pour les interactions sociales. Elle note également que les études sur différentes substances psychédéliques se concentrent sur des domaines de résultats distincts, reflétant des hypothèses sous-jacentes sur leur champ d’action.

La diversité des mesures de résultats pose un défi à la synthèse des études. L’étude souligne l’importance d’évaluer de manière cohérente les principaux domaines de résultats (physiques, psychologiques, sociaux, holistiques et spirituels) à l’aide d’instruments validés pour améliorer la comparabilité des résultats dans ce domaine émergent.

Les chercheurs améliorent leur compréhension de la souffrance psychologique en fin de vie. Cependant, les instruments d’évaluation ne sont pas toujours adéquats pour évaluer les effets des interventions sur cette souffrance, la définissant souvent en termes de syndromes de dépression et d’anxiété. L’étude recommande des analyses de sous-groupes pour mieux comprendre l’efficacité des IPT.

L’étude identifie des relations entre les mécanismes d’action postulés (neurobiologiques, psychologiques et spirituels) et les caractéristiques des interventions psychédéliques. L’accent mis sur les aspects psychologiques et spirituels dans la recherche sur Le LSD pourrait être influencé par son utilisation clinique passée en psychothérapie. La psilocybine est utilisée de manière holistique, favorisant le modèle tripartite et les mécanismes spirituels/psychologiques. Pour la kétamine, l’accent est mis sur les mécanismes neurobiologiques, et l’étude suggère qu’une approche plus holistique pourrait enrichir sa compréhension thérapeutique.

L’étude met en lumière la nécessité de clarifier la terminologie des expériences « difficiles » et « indésirables ». Une « expérience difficile » peut être thérapeutique, contrairement à un « effet indésirable » cliniquement non souhaitable. Le seuil de gravité est peu clair, et l’étude soulève des préoccupations éthiques concernant l’évaluation des risques et le consentement éclairé. Elle plaide pour un cadre standardisé permettant de définir et de gérer ces expériences afin d’améliorer la sécurité et l’efficacité des IPT.

En somme, l’étude met en évidence quatre aspects clés pour le progrès de la recherche sur les interventions psychédéliques thérapeutiques : (1) le choix des mesures de résultats selon un modèle biopsychosocial-spirituel complet, (2) la discussion des mécanismes postulés influençant l’approche interventionnelle, (3) l’approche interventionnelle elle-même (substance, psychothérapie, musique), et (4) l’alignement de l’approche pour identifier les expériences indésirables ou difficiles. L’étude suggère qu’à ce stade exploratoire, une standardisation rigide n’est pas appropriée, et que la promotion d’un éventail d’options thérapeutiques est précieuse.

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

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