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Psychédélique(s) étudié(s) : Ayahuasca, DMT, MDMA, Psilocybine
Publiée le 3 mars 2026
Type : Perspective
Auteurs : Glauber Loures de Assis, Adana Omágua Kambeba, Jairo Lima, Cristiane De Bortoli, Caspar Montgomery, Simon Ruffell, Jacqueline Rodrigues
Résumé :

Le champ psychédélique mondial est narré à travers la métaphore d’une “Renaissance Psychédélique”. Bien qu’efficace pour mobiliser l’intérêt public, ce cadre reproduit des récits historiques eurocentriques, des narrations darwiniennes du progrès socioculturel et des logiques biomédicales qui marginalisent les sciences autochtones et les écologies relationnelles. La persistance de la colonialité et les conflits concernant la biomédicalisation, la marchandisation, la militarisation et la réglementation exposent les risques d’éclipser les dimensions relationnelles, écologiques et intergénérationnelles des pratiques psychédéliques.

S’appuyant sur l’anthropologie, la littérature autochtone et décoloniale, ainsi que sur les études des sciences et technologies, les auteurs soutiennent que la science psychédélique se trouve à un carrefour. Ils préconisent la reconnaissance d’un changement de paradigme de la renaissance à la confluence, fondé sur deux concepts interconnectés : les parentés vécues (lived kinships) et la diplomatie cosmique (cosmic diplomacy).

L’étude intègre la recherche ethnographique de communautés ayahuasqueras amazoniennes et de la diaspora, des développements récents tels que la Déclaration de la 5ème Conférence Indigène sur l’Ayahuasca (Brésil, 2025) et le prochain Forum Mondial sur l’Ayahuasca (Espagne, 2026), ainsi que des cadres politiques incluant le Protocole de Nagoya (Japon, 2010). Les auteurs proposent le terme de “parentés vécues” pour étendre la recherche au-delà de l’individu vers des écologies humaines et plus qu’humaines, tandis que la diplomatie cosmique fournit un cadre méthodologique et politique pour la construction d’alliances interculturelles et la santé planétaire. En opérationnalisant ces cadres pour la recherche empirique, la gouvernance et l’investissement éthique, les auteurs fournissent une feuille de route scientifiquement rigoureuse et politiquement urgente pour l’avenir du champ psychédélique.

Objectif :

Cette étude vise à critiquer la métaphore dominante de la “renaissance psychédélique” et à plaider pour un changement de paradigme fondamental dans le domaine des études sur les psychédéliques. L’objectif principal est de démontrer comment le cadre actuel perpétue des logiques eurocentriques, biomédicales et extractivistes qui marginalisent les savoirs et les pratiques autochtones.

En conséquence, l’étude propose un nouveau cadre théorique et pratique, celui de la “confluence”. Ce modèle a pour but d’orienter le champ vers une science qui sauvegarde la diversité bioculturelle et l’intégrité, en s’appuyant sur les concepts de “parentés vécues” et de “diplomatie cosmique” pour favoriser une approche plus relationnelle, éthique et respectueuse des différentes épistémologies.

Méthodologie :
  • Analyse critique et théorique : L’étude s’appuie sur une analyse critique de la littérature existante, en mobilisant des concepts issus de l’anthropologie, des études décoloniales, des savoirs autochtones, et des études des sciences et technologies.
  • Intégration de données ethnographiques : Elle incorpore des données issues de recherches ethnographiques auprès de communautés ayahuasqueras en Amazonie et dans la diaspora, afin d’ancrer l’analyse dans des pratiques concrètes.
  • Examen des cadres politiques et des événements récents : L’analyse prend en compte des cadres politiques internationaux comme le Protocole de Nagoya et des événements significatifs tels que la Déclaration de la 5ème Conférence Indigène sur l’Ayahuasca pour illustrer l’émergence du nouveau paradigme.
Résultats principaux :
  • Critique du paradigme de la Renaissance : L’étude démontre que la métaphore de la “renaissance psychédélique” est limitée et trompeuse. Elle invisibilise la continuité des savoirs autochtones, favorise la domination biomédicale, la marchandisation, et la reproduction de hiérarchies coloniales.
  • Proposition du paradigme de la Confluence : En alternative, le concept de “confluence” est proposé. Il décrit la rencontre de différents systèmes de connaissances (autochtone, biomédical, écologique) comme des rivières qui se rejoignent sans perdre leur identité, favorisant un dialogue non hiérarchique.
  • Développement de deux cadres conceptuels : L’étude introduit les concepts de “parentés vécues” (lived kinships) et de “diplomatie cosmique” (cosmic diplomacy). Le premier recadre la science psychédélique comme étant relationnelle et écologique, tandis que le second offre un cadre éthique et politique pour la gouvernance et les collaborations interculturelles.
  • Mise en évidence d’une voie alternative : Les résultats montrent qu’une alternative au modèle biomédical-capitaliste est déjà en train d’émerger à travers des initiatives menées par les Autochtones, qui institutionnalisent la réciprocité, la co-gouvernance et le respect des cosmologies.
Implications cliniques :

L’étude affirme que le passage d’un paradigme de renaissance à celui de confluence a des implications stratégiques cruciales pour l’avenir de la science psychédélique. Pour les chercheurs et scientifiques, ce changement offre des voies d’innovation en intégrant diverses épistémologies, ce qui permet de produire des connaissances plus robustes et de renforcer la confiance avec les communautés participantes.

Pour les bailleurs de fonds et les investisseurs, l’adoption d’une approche fondée sur l’éthique de la réciprocité et les cadres de collaboration comme le Consentement Libre, Préalable et Informé (CLPI) réduit les risques réputationnels et juridiques. Cela favorise également la durabilité à long terme en s’alignant sur les mouvements de protection de la diversité bioculturelle.

Pour les institutions et les décideurs politiques, le paradigme de la confluence propose des modèles de gouvernance plus légitimes et plus forts qui intègrent les droits culturels, la biodiversité et le partage équitable des bénéfices. En conclusion, l’étude appelle à un recentrage du champ, en passant d’un modèle centré sur le Nord global à un multilatéralisme qui reconnaît et valorise les savoirs et le leadership de multiples régions du monde.

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

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