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Psychédélique(s) étudié(s) : Psilocybine
Publiée le 12 avril 2024
Type : Essai clinique
Auteurs : Joseph Peill, Miriam Marguilho, David Erritzoe, Tommaso Barba, Kyle T Greenway, Fernando Rosas, Christopher Timmermann, Robin Carhart-Harris
Résumé :

Cette étude explore le concept de ‘guérisseur intérieur’, une notion courante dans les cultures utilisant des substances psychédéliques, qui postule que ces composés activent un mécanisme de guérison intrinsèque. Les auteurs cherchent à évaluer et à critiquer cette idée en utilisant une échelle d’évaluation subjective unique.

Dans le cadre d’un essai contrôlé randomisé en double aveugle sur la psilocybine pour la dépression, cette évaluation a été administrée à 59 patients après une dose unique élevée (25 mg) ou placebo (1 mg) de psilocybine. Les résultats indiquent que les scores relatifs au ‘guérisseur intérieur’ sont significativement plus élevés après la dose élevée. De plus, pour ce groupe uniquement, des scores plus élevés prédisent une amélioration des symptômes dépressifs deux semaines après l’administration.

Les conclusions suggèrent que, bien que le principe d’activation des mécanismes de guérison internes par les psychédéliques soit encore naissant sur le plan scientifique, cette étude constitue une avancée pragmatique et positive qui justifie une investigation plus approfondie.

Objectif :

L’objectif principal de l’étude est de tester empiriquement et d’analyser de manière critique le concept de ‘guérisseur intérieur’, souvent évoqué dans le contexte de la thérapie psychédélique. Pour cela, les chercheurs développent une question d’évaluation subjective unique destinée à mesurer la perception de ce phénomène.

L’étude formule deux hypothèses principales : 1) que les scores à l’item du ‘guérisseur intérieur’ seront plus élevés pour le groupe ayant reçu une dose de 25 mg de psilocybine par rapport au groupe placebo (1 mg) ; et 2) que ces scores pour le groupe haute-dose seront prédictifs des améliorations cliniques (réduction des symptômes dépressifs) deux semaines après le traitement.

Méthodologie :
  • Participants : L’étude inclut 59 patients diagnostiqués avec un trouble dépressif majeur.
  • Protocole : Il s’agit d’un essai contrôlé randomisé en double aveugle. Les participants sont répartis en deux groupes : un groupe reçoit une dose élevée de psilocybine (25 mg, n=30) et l’autre groupe une dose placebo (1 mg, n=29).
  • Mesure principale : Une question unique sur une échelle de Likert en 5 points est utilisée pour évaluer l’expérience du ‘guérisseur intérieur’. La question, posée à la fin de la journée de session, est : ‘J’ai senti que mon corps/esprit/cerveau se guérissait lui-même, automatiquement/naturellement/par lui-même’.
  • Mesures secondaires : L’inventaire de dépression de Beck (BDI) est utilisé pour évaluer l’évolution des symptômes dépressifs deux semaines après l’administration de la psilocybine.
  • Analyses : Des tests t et des corrélations de Pearson sont effectués pour analyser les données et tester les hypothèses de l’étude.
Résultats principaux :
  • Comparaison de groupe : Les scores de l’item ‘guérisseur intérieur’ sont significativement plus élevés dans le groupe ayant reçu 25 mg de psilocybine par rapport au groupe placebo (p < 0,001).
  • Valeur prédictive : Au sein du groupe ayant reçu la dose élevée de psilocybine, des scores plus élevés pour le ‘guérisseur intérieur’ sont corrélés à une réduction plus importante des symptômes dépressifs deux semaines après la session (p = 0,048).
  • Spécificité de l’effet : Cette corrélation persiste même après contrôle de l’intensité subjective générale des effets de la substance, ce qui indique une spécificité de l’effet de ‘guérison intérieure’ au-delà des simples effets psychotropes généraux.
  • Indépendance de la suggestion : Les analyses montrent que la suggestibilité ou les attentes des participants avant l’essai n’expliquent pas cette relation, ce qui renforce l’idée d’une action causale potentielle du phénomène.
Implications cliniques :

Cette étude apporte des preuves préliminaires soutenant la validité du concept de ‘guérisseur intérieur’ en tant que phénomène substantiel et pertinent pour l’action thérapeutique des substances psychédéliques. Les résultats suggèrent que cette expérience n’est pas simplement un produit de la suggestion psychologique, mais qu’elle pourrait avoir un fondement neurobiologique et être causalement liée à l’amélioration des symptômes dépressifs.

Les auteurs considèrent ce travail comme une première étape vers la ‘démystification’ de ce concept, le faisant passer d’une notion abstraite à un construit testable et validable scientifiquement. L’étude encourage des recherches futures pour développer des échelles de mesure plus complètes, explorer les corrélats neuronaux de cette expérience et mieux comprendre son mécanisme d’action dans le contexte de la médecine psychédélique.

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

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