Le trouble bipolaire II (TB-II) se caractérise par des épisodes hypomaniaques et dépressifs, ces derniers dominant le tableau clinique de la maladie et étant souvent associés à la suicidalité. Malgré les recommandations actuelles pour les traitements pharmacologiques de première ligne, les résultats pour les patients atteints de dépression chronique et d’idéation suicidaire restent sous-optimaux. Le manque d’options de traitement viables pour cette population est évident, ce qui confère aux substances psychédéliques le rôle d’une voie alternative supplémentaire.
La psilocybine montre un potentiel récent dans le traitement du trouble dépressif majeur et de la dépression résistante au traitement. Cependant, les personnes atteintes de trouble bipolaire ou présentant des idées suicidaires sont généralement exclues de ces essais en raison de préoccupations sécuritaires (risque de comportements suicidaires émergents, psychose et/ou manie). Ce document présente le protocole d’une étude qui vise à explorer l’acceptabilité, la sécurité et les préférences de traitement de la thérapie assistée par psilocybine chez les patients atteints de TB-II et présentant des idées suicidaires.
L’étude de faisabilité, de phase II, en ouvert et à un seul bras, inclut 10 participants diagnostiqués avec une dépression bipolaire II et une idéation suicidaire passive modérée. Les participants peuvent recevoir jusqu’à deux doses orales de 25 mg de psilocybine, espacées d’environ 4 semaines, en conjonction avec un protocole thérapeutique structuré (basé sur la thérapie cognitivo-comportementale de pleine conscience – M-CBT) qui inclut des séances de thérapie préparatoire, un soutien psychologique pendant l’administration et des séances de thérapie d’intégration post-traitement. L’objectif est d’examiner l’acceptabilité et la sécurité de l’utilisation de la psilocybine en tant que thérapeutique pour la suicidalité légère à modérée chez les patients atteints de TB-II et d’obtenir des données préliminaires sur ses effets. Les principaux résultats mesurés incluent le changement dans la suicidalité (évalué par l’Interpersonal Needs Questionnaire et la Columbia Suicide Severity Rating Scale) et la faisabilité/acceptabilité (évaluée par le nombre de participants qui terminent l’essai, le nombre de séances de thérapie suivies et le nombre d’évaluations complétées). Les résultats secondaires mesurent les changements dans des échelles comme la Montgomery-Åsberg Depression Rating Scale et la Young Mania Rating Scale. Les résultats seront également utilisés pour estimer les tailles d’effet et éclairer la conception d’un futur essai contrôlé randomisé.
L’étude de faisabilité vise à évaluer l’acceptabilité, la sécurité et la faisabilité de jusqu’à deux administrations séquentielles de 25 mg de psilocybine orale avec un soutien thérapeutique adjuvant chez des individus atteints de trouble bipolaire II (TB-II) et présentant une idéation suicidaire, en utilisant un protocole en ouvert, non randomisé.
La faisabilité est évaluée par les taux de recrutement et de rétention, le nombre de séances de thérapie suivies et l’achèvement des évaluations. L’acceptabilité est définie par la proportion de participants qui choisissent de recevoir la deuxième administration optionnelle de psilocybine et qui terminent les séances de thérapie sur la période de suivi de 11 semaines. La sécurité est surveillée par le signalement des événements indésirables tout au long de l’essai.
L’étude inclut une évaluation longitudinale exploratoire des mesures liées à la suicidalité (questionnaire sur les besoins interpersonnels (INQ-15) évaluant le “fardeau perçu” (PB) et le “sentiment d’appartenance contrecarré” (TB), et la Columbia-Suicide Severity Rating Scale (C-SSRS)) ainsi que la sévérité de la dépression (Montgomery-Åsberg Depression Rating Scale (MADRS) et Quick Inventory of Depressive Symptomatology (QIDS)-SR16) à des points temporels prédéfinis. Ces mesures servent d’indicateurs de changements cliniques potentiels et sont utilisées pour estimer les tailles d’effet pour de futurs essais d’efficacité définitifs.
D’autres mesures liées à l’expérience de la session psychédélique sont également administrées, telles que le Mystical Experience Questionnaire (MEQ), le Challenging Experience Questionnaire (CEQ), la 5-Dimensional Altered States of Consciousness Rating Scale (5D-ASC), l’Emotional Breakthrough Inventory (EBI), le Big Five Inventory et l’Acceptance and Action Questionnaire, car certaines d’entre elles peuvent être des médiateurs de l’efficacité des substances psychédéliques.
- Type d’étude : Il s’agit d’une étude de faisabilité clinique de phase II, en ouvert (c’est-à-dire non masquée, non randomisée) et à un seul bras.
- Participants : L’étude prévoit d’inclure 10 participants diagnostiqués avec une dépression bipolaire II et une idéation suicidaire passive modérée, âgés de 25 à 70 ans. Les critères d’inclusion incluent un score d’au moins 12 sur la sous-échelle PB et/ou d’au moins 36 sur la sous-échelle TB de l’INQ-15, ainsi qu’un score MADRS de 7 à 34. Les critères d’exclusion sont stricts, excluant notamment les personnes ayant un trouble bipolaire I, une idéation suicidaire active avec intention, des antécédents de tentatives de suicide graves au cours des 6 derniers mois, des symptômes psychotiques ou des troubles de la personnalité cliniquement significatifs.
- Intervention (Administration de la psilocybine) :
- Les participants reçoivent jusqu’à deux doses orales de 25 mg de psilocybine (COMP360, une forme synthétique de psilocybine), espacées d’environ 4 semaines.
- Un protocole thérapeutique structuré, basé sur la thérapie cognitivo-comportementale de pleine conscience (M-CBT), est mis en œuvre, comprenant cinq séances de thérapie préparatoire, un soutien psychologique pendant l’administration par deux thérapeutes, et un minimum de trois séances de thérapie d’intégration post-traitement après chaque administration.
- Une deuxième administration est optionnelle, proposée si la première dose est bien tolérée, sans problème de sécurité grave, et si le participant le souhaite.
- Un soutien psychothérapeutique flexible est proposé, permettant aux participants de choisir des séances de thérapie additionnelles en personne ou virtuelles au-delà du minimum requis.
- Surveillance de la sécurité :
- Les signes vitaux (tension artérielle, fréquence cardiaque, température, fréquence respiratoire) sont mesurés tout au long de l’étude.
- Les événements indésirables (EI) et les événements indésirables graves (EIG) sont évalués.
- Des médicaments de secours (lorazépam, rispéridone, clonidine) sont disponibles pour gérer la détresse psychologique aiguë, les symptômes psychotiques ou l’hypertension.
- Des critères d’arrêt prédéfinis sont établis en cas de manie émergente (score YMRS de 26-60), de symptômes psychotiques sévères (item 4 du BPRS+ noté “5”) ou d’idéation suicidaire active/à haut risque (score C-SSRS de 16 ou plus, ou réponse “oui” aux questions 4, 5 ou 6).
- L’étude est immédiatement terminée si deux participants ou plus manifestent un comportement ou un plan suicidaire avec intention, ou développent un épisode maniaque ou psychotique répondant aux seuils diagnostiques.
- Collecte des données et gestion : L’étude est enregistrée sur ClinicalTrials.gov (NCT06706232). Les données sont collectées et stockées sur le système REDCap. L’analyse est réalisée par un statisticien indépendant, l’investigateur principal et/ou le coordinateur de l’étude à l’aide d’IBM SPSS Statistics.
- Mesures des résultats :
- Principales (Faisabilité/Acceptabilité) : Taux de complétion des participants, assiduité aux séances de thérapie, taux de complétion des évaluations, et proportion de participants optant pour la deuxième administration.
- Principales (Suicidalité) : Changement dans l’INQ-15 (fardeau perçu, sentiment d’appartenance contrecarré) et la C-SSRS du début de l’étude jusqu’à 3 semaines après la première administration.
- Secondaires (Dépression/Manie) : Changements dans la MADRS, le QIDS-SR16, la YMRS, la sous-échelle de symptômes positifs du BPRS+ et l’échelle d’auto-évaluation de la manie d’Altman.
- Exploratoires (Expérience psychédélique) : MEQ, CEQ, 5D-ASC, EBI, Big Five Inventory et Acceptance and Action Questionnaire.
- Calendrier : La durée totale de l’étude est de 16 semaines. La collecte des données a débuté en mai 2025, le premier recrutement en juillet 2025, et l’achèvement est prévu d’ici fin 2027.
- L’étude est un protocole de faisabilité et, par conséquent, ne présente pas de résultats cliniques à ce stade.
- Les principaux résultats attendus concernent la faisabilité et l’acceptabilité de la thérapie assistée par psilocybine chez les patients atteints de trouble bipolaire II et d’idéation suicidaire passive.
- Les mesures évaluent les changements dans la suicidalité (Interpersonal Needs Questionnaire, Columbia-Suicide Severity Rating Scale) et la sévérité de la dépression (Montgomery-Åsberg Depression Rating Scale, Quick Inventory of Depressive Symptomatology).
- Les données préliminaires sur les effets de la psilocybine sont collectées pour estimer les tailles d’effet et éclairer la conception de futurs essais contrôlés randomisés plus vastes.
- Les expériences psychédéliques aiguës (Mystical Experience Questionnaire, Challenging Experience Questionnaire, 5-Dimensional Altered States of Consciousness Rating Scale, Emotional Breakthrough Inventory) sont également mesurées pour comprendre leur rôle potentiel en tant que médiateurs de l’efficacité thérapeutique.
- La sécurité est rigoureusement surveillée, avec des critères d’arrêt prédéfinis en cas de manie émergente, de symptômes psychotiques ou d’idéation suicidaire active, pour garantir la protection des participants.
Cette étude de faisabilité aborde une lacune importante dans la recherche sur les substances psychédéliques en évaluant la faisabilité, l’acceptabilité et la sécurité de la thérapie assistée par psilocybine chez les individus atteints de trouble bipolaire II (TB-II) et présentant une idéation suicidaire passive. Compte tenu de la charge élevée de symptômes dépressifs et du risque de suicide dans le TB-II, ainsi que de l’exclusion des populations bipolaires de la plupart des essais psychédéliques, cette étude fournit des données cruciales pour orienter les recherches futures.
Le protocole se distingue par l’accent mis sur la sécurité, incluant un dépistage rigoureux, une surveillance psychiatrique étroite, des critères d’arrêt prédéfinis, des médicaments de secours et un soutien psychologique structuré avant et après l’administration de psilocybine. L’administration optionnelle d’une deuxième dose et l’approche psychothérapeutique flexible peuvent également améliorer l’acceptabilité et l’orientation centrée sur le participant.
Bien que l’étude reconnaisse certaines limites, telles que la petite taille de l’échantillon et le design en ouvert qui peuvent limiter les conclusions sur l’efficacité et augmenter la susceptibilité aux effets d’attente et aux biais, l’étude est jugée appropriée à ce stade de la recherche. Les critères d’éligibilité stricts, nécessaires pour réduire les risques pour les participants, peuvent limiter la généralisabilité. De plus, la période de suivi relativement courte restreint l’évaluation des résultats à long terme et des éventuels effets indésirables tardifs.
Si les résultats de faisabilité et de sécurité sont favorables, ils soutiendront la planification et la conception de futurs essais contrôlés randomisés sur la thérapie assistée par psilocybine pour la dépression bipolaire et la suicidalité. Ils informeront également les discussions cliniques et réglementaires concernant l’inclusion des populations bipolaires dans la recherche psychédélique.
La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.