Cette revue systématique évalue l’efficacité et la tolérance des interventions pharmacologiques dans la prise en charge du trouble lié à l’usage de kétamine, couvrant l’intoxication aiguë, le sevrage, ainsi que la prévention de l’état de manque et de la rechute.
Les auteurs identifient 12 études répondant aux critères d’inclusion, regroupant 368 participants. Ce corpus se compose d’un essai contrôlé, de deux séries de cas rétrospectives et de neuf rapports de cas. Les résultats sont présentés de manière narrative en raison du manque de données quantitatives exploitables pour une méta-analyse.
L’ensemble des données disponibles s’avère de très faible qualité selon l’évaluation GRADE. Les protocoles à base de benzodiazépines et l’halopéridol montrent une utilité potentielle face à l’intoxication et aux symptômes de sevrage. Pour la réduction des envies compulsives et la prévention des rechutes, la naltrexone, la lamotrigine ou l’association de palmitate de palipéridone et de bupropion représentent des pistes préliminaires issues de rapports de cas.
L’étude vise à synthétiser les données probantes disponibles concernant l’efficacité et la tolérance des traitements pharmacologiques utilisés pour gérer les aspects comportementaux et psychologiques du trouble de l’usage de kétamine.
Elle cherche également à évaluer méthodologiquement la qualité des preuves à l’aide de l’outil GRADE afin de guider la pratique clinique et d’orienter les futures priorités de recherche.
- Protocole et recherche : La revue suit les lignes directrices PRISMA et a fait l’objet d’un enregistrement préalable sur PROSPERO. Les bases de données MEDLINE, EMBASE, PsycINFO et CENTRAL ont été consultées de leur création jusqu’au 14 novembre 2023.
- Critères de sélection : Sont incluses les études portant sur toute intervention pharmacologique ciblant l’intoxication, le sevrage, l’abus, la dépendance ou la prévention des rechutes liés à la kétamine. Les interventions ciblant exclusivement des comorbidités psychiatriques ou physiques sont exclues.
- Extraction et évaluation : Deux examinateurs indépendants extraient les données et évaluent le risque de biais à l’aide de l’outil RoB 2 pour les essais randomisés et de l’échelle de Newcastle-Ottawa adaptée pour les études observationnelles, complétée par le cadre GRADE.
- Intoxication aiguë : Un essai contrôlé montre une réduction significative des scores à l’échelle BPRS après injections intramusculaires de 5 mg d’halopéridol par rapport au placebo, tandis qu’une série rétrospective rapporte l’usage efficace de benzodiazépines pour l’agitation aux urgences.
- Syndrome de sevrage : Six études (110 participants) décrivent des prises en charge reposant principalement sur des protocoles dégressifs de diazépam par voie orale, parfois complétés par de la clonidine, du lorazépam ou des antipsychotiques (olanzapine, halopéridol) pour stabiliser les manifestations psychotiques aiguës.
- Prévention des rechutes et “craving” : Quatre rapports de cas suggèrent une baisse notable du besoin compulsif et le maintien de l’abstinence grâce à la naltrexone orale (50 mg/jour), à la lamotrigine (100 mg/jour) ou à l’association de palmitate de palipéridone injectable et de bupropion à haute dose.
- Tolérance et qualité globale : Aucune étude ne rapporte d’effets indésirables majeurs ou de problèmes de tolérance, mais l’ensemble du corpus repose sur des preuves de très faible qualité méthodologique.
Cette revue met en évidence une pénurie critique de données probantes de qualité concernant le traitement pharmacologique de la dépendance à la kétamine, en contraste frappant avec la hausse de son usage thérapeutique et récréatif à l’échelle mondiale.
Les cliniciens prescrivant de la kétamine pour des troubles psychiatriques doivent être particulièrement conscients de l’absence de protocoles validés en cas d’escalade d’usage ou d’addiction.
La réalisation d’essais contrôlés randomisés rigoureux contre placebo s’avère indispensable pour tester formellement les options thérapeutiques prometteuses et corriger la sous-représentation marquée des femmes dans les études existantes.
La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.