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Psychédélique(s) étudié(s) : DMT, LSD, Psilocybine
Publiée le 12 février 2026
Type : Recherche originale
Auteurs : Jan C. Gendra, Edmundo Lopez-Sola, Francesca Castaldo, Èlia Lleal-Custey, Roser Sanchez-Todo, Jakub Vohryzek, Ricardo Salvador, Ralph G. Andrzejak, Giulio Ruffini, for the Alzheimer's Disease Neuroimaging Initiative
Résumé :

L’étude explore comment les psychédéliques peuvent aider à restaurer une fonction cérébrale saine dans les troubles neurodégénératifs tels que la maladie d’Alzheimer. Elle montre que les psychédéliques sérotoninergiques classiques présentent un potentiel prometteur pour aborder les troubles neurodégénératifs comme la maladie d’Alzheimer en modulant les dynamiques cérébrales pathologiques.

Les auteurs construisent des modèles de cerveau entier basés sur un cadre de masse neuronale laminaire qui capture les oscillations alpha et gamma dans la dynamique corticale locale. Ces modèles sont personnalisés à l’aide de données d’IRM multimodales provenant d’individus atteints de la maladie d’Alzheimer. L’étude simule les effets des psychédéliques en utilisant des cartes de densité des récepteurs sérotonine 2A (5-HT2A) dérivées de l’imagerie par tomographie par émission de positrons (PET). En intégrant ces mécanismes, les modèles reproduisent les changements caractéristiques des spectres de puissance EEG observés sous l’influence des psychédéliques, notamment la suppression de la puissance alpha et l’amélioration de la puissance gamma, ainsi qu’une augmentation de la complexité du signal.

Les résultats suggèrent que les psychédéliques sérotoninergiques peuvent rééquilibrer l’activité oscillatoire et restaurer partiellement la flexibilité du réseau au cours des phases prodromales et précoces de la maladie d’Alzheimer, offrant ainsi des informations mécanistiques sur leurs potentiels effets thérapeutiques dans les troubles neurodégénératifs.

Objectif :

Cette étude vise à clarifier les mécanismes potentiels par lesquels les psychédéliques pourraient rééquilibrer la dynamique corticale dans la maladie d’Alzheimer (MA), en intégrant les preuves neurobiologiques et la modélisation computationnelle du cerveau entier. Les auteurs utilisent des données multimodales provenant d’une cohorte de sujets atteints de MA pour développer des modèles cérébraux hybrides personnalisés basés sur le modèle laminaire de masse neuronale (LaNMM).

Les auteurs émettent l’hypothèse que ces modèles de cerveau entier peuvent reproduire les changements spectraux observés dans les études empiriques d’administration de psychédéliques, notamment une diminution prononcée de la puissance alpha et une augmentation de la puissance gamma. Compte tenu des perturbations connues de l’activité oscillatoire dans la MA, les auteurs émettent également l’hypothèse que les psychédéliques peuvent contrecarrer les principales anomalies spectrales associées à la maladie, en particulier le déséquilibre entre les oscillations alpha et gamma. L’étude prédit en outre que ces changements sont corrélés avec la distribution spatiale de l’expression des récepteurs 5-HT2A, soutenant l’idée que les psychédéliques modulent l’excitabilité corticale de manière spécifique à la région. Enfin, elle explore si les psychédéliques augmentent la complexité et l’entropie neurales, qui ont été proposées comme marqueurs de la flexibilité cognitive et peuvent contribuer à leurs effets thérapeutiques.

Méthodologie :
  • Modélisation de cerveau entier personnalisée : L’étude crée des modèles de cerveau entier spécifiques à chaque sujet en utilisant des données d’IRM de diffusion (dMRI) et d’IRM fonctionnelle (fMRI) de 30 sujets atteints de la MA.
  • Implémentation des effets des psychédéliques : Elle intègre les effets des psychédéliques en se basant sur la distribution des densités de récepteurs 5-HT2A obtenue par tomographie par émission de positrons (PET).
  • Simulation de l’activité électrophysiologique (EEG) : L’étude combine les modèles de cerveau entier avec un modèle biophysique de la tête pour simuler l’activité électrophysiologique réaliste (EEG) sous l’influence des psychédéliques et évaluer les changements de puissance alpha et gamma ainsi que les métriques de complexité.
  • Implémentation du modèle laminaire de masse neuronale (LaNMM) : Le modèle LaNMM consiste en deux masses neurales couplées (un modèle de Jansen-Rit et un modèle PING) pour simuler à la fois les oscillations lentes (bande alpha) et rapides (bande gamma) dans une colonne corticale.
  • Modélisation des effets des psychédéliques : Les effets des psychédéliques sont modélisés comme agissant sélectivement sur les neurones pyramidaux de la couche 5 (P1), les cibles corticales primaires de la modulation du récepteur 5-HT2A. L’augmentation de l’excitabilité aux entrées glutamatergiques est implémentée comme une augmentation du gain synaptique moyen des connexions excitatrices vers les populations pyramidales de la couche 5.
  • Données des participants : L’étude utilise les données de 30 sujets atteints de la MA provenant de la base de données ADNI3, avec une cohorte composée de 13 femmes et 17 hommes, d’un âge moyen de 73,6 ans et un score moyen au Mini-Mental State Examination de 22,5.
  • Traitement des données d’imagerie : Les données T1-MRI sont utilisées pour créer un atlas cortical Desikan-Killiany (DK-68) spécifique à chaque sujet. Les données dMRI sont traitées pour calculer le connectome structurel (SC). Les données rs-fMRI sont prétraitées pour obtenir la connectivité fonctionnelle (FC) empirique.
  • Ajustement du modèle : Les modèles de cerveau entier sont personnalisés pour correspondre à la FC fonctionnelle empirique de chaque sujet, obtenue à partir de leur rs-fMRI BOLD. Une recherche par grille est effectuée pour sélectionner les valeurs optimales du gain de couplage global (G) et du bruit.
  • Simulation EEG : Des données EEG synthétiques sont générées pour chaque sujet en utilisant les modèles cérébraux hybrides, combinant les modèles physiologiques de cerveau entier avec un modèle biophysique de la tête.
  • Analyse de la complexité et de l’entropie : L’étude estime la complexité de Lempel-Ziv (LZW), l’entropie spectrale et le taux d’entropie des signaux EEG simulés binarisés pour capturer la complexité des signaux.
Résultats principaux :
  • Personnalisation du modèle de cerveau entier : La personnalisation des modèles de cerveau entier pour les 30 sujets atteints de la MA aboutit à une grande similarité entre la FC BOLD rs-fMRI empirique des sujets et la FC synthétique obtenue avec le modèle ajusté, avec un PCC moyen de 0,45 et un RMSE moyen de 0,18.
  • Reproduction des altérations du spectre de puissance cortical : Les modèles reproduisent les altérations caractéristiques du spectre de puissance observées avec les psychédéliques. Les analyses statistiques révèlent une diminution significative de la puissance alpha moyenne (P1: -61%, P2: -44%) et une augmentation significative de la puissance gamma moyenne (P1: -25%, P2: -3.5%) dans les populations pyramidales.
  • Corrélation entre les changements oscillatoires et la distribution des récepteurs 5-HT2A : Une forte corrélation est observée entre les changements de puissance alpha et gamma et la densité des récepteurs 5-HT2A dans chaque région cérébrale (PCC de -0,38 pour la bande alpha de P1 ; PCC de 0,91 pour la bande gamma de P1 ; PCC de 0,49 pour la bande gamma de P2), suggérant que les régions avec la plus forte expression de récepteurs 5-HT2A sont les plus affectées.
  • Changements de puissance alpha et gamma de l’EEG simulé : L’EEG simulé montre une diminution globale et significative de la puissance alpha (62% en moyenne) et une augmentation significative de la puissance gamma (37% en moyenne) sur tous les canaux EEG pour l’ensemble des sujets modélisés.
  • Augmentation de la complexité et de l’entropie de l’EEG simulé : La complexité LZW normalisée de l’EEG, l’entropie spectrale et le taux d’entropie sont significativement plus élevés sous l’influence des psychédéliques, démontrant que les changements oscillatoires induits entraînent une complexité et une diversité accrues des signaux.
Implications cliniques :

Les résultats de l’étude suggèrent que les psychédéliques peuvent atténuer les altérations spectrales EEG caractéristiques de la maladie d’Alzheimer, renforçant ainsi leur potentiel thérapeutique pour cette condition neurodégénérative. Les changements spectraux induits par les psychédéliques dans les modèles peuvent contrecarrer le couplage alpha-gamma perturbé et les déséquilibres oscillatoires observés dans la MA, potentiellement améliorant la connectivité fonctionnelle (FC) et la cognition.

Les auteurs reconnaissent un « guichet » thérapeutique optimal pour le traitement de la MA avec les psychédéliques, notamment la phase prodromale à légère. L’activation des récepteurs 5-HT2A par les psychédéliques module les effets excitateurs du glutamate, augmentant l’excitabilité des neurones pyramidaux de la couche profonde, ce qui, dans les phases précoces et très précoces de la MA où l’hyperexcitabilité existe déjà, pourrait intensifier les processus pathologiques.

Les effets des psychédéliques ne se limitent pas à leur phase aiguë. Des preuves croissantes soulignent une phase post-aiguë caractérisée par une plasticité neurale accrue, qui sous-tend leurs effets thérapeutiques à long terme. Cette phase implique des changements neuraux structurels et fonctionnels qui peuvent favoriser un rétablissement durable des fonctions cognitives et neurales, particulièrement pertinent pour traiter la dégénérescence progressive observée dans la MA.

Ainsi, en recalibrant l’excitabilité neuronale et l’activité oscillatoire, les psychédéliques peuvent non seulement soulager de manière aiguë les anomalies EEG, mais aussi faciliter une réorganisation neurale et une plasticité à long terme. Cela s’aligne avec les recherches antérieures soulignant le rôle de l’amélioration de la FC cérébrale et de la neuroplasticité dans le ralentissement ou l’inversion de la neurodégénérescence.

Le travail actuel se concentre exclusivement sur les effets électrophysiologiques aigus des psychédéliques. La modélisation de leur impact à long terme sur la plasticité neurale et la réorganisation du réseau reste une voie importante pour les recherches futures. L’étude ouvre la voie à l’utilisation de modèles computationnels de cerveau entier pour investiguer le potentiel des psychédéliques dans le rééquilibrage de l’activité neuronale dans les troubles neurodégénératifs et psychiatriques.

Publication complète :

https://doi.org/10.1162/NETN.a.540

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