Des études précliniques suggèrent que le diéthylamide de l’acide lysergique (LSD) peut induire des changements durables dans la fonction cérébrale et la capacité d’apprentissage, mais les preuves chez l’homme restent incertaines. L’apprentissage moteur, en particulier, possède une pertinence clinique mais n’a pas été investigué dans des études humaines sur les substances psychédéliques.
Cette étude randomisée et contrôlée en crossover inclut quarante-cinq sujets sains (24 femmes) qui participent, comparant 100 µg de LSD à un placebo. Pendant une semaine après l’administration, les effets neurophysiologiques post-aigus du LSD sont investigués via la tétanisation auditive avec électroencéphalographie (EEG), la stimulation associative appariée (PAS) avec stimulation magnétique transcrânienne (TMS) et les niveaux périphériques de facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF). De plus, l’apprentissage moteur en ligne et hors ligne est évalué un jour après l’administration à l’aide d’une tâche de frappe séquentielle. Des questionnaires évaluent le stress perçu et la flexibilité cognitive une semaine après l’administration.
Les résultats montrent que l’apprentissage moteur hors ligne s’améliore significativement le jour suivant l’administration du LSD. Une semaine après le LSD, le stress perçu est réduit et certains aspects de la flexibilité cognitive sont augmentés. Les données EEG indiquent que le LSD diminue de manière aiguë les amplitudes des potentiels évoqués auditifs N1 et P2 et module toujours le P2 une semaine plus tard. Les potentiels évoqués moteurs mesurés avec la TMS révèlent une amplitude accrue et une latence plus rapide sous LSD. Le LSD n’altère pas les niveaux de BDNF. Ces découvertes encouragent de futures études sur le LSD et l’apprentissage et soulignent des défis importants dans la mesure de la potentialisation à long terme chez l’homme. Les changements aigus et durables des signaux neuraux observés offrent un aperçu des effets du LSD sur les systèmes auditifs et moteurs.
L’étude vise à examiner les effets post-aigus potentiels du LSD chez des sujets sains en utilisant une approche multimodale.
Elle cherche à caractériser les effets aigus et à long terme sur le traitement perceptif, l’apprentissage moteur et le fonctionnement psychologique jusqu’à une semaine après une dose unique de LSD.
- Type d’étude : L’étude est un essai randomisé, en double aveugle, en crossover.
- Participants : Quarante-cinq participants sains, âgés de 21 à 55 ans, reçoivent une dose unique de 100 µg de LSD et un placebo inactif.
- Procédure : Une période de washout de plus de 4 semaines est respectée entre les rendez-vous LSD et placebo. Les mesures de référence (EEG, TMS) sont prises au début et répétées six et sept heures après l’administration du médicament, ainsi que le lendemain et 6 à 8 jours plus tard.
- Mesures neurophysiologiques : Elles incluent l’électroencéphalographie (EEG) avec tétanisation sensorielle auditive pour évaluer le traitement sensoriel, et la stimulation magnétique transcrânienne (TMS) avec stimulation associative appariée (PAS) pour investiguer les changements d’excitabilité du système moteur. Ces deux méthodes sont également utilisées comme mesures de neuroplasticité fonctionnelle.
- Apprentissage moteur : La performance d’apprentissage moteur est évaluée à l’aide d’une tâche de frappe séquentielle, mesurant l’apprentissage en ligne et la consolidation hors ligne.
- Mesures auto-déclarées : Des questionnaires sur le stress perçu (échelle de stress perçu – PSS) et la flexibilité cognitive (inventaire de flexibilité cognitive – CFI) sont administrés.
- BDNF : Les niveaux de facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF) sont mesurés dans le plasma et le sérum sanguin avant l’administration du médicament, ainsi que huit heures, un jour et une semaine plus tard.
- Analyse des données : Les analyses statistiques sont réalisées à l’aide de modèles d’effets mixtes linéaires, avec des effets fixes pour le médicament, la visite et l’ordre de traitement, et des effets aléatoires pour les participants individuels.
- Apprentissage moteur : L’apprentissage moteur hors ligne s’améliore significativement le jour suivant l’administration du LSD, particulièrement après 80 minutes de repos (amélioration de 32,8 % supérieure par rapport au placebo).
- Stress perçu et flexibilité cognitive : Une semaine après l’administration du LSD, le stress perçu est significativement réduit et les scores sur la sous-échelle « Alternatives » de l’inventaire de flexibilité cognitive sont significativement augmentés.
- Potentiels évoqués auditifs (EEG) : Le LSD diminue de manière aiguë et significative les amplitudes des potentiels évoqués auditifs N1 et P2. L’amplitude du P2 est toujours significativement réduite un jour après le LSD, constituant le seul effet post-aigu significatif.
- Potentiels évoqués moteurs (TMS) : L’amplitude des potentiels évoqués moteurs (PEM) est significativement augmentée sous LSD les jours d’administration et significativement diminuée un jour après. La latence des PEM est significativement plus courte sous LSD les jours d’administration.
- BDNF : Aucun effet du LSD n’est observé sur les niveaux de BDNF dans le sérum ou le plasma, quel que soit le moment.
- Effets subjectifs : Le LSD induit des effets subjectifs principalement positifs, aigus et durables, ainsi que des effets secondaires transitoires.
Cette étude est la première à démontrer des améliorations de l’apprentissage moteur après la prise d’une substance psychédélique et à rapporter les effets aigus et post-aigus du LSD sur les PEM et les potentiels évoqués auditifs à une dose pleinement psychédélique. Le LSD entraîne également des améliorations du stress perçu et de certains aspects de la flexibilité cognitive.
Les résultats suggèrent que le LSD peut altérer le traitement sensoriel et l’excitabilité corticospinale, potentiellement en influençant le contrôle attentionnel ou l’habituation. Les marqueurs de la plasticité de type potentialisation à long terme basés sur la stimulation s’avèrent méthodologiquement difficiles à interpréter, ce qui encourage de futures études à utiliser des marqueurs alternatifs, comme l’imagerie TEP.
De futures recherches sont nécessaires pour étudier plus en détail les effets du LSD sur l’apprentissage, en mesurant plus précisément les facteurs de confusion possibles comme la motivation et l’excitation, et en examinant les effets d’apprentissage à des moments ultérieurs, dans différentes populations ou avec d’autres paradigmes d’apprentissage.
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