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Psychédélique(s) étudié(s) : Psilocybine
Publiée le 1 janvier 2007
Type : Etude expérimentale
Auteurs : Marc Wittmann, Olivia Carter, Felix Hasler, B. Rael Cahn, Ulrike Grimberg, Philipp Spring, Daniel Hell, Hans Flohr, Franz X. Vollenweider
Résumé :

L’étude examine les effets de la psilocybine, une substance psychédélique, sur l’expérience subjective du temps. Bien que connue pour altérer la perception temporelle, peu de recherches ont systématiquement mesuré ses effets objectifs. Cette étude évalue donc les effets dose-dépendants de la psilocybine, un agoniste des récepteurs sérotoninergiques 5-HT2A/1A, sur le traitement temporel.

Pour ce faire, les chercheurs emploient des tâches de reproduction temporelle, de synchronisation sensorimotrice et de vitesse de frappe volontaire (tapping). L’étude contrôle également les changements cognitifs et subjectifs en évaluant la mémoire de travail spatiale et l’expérience consciente. Douze volontaires sains participent à une expérience en double aveugle, testés sous placebo et avec deux doses de psilocybine (moyenne : 115µg/kg ; élevée : 250µg/kg).

Les résultats objectifs de ces tests sont accompagnés de déficits de la mémoire de travail et de changements subjectifs de l’état de conscience, notamment une augmentation des phénomènes de ‘dépersonnalisation’ et de ‘déréalisation’, ainsi que des perturbations du ‘sens du temps’ subjectif. Cette recherche est la première à évaluer systématiquement l’impact de la psilocybine sur la performance temporelle via des mesures standardisées.

Objectif :

L’objectif principal de cette étude est d’investiguer les effets dose-dépendants de la psilocybine sur le contrôle temporel de la performance motrice. L’étude se concentre sur des tâches sensorimotrices impliquant des intervalles de temps inférieurs et supérieurs à une durée de 2 à 3 secondes.

Les auteurs émettent l’hypothèse que la psilocybine affecte principalement les performances sur les intervalles de temps plus longs, en raison de ses effets connus sur l’attention et la mémoire de travail, deux fonctions cognitives essentielles au traitement des durées étendues. L’étude vise ainsi à évaluer systématiquement la performance temporelle en utilisant des mesures standardisées pour élucider les mécanismes neuropharmacologiques de base de la perception du temps.

Méthodologie :
  • Participants : L’étude inclut douze volontaires sains (six hommes et six femmes), ayant une moyenne d’âge de 26,8 ans.
  • Protocole : Il s’agit d’une étude expérimentale en double aveugle, contrôlée par placebo, avec un design intra-sujet. Chaque participant est testé lors de trois sessions distinctes, espacées d’au moins 14 jours.
  • Dosages : Trois conditions sont administrées : un placebo, une dose moyenne de psilocybine (115 µg/kg) et une dose élevée de psilocybine (250 µg/kg).
  • Tâches expérimentales : Les participants réalisent plusieurs tâches pour mesurer le traitement temporel : (1) reproduction d’intervalles de temps (courts : 1.5-2.5s ; longs : 4-5s), (2) synchronisation sensorimotrice avec des stimuli auditifs (intervalles de 700ms à 4000ms), et (3) mesure de la vitesse de frappe (tempo personnel et tempo maximal).
  • Évaluations complémentaires : La mémoire de travail spatiale est évaluée à l’aide du test ‘Spatial Span’ (CANTAB). Les effets subjectifs sur la conscience sont mesurés par l’échelle 5D-ASC (Altered States of Consciousness) et l’échelle AMRS (Adjective Mood Rating Scale).
Résultats principaux :
  • Reproduction temporelle : La psilocybine altère significativement la capacité des sujets à reproduire des intervalles de temps supérieurs à 2,5 secondes. Cette altération se manifeste par une sous-reproduction marquée de la durée, particulièrement avec la dose élevée. En revanche, aucun effet significatif n’est observé pour les intervalles plus courts.
  • Synchronisation sensorimotrice : La capacité à se synchroniser à des intervalles de plus de 2 secondes est significativement altérée. Les sujets effectuent davantage de ‘synchronisations manquées’, répondant au stimulus plutôt que de l’anticiper.
  • Vitesse de frappe (tapping) : Le tempo de frappe personnellement choisi par les sujets est significativement plus lent sous l’effet de la psilocybine. Cependant, la vitesse de frappe maximale n’est pas affectée.
  • Effets cognitifs et subjectifs : La performance à la tâche de mémoire de travail spatiale est diminuée par la dose élevée de psilocybine. Les effets objectifs sur le temps sont corrélés à des changements subjectifs, notamment une augmentation des scores de ‘dépersonnalisation’, de ‘déréalisation’ et d’un ‘sens du temps altéré’.
Implications cliniques :

Les résultats de cette étude indiquent que le système sérotoninergique est sélectivement impliqué dans le traitement des durées supérieures à 2-3 secondes et dans le contrôle volontaire de la vitesse du mouvement. L’étude suggère que l’altération de la perception du temps induite par la psilocybine n’est pas due à une perturbation de l’horloge interne fondamentale, mais plutôt à une interférence avec les dimensions cognitives du traitement temporel, telles que l’attention et la mémoire de travail.

La perturbation sélective des intervalles longs est probablement le produit d’interactions avec ces processus cognitifs de haut niveau, vraisemblablement via la stimulation des récepteurs 5-HT2A. Ces découvertes contribuent à clarifier les mécanismes neuropharmacologiques qui sous-tendent la perception du temps chez l’humain.

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

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