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Psychédélique(s) étudié(s) : Psilocybine
Publiée le 21 janvier 2007
Type : Etude expérimentale
Auteurs : Marc Wittmann, Olivia Carter, Felix Hasler, B. Rael Cahn, Ulrike Grimberg, Philipp Spring, Daniel Hell, Hans Flohr, Franz X. Vollenweider
Résumé :

Cette étude part du constat que la substance hallucinogène psilocybine est connue pour altérer l’expérience subjective du temps, tout en soulignant l’absence d’investigations systématiques sur ses effets objectifs.

Par conséquent, cette recherche évalue les effets dose-dépendants de la psilocybine, un agoniste des récepteurs sérotoninergiques 5-HT2A/1A, sur le traitement temporel. Elle emploie des tâches de reproduction temporelle, de synchronisation sensorimotrice et de cadence de frappe. Pour contrôler les changements cognitifs et subjectifs, la mémoire de travail spatiale et l’expérience consciente sont également évaluées.

L’étude est menée sur douze volontaires sains dans un devis expérimental en double aveugle, avec des conditions placebo, dose moyenne (115µg/kg) et dose élevée (250µg/kg). Les résultats indiquent que la psilocybine altère significativement la capacité des sujets à reproduire des durées d’intervalle supérieures à 2,5 secondes, à se synchroniser sur des intervalles supérieurs à 2 secondes, et provoque un ralentissement de leur cadence de frappe préférée.

Ces effets objectifs s’accompagnent de déficits de la mémoire de travail et de changements subjectifs de l’état de conscience, notamment une augmentation des rapports de dépersonnalisation et de déréalisation, incluant des perturbations du sens subjectif du temps. Il s’agit de la première étude à évaluer systématiquement l’impact de la psilocybine sur la performance temporelle via des mesures standardisées. Les résultats suggèrent que le système sérotoninergique est sélectivement impliqué dans le traitement des intervalles longs et dans le contrôle volontaire de la vitesse du mouvement. Les auteurs émettent l’hypothèse que cette perturbation sélective est probablement le produit d’une interaction avec les dimensions cognitives du traitement temporel, via la stimulation des récepteurs 5-HT2A.

Objectif :

L’objectif principal de cette étude est d’investiguer de manière systématique les effets dose-dépendants de la psilocybine sur la perception objective du temps et sur le contrôle temporel du comportement moteur chez des volontaires humains sains.

L’étude vise spécifiquement à évaluer si la psilocybine affecte différemment le traitement des intervalles temporels courts (inférieurs à 2-3 secondes) et longs, en utilisant des tâches standardisées de reproduction temporelle, de synchronisation sensorimotrice et de cadence de frappe. Un objectif secondaire est d’examiner les liens entre ces potentiels déficits temporels, les altérations de la mémoire de travail et les changements subjectifs de l’état de conscience induits par la substance.

Méthodologie :
  • Devis de l’étude : L’étude suit un devis expérimental en double aveugle, contrôlé par placebo et en mesures répétées (within-subject).
  • Participants : Douze volontaires sains (six hommes et six femmes, âge moyen de 26,8 ans) ont participé à l’étude.
  • Conditions et dosages : Chaque participant a été testé sous trois conditions, administrées dans un ordre contrebalancé : un placebo, une dose moyenne de psilocybine (115 µg/kg) et une dose élevée de psilocybine (250 µg/kg).
  • Tâches expérimentales : Les mesures objectives du traitement temporel incluent :
    1. Une tâche de reproduction temporelle pour des intervalles courts (1500, 2000, 2500 ms) et longs (4000, 4500, 5000 ms).
    2. Une tâche de synchronisation sensorimotrice où les sujets doivent taper en rythme avec des sons présentés à différents intervalles (700, 1000, 2000, 4000 ms).
    3. Des tâches de cadence de frappe (personnelle et maximale).
  • Mesures cognitives et psychométriques : Pour évaluer les effets associés, les chercheurs ont utilisé :
    1. Le test de l’empan spatial (Spatial Span test) de la batterie CANTAB pour la mémoire de travail spatiale.
    2. L’échelle d’évaluation des états de conscience modifiés (5D-ASC).
    3. L’échelle d’évaluation de l’humeur par adjectifs (AMRS).
  • Procédure : Les mesures ont été prises à trois moments : avant l’administration (base), 90 minutes après (pic des effets) et 240 minutes après.
Résultats principaux :
  • Reproduction temporelle : Une dose élevée de psilocybine entraîne une sous-reproduction significative des intervalles de temps longs (4 secondes et plus). La performance pour les intervalles plus courts (inférieurs à 2,5 secondes) n’est pas affectée.
  • Synchronisation sensorimotrice : La capacité des sujets à se synchroniser avec des stimuli sonores est altérée pour les intervalles supérieurs à 2 secondes. Cela se manifeste par une augmentation des synchronisations manquées (temps de réaction).
  • Cadence de frappe : La psilocybine ralentit significativement la cadence de frappe préférée (personnelle) des sujets, mais n’a pas d’effet sur leur vitesse de frappe maximale.
  • Mémoire de travail : La dose élevée de psilocybine altère la performance à la tâche de mémoire de travail spatiale au pic des effets.
  • Effets subjectifs : La psilocybine augmente de manière dose-dépendante les scores sur l’échelle 5D-ASC, y compris pour les items mesurant l’altération de la perception du temps (‘altered time sense’), la dépersonnalisation et la déréalisation.
  • Corrélations : Une corrélation négative significative est observée entre la dégradation de la mémoire de travail et l’augmentation des scores de ‘dépersonnalisation’ et d’altération du sens du temps. Aucune corrélation directe n’est trouvée entre les mesures objectives du temps et les échelles subjectives, bien qu’une tendance soit notée.
Implications cliniques :

Les résultats de cette étude indiquent que le système sérotoninergique, via l’action de la psilocybine, est sélectivement impliqué dans le traitement des intervalles de temps longs (supérieurs à 2-3 secondes) et dans le contrôle volontaire du rythme moteur.

Les auteurs suggèrent que les altérations observées dans la perception du temps ne proviennent pas d’une modification de l’horloge interne de base, mais plutôt d’une interférence avec des processus cognitifs de plus haut niveau, tels que l’attention et la mémoire de travail. Cette conclusion est soutenue par les déficits concomitants observés dans la mémoire de travail et les corrélations avec les expériences subjectives.

Ces découvertes contribuent à une meilleure compréhension des bases neuropharmacologiques de la perception du temps et peuvent éclairer les mécanismes sous-jacents aux déficits de traitement temporel observés dans des troubles psychiatriques comme la schizophrénie.

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

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