Aller au contenu
Psychédélique(s) étudié(s) : Kétamine
Publiée le 21 mars 2026
Type : Etude expérimentale
Auteurs : Claudio Agnorelli, Joseph Peill, Gabriela Sawicka, Danielle Kurtin, Ekaterina Shatalina, Kirran Ahmad, Matthew B Wall, Catarina Rua, Kate Godfrey, Natalie Ertl, Graham Searles, Katie Zhou, Martin Osugo, Brandon Weiss, Kyle T Greenway, Andrea Fagiolini, Robin Carhart-Harris, Paul M Matthews, Eugenii A Rabiner, David Nutt, David Erritzoe
Résumé :

Cette étude examine les effets neuroplastiques de la kétamine chez des sujets humains sains en utilisant des mesures intégrées de Tomographie par Émission de Positons (TEP) et d’Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) avant et 1 à 8 jours après une dose psychédélique unique de kétamine (1 mg/kg, intraveineuse).

Onze participants masculins ont subi deux examens TEP/IRM avec le traceur [¹¹C]-UCBJ (mesure de la densité/plasticité synaptique), une spectroscopie par résonance magnétique du proton (SRM-1H) pour le glutamate et le GABA, et une IRM fonctionnelle au repos (pour l’activité cérébrale intrinsèque et la connectivité fonctionnelle), avant et après la prise de kétamine. Bien que les analyses au niveau du groupe ne montrent aucune augmentation significative des marqueurs synaptiques, l’administration de kétamine entraîne des niveaux de glutamate significativement élevés dans le cortex cingulaire antérieur (CCA).

Les analyses de connectivité fonctionnelle révèlent une réduction du couplage entre le CCA et le cortex préfrontal dorsolatéral (dlPFC) et un couplage accru entre le CCA et l’amygdale dans les jours suivant l’administration. L’analyse multimodale montre que les participants présentant une augmentation du volume de distribution (VT) de [¹¹C]-UCBJ, un indice putatif de plasticité synaptique, affichent une réduction corrélée de l’activité intrinsèque dans les régions appartenant au réseau du mode par défaut (DMN). En liant les changements aux niveaux moléculaire, cellulaire et des réseaux, les résultats suggèrent que le DMN est un carrefour central où la kétamine pourrait remodeler les hiérarchies cérébrales à long terme, offrant de nouvelles pistes pour comprendre ses mécanismes thérapeutiques et développer des traitements ciblés.

Objectif :

L’étude vise à évaluer les effets neuroplastiques d’une dose unique de kétamine chez des sujets sains en utilisant une approche d’imagerie multimodale.

Les investigateurs émettent l’hypothèse que la kétamine induira une augmentation de la densité synaptique, mesurée par le volume de distribution (VT) du traceur [¹¹C]-UCBJ, dans les régions du cerveau régulant l’humeur et appartenant au réseau du mode par défaut (DMN).

L’étude cherche également à examiner les effets de la kétamine sur la neurotransmission glutamatergique, l’activité cérébrale régionale et la connectivité fonctionnelle, ainsi qu’à explorer les relations entre ces différents niveaux de la fonction cérébrale.

Méthodologie :
  • Participants : L’étude inclut 11 participants masculins en bonne santé.
  • Conception de l’étude : Les participants reçoivent une dose unique de kétamine racémique (1 mg/kg) par perfusion intraveineuse constante sur 40 minutes.
  • Mesures d’imagerie : Chaque participant réalise deux sessions d’imagerie TEP/IRM intégrées : une session de référence environ 2 semaines avant l’administration de kétamine, et une seconde session 1 à 8 jours après.
  • Techniques utilisées :
    • TEP : Utilisation du radiotraceur [¹¹C]-UCBJ pour quantifier la densité des protéines de la vésicule synaptique 2A (SV2A), un marqueur de la densité et de la plasticité synaptique.
    • SRM-1H : Acquisition de spectres pour quantifier les concentrations de glutamate et de GABA dans le cortex cingulaire antérieur (CCA).
    • IRMf au repos : Mesure de l’activité cérébrale intrinsèque (via l’amplitude des fluctuations de basse fréquence, ALFF) et de la connectivité fonctionnelle (CF) à l’échelle du cerveau entier.
  • Analyse : Des modèles linéaires à effets mixtes sont utilisés pour analyser les changements avant et après la kétamine. Une analyse multimodale exploratoire est menée pour corréler les changements de plasticité synaptique (VT de [¹¹C]-UCBJ) avec les changements d’activité cérébrale intrinsèque (ALFF).
Résultats principaux :
  • Effets sur la densité synaptique : Au niveau du groupe, aucune augmentation statistiquement significative du volume de distribution (VT) de [¹¹C]-UCBJ n’est observée après l’administration de kétamine. Cependant, une tendance à l’augmentation est notée dans toutes les régions d’intérêt analysées, notamment l’amygdale (p=0,066) et le cortex cingulaire antérieur (CCA) (p=0,073).
  • Effets sur le glutamate : La kétamine produit une augmentation statistiquement significative des niveaux de glutamate dans le CCA (p=0,030). Cet effet est particulièrement prononcé dans le groupe de participants scannés 7 à 8 jours après l’administration.
  • Effets sur la connectivité fonctionnelle : Une diminution significative de la connectivité fonctionnelle est observée entre le CCA (utilisé comme région d’amorçage) et le cortex préfrontal dorsolatéral (dlPFC) (p=0,006). Inversement, une augmentation significative de la connectivité est constatée entre le CCA et l’amygdale (p=0,002).
  • Relation entre plasticité et activité cérébrale : L’analyse multimodale révèle une corrélation négative significative entre les changements de VT de [¹¹C]-UCBJ et les changements d’activité cérébrale intrinsèque (ALFF). Cela signifie qu’une plus grande augmentation de la plasticité synaptique est associée à une plus grande diminution de l’activité cérébrale, spécifiquement dans les régions du réseau du mode par défaut (DMN).
Implications cliniques :

Les résultats de cette étude suggèrent un effet spatiotemporel complexe et hétérogène de la kétamine sur la plasticité neuronale, la dynamique du glutamate et la connectivité fonctionnelle du cerveau.

En reliant les modifications aux niveaux moléculaire, cellulaire et des réseaux, l’étude identifie le réseau du mode par défaut (DMN) comme un substrat neurobiologique clé où la kétamine pourrait remodeler à long terme les hiérarchies cérébrales. Cette interaction entre l’augmentation de la plasticité synaptique et la réduction de l’activité intrinsèque du DMN pourrait être un mécanisme central des effets thérapeutiques de la kétamine.

Ces découvertes ouvrent de nouvelles perspectives pour la compréhension des mécanismes d’action de la kétamine et pourraient guider le développement de traitements plus ciblés pour les troubles neuropsychiatriques.

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

Retour en haut
Rechercher