L’accès intermittent à des aliments ultra-transformés et riches en sucre peut induire des altérations du système mésocorticolimbique semblables à celles observées lors de l’usage de drogues d’abus, favorisant des épisodes d’accès hyperphagique et des manifestations de sevrage. Cette recherche examine le potentiel thérapeutique de l’ayahuasca, une préparation végétale riche en bêta-carbolines et en DMT, dans la modulation de ce comportement chez la souris.
Des souris mâles C57BL/6J sont soumises à un protocole d’accès intermittent à une solution de saccharose à 17 % pendant dix jours afin d’induire un comportement de compulsion alimentaire. Au onzième jour, lors du sevrage en saccharose, les animaux reçoivent une dose aiguë d’ayahuasca (1,76 mg/kg de DMT) ou une solution saline par gavage. Les comportements alimentaires ainsi que les manifestations anxieuses dans le labyrinthe en croix surélevé sont examinés par la suite.
Le traitement aigu par l’ayahuasca réduit la prise alimentaire le jour de l’administration et prévient l’hyperphagie rebond de saccharose consécutive au sevrage. De plus, l’ayahuasca atténue le comportement de type anxieux et normalise la locomotion des rongeurs. Sur le plan moléculaire, l’administration d’ayahuasca restaure l’expression hypothalamique de l’ARNm de CART, préalablement diminuée par le protocole de compulsion, sans altérer l’expression de POMC. Ces éléments suggèrent une action régulatrice sur les circuits neuronaux reliant homéostasie énergétique, récompense et émotion.
L’étude vise à évaluer les effets d’une administration aiguë d’ayahuasca sur le comportement alimentaire de souris soumises à un protocole de compulsion alimentaire induit par le saccharose.
Les objectifs spécifiques consistent à caractériser le modèle d’accès hyperphagique, à mesurer l’ingestion de nourriture standard et de solution sucrée, à évaluer l’anxiété liée au sevrage par le test du labyrinthe en croix surélevé, et à analyser l’expression génique des neuropeptides anorexigènes hypothalamiques POMC et CART.
- Modèle animal : Souris mâles C57BL/6J soumises à un protocole de jeûne intermittent et d’accès restreint de 4 heures par jour à une alimentation standard et à une solution de saccharose à 17 % pendant 10 jours consécutifs.
- Groupes expérimentaux : Trois cohortes sont analysées : un groupe contrôle bénéficiant d’un accès libre à l’eau et à la nourriture, un groupe compulsion recevant une solution saline, et un groupe compulsion traité avec de l’ayahuasca.
- Administration du traitement : Au 11e jour (journée de sevrage complet en saccharose), administration unique par gavage intragastrique d’ayahuasca dosée à 1,76 mg/kg de DMT ou de solution saline à 0,9 %.
- Évaluations comportementales : Mesure de la consommation de nourriture, d’eau et de saccharose à la 1re et à la 4e heure ; test de labyrinthe en croix surélevé au 12e jour pour quantifier le temps passé dans les bras ouverts et la distance parcourue.
- Analyses moléculaires : Prélèvement des tissus hypothalamiques après euthanasie, extraction de l’ARN total et quantification relative de l’expression des gènes POMC et CART par RT-qPCR, normalisée par le gène de référence GAPDH.
- Prise alimentaire et réexposition : Le traitement aigu par l’ayahuasca diminue la consommation de nourriture standard à la 1re heure le jour de l’administration et bloque significativement l’augmentation compensatoire de saccharose (hyperphagie rebond) lors de la réintroduction du sucre au 12e jour.
- Comportement anxieux et locomotion : L’ayahuasca renverse l’effet anxiogène produit par le sevrage en saccharose, augmentant significativement le temps passé dans les bras ouverts du labyrinthe en croix surélevé, et rétablit la distance locomotrice totale parcourue.
- Expression génique hypothalamique : Le protocole de compulsion alimentaire induit une diminution de l’expression de l’ARNm du marqueur anorexigène CART, déficit qui se trouve restauré à un niveau physiologique par le traitement à l’ayahuasca.
- Absence d’effet sur POMC : L’expression de l’ARNm de POMC ne présente aucune variation significative entre les groupes témoins, non traités et traités par l’ayahuasca.
Les résultats mettent en évidence la capacité de l’ayahuasca à réguler simultanément les composantes métaboliques, motivationnelles et émotionnelles associées aux conduites de surconsommation alimentaire compulsive. La normalisation de l’expression de CART dans l’hypothalamus suggère un mécanisme par lequel les substances psychédéliques peuvent rééquilibrer la signalisation de la satiété et atténuer l’impact des voies de récompense dopaminergiques.
Cette approche préclinique soutient l’intérêt translationnel des psychédéliques classiques comme outils thérapeutiques ciblés face aux troubles des conduites alimentaires, tels que le trouble de l’accès hyperphagique et la boulimie, en offrant une alternative potentielle aux pharmacothérapies nécessitant une prise quotidienne prolongée.
https://dspace.unila.edu.br/items/e5c05f5e-f5f2-4792-9df2-fe0b2e9e2f51
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