Suite à des décennies de prohibition et d’inquiétudes généralisées concernant leurs propriétés psychotropes, un intérêt public, académique et clinique croissant se manifeste pour le potentiel thérapeutique des substances psychédéliques. Les substances sérotoninergiques en particulier (la DMT, la psilocybine et le LSD) sont désormais testées comme traitements pour des affections telles que la dépression, l’anxiété et les troubles liés à l’usage de substances.
Ce numéro thématique de Transcultural Psychiatry présente des articles qui examinent les présupposés culturels, les dimensions politiques et les implications cliniques et éthiques découlant de ce regain d’intérêt. Après avoir passé en revue les débats actuels sur les mécanismes d’action thérapeutiques et l’importance du contexte, les auteurs soutiennent que les psychédéliques peuvent être conceptualisés comme des ‘super-placebos actifs’ — c’est-à-dire des substances qui améliorent les processus thérapeutiques rituels, symboliques et interpersonnels en augmentant la suggestibilité et l’influence de facteurs extra-pharmacologiques et ‘non spécifiques’.
Plutôt que de simplement libérer des contraintes habituelles de la perception, les articles de ce numéro soutiennent que les expériences psychédéliques impliquent généralement des processus de construction de sens, de cristallisation de la signification et d’enculturation dans des mondes de croyances (ou idéologies) et des comportements médiatisés par le contexte, qui installent nécessairement de nouvelles contraintes avec des conséquences potentiellement inadaptées. L’étude souligne l’importance de l’intégrité clinique et épistémique dans le cadrage des thérapies psychédéliques. L’importance de structurer et de superviser le contexte thérapeutique soulève des questions difficiles sur la recherche de formes appropriées d’autorité épistémique, qui soient à la fois respectueuses des origines culturelles plurielles des rituels psychédéliques et attentives aux meilleures pratiques et normes en matière de soins cliniques.
L’objectif de cet éditorial est de présenter un numéro thématique de la revue Transcultural Psychiatry qui explore les présupposés culturels, les dimensions politiques et les implications éthiques du renouveau de l’intérêt pour les substances psychédéliques.
Les auteurs visent également à proposer un nouveau cadre conceptuel pour comprendre le mode d’action de ces substances. Ils avancent l’hypothèse que les psychédéliques agissent comme des ‘super-placebos actifs’, des agents qui amplifient les processus thérapeutiques rituels et symboliques en augmentant la suggestibilité et l’influence des facteurs contextuels (le ‘set and setting’).
- Approche : L’article adopte une approche de revue critique et de perspective théorique.
- Analyse : Les auteurs analysent les débats en cours sur les mécanismes d’action des psychédéliques, en s’appuyant sur la littérature existante en anthropologie, en psychologie et en études cliniques.
- Synthèse : L’étude synthétise les contributions des différents articles publiés dans ce numéro thématique pour étayer son argument central sur l’importance du contexte.
- Conceptualisation : L’étude propose de conceptualiser les substances psychédéliques comme des ‘super-placebos actifs’, soulignant que leur efficacité ne repose pas uniquement sur leurs propriétés pharmacologiques.
- Mécanisme d’action : Il est suggéré que ces substances améliorent les processus thérapeutiques rituels, symboliques et interpersonnels en augmentant de manière significative la suggestibilité du sujet et sa réceptivité aux facteurs contextuels.
- Rôle du contexte : L’analyse met en évidence que les expériences psychédéliques ne sont pas une simple ‘libération’ des contraintes perceptuelles, mais plutôt des processus de construction de sens et d’enculturation dans des systèmes de croyances spécifiques, qui sont activement façonnés par le cadre social et culturel.
- Limites des approches réductionnistes : Les auteurs critiquent les approches neuro-réductionnistes qui tendent à négliger la myriade de facteurs contextuels essentiels à une thérapie éthique et efficace.
- Enjeux éthiques : L’étude soulève d’importantes questions sur l’intégrité clinique et épistémique, notamment sur la nécessité d’établir des formes d’autorité et des lignes directrices éthiques claires pour encadrer ces thérapies, en respectant à la fois les origines culturelles des rituels et les standards de soins cliniques.
Les conclusions de cette analyse ont des implications importantes pour la recherche et la pratique clinique. Elles suggèrent que l’efficacité thérapeutique des psychédéliques dépend intrinsèquement de la manière dont le contexte (le ‘set and setting’) est structuré et géré. Ignorer ces facteurs ‘non spécifiques’ reviendrait à passer à côté d’un mécanisme d’action essentiel et potentiellement à réduire l’efficacité des traitements.
Sur le plan éthique, l’augmentation de la suggestibilité induite par ces substances impose une grande prudence. Il existe un risque que les thérapeutes, les guides ou les facilitateurs influencent indûment les croyances et les ‘mondes de présupposés’ des patients. L’étude appelle au développement de ce que les auteurs nomment un ‘savoir-faire psychédélique’ (‘psychedelic know-how’), incluant des lignes directrices éthiques solides et une formation appropriée pour les praticiens, afin de maximiser les bénéfices tout en minimisant les risques de préjudice ou de manipulation.
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