Le cadre du traitement prédictif et de l’inférence active offre des perspectives prometteuses pour éclairer les mécanismes computationnels sous-jacents aux états phénoménologiques. Cependant, la question demeure de savoir si cette approche peut constituer une théorie complète de la conscience et déterminer quels systèmes, biologiques ou artificiels, en sont pourvus. Cet article soutient qu’une telle théorie est accessible grâce aux développements récents sur l’auto-modélisation phénoménale au sein de l’inférence active.
L’auteur avance que la conscience phénoménale repose fondamentalement sur “l’évaluation subjective”, définie comme une inférence hiérarchique profonde sur la précision ou la prévisibilité des conséquences allostatiques et adaptatives de l’action. Cette conceptualisation permet d’éclairer l’attribution de la conscience à des systèmes non humains à travers l’étude des mécanismes complexes d’atténuation sensorielle et de décharge corollaire.
Enfin, l’article examine une objection majeure : l’existence d’états d’absence totale de soi, particulièrement la dissolution de l’ego induite par des substances psychédéliques telles que la 5-MeO-DMT ou la psilocybine. L’auteur démontre que ces états ne réfutent pas l’approche par inférence active, mais confirment au contraire que l’évaluation subjective et la valence affective constituent le socle premier de l’expérience consciente.
L’étude vise à établir une théorie de la conscience phénoménale fondée sur l’inférence active et le modèle du soi allostatique.
Elle cherche à déterminer des critères computationnels clairs, notamment via l’atténuation sensorielle, pour évaluer la présence de conscience dans d’autres systèmes vivants ou artificiels.
Elle a également pour but de réfuter le “défi de l’absence de soi” en expliquant comment les états de dissolution complète de l’ego induits par les psychédéliques s’intègrent de manière cohérente dans ce cadre théorique.
- Approche conceptuelle et théorique : Synthèse interdisciplinaire combinant les principes de la neurobiologie computationnelle, du traitement prédictif, du principe d’énergie libre et de la phénoménologie philosophique.
- Modélisation computationnelle du soi : Formalisation du modèle de contrôle allostatique et de la sélection de politiques d’action hiérarchiques à multiples échelles temporelles.
- Analyse comparative inter-espèces : Évaluation des mécanismes neuroanatomiques de décharge corollaire (inférieure versus supérieure) et de l’atténuation sensorielle chez des organismes modèles allant de Caenorhabditis elegans aux mammifères.
- Phénoménologie computationnelle des états modifiés : Intégration du modèle REBUS (“RElaxed Beliefs Under pSychedelics”) pour analyser la dynamique des croyances a priori et des taux d’apprentissage bayésiens lors des expériences psychédéliques aiguës.
- Fondement de la subjectivité : L’expérience phénoménale émerge d’une estimation de précision sur le modèle d’action de l’organisme, constituant une évaluation subjective continue de sa capacité allostatique d’auto-évidence.
- Critère d’attribution de la conscience : L’existence d’une décharge corollaire d’ordre supérieur et d’une atténuation sensorielle flexible, requises pour un contrôle temporellement étendu, représente un marqueur computationnel probant de conscience minimale.
- Mécanisme de la dissolution de l’ego : Sous l’effet des psychédéliques, l’effondrement de la précision des croyances a priori de haut niveau libère les erreurs de prédiction ascendantes, provoquant une imprévisibilité radicale qui empêche le système de s’inférer comme cause endogène de ses sensations.
- Persistance de la valence affective : Bien que la structure réflexive ordinaire du soi disparaisse lors de l’ego-dissolution, l’évaluation subjective demeure intacte sous une forme affective pure (extase ou détresse), démontrant que la valence affective est la composante constitutive élémentaire de la conscience.
Cette approche théorique offre une passerelle essentielle entre la science de la conscience, la psychiatrie computationnelle et l’étude des états psychédéliques. En démontrant que la valence affective précède et sous-tend les formes réflexives de conscience de soi, le cadre résout un débat philosophique de longue date sur les états d’expérience “sans sujet”.
Sur le plan clinique, l’analyse fournit une explication mécanique du potentiel thérapeutique des substances psychédéliques : le relâchement temporaire de modèles de soi rigides et de croyances a priori pathologiques permet au système de réinitialiser sa dynamique d’inférence et d’apprentissage allostatique.
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