La littérature récente suggère des associations potentielles entre l’utilisation de substances psychédéliques et la maladie cardiaque valvulaire (MCV). Cette association est attribuée à l’activation prolongée des récepteurs sérotoninergiques 5-HT2B, pouvant entraîner une fibrose valvulaire. Malgré ces préoccupations, les études épidémiologiques explorant ce lien sont rares.
Cette analyse exploratoire examine les associations entre l’utilisation à vie de substances psychédéliques et la MCV. Elle s’appuie sur des données transversales d’adultes américains issues du programme de recherche “All of Us” du NIH, combinant des données d’auto-déclaration et des dossiers de santé électroniques. L’échantillon comprenait 286 842 adultes (âge moyen 50,8 ans, 61,4 % de femmes, 60,6 % de Blancs), dont 13,2 % ont déclaré avoir déjà consommé des substances psychédéliques.
Les résultats initiaux non ajustés indiquent une prévalence de MCV plus faible chez les utilisateurs de substances psychédéliques (3,6 % contre 4,7 %). Cependant, après ajustement pour les facteurs de confusion, les modèles révèlent une légère augmentation des chances de MCV (aOR = 1,08, IC à 95 % : 1,01-1,55, p = 0,017) chez les utilisateurs à vie de substances psychédéliques. L’étude conclut que l’utilisation de substances psychédéliques est associée à une augmentation modeste des chances de MCV après ajustement, nécessitant une confirmation par des recherches longitudinales.
L’étude exploratoire vise à enquêter sur les associations entre l’utilisation à vie de substances psychédéliques et la maladie cardiaque valvulaire (MCV). Elle cherche à combler un manque de données épidémiologiques sur cette association potentielle, en particulier compte tenu de l’intérêt croissant pour les substances psychédéliques et les préoccupations concernant leur profil de sécurité.
- Source des données : L’étude utilise des données transversales issues du programme de recherche “All of Us” du NIH, une initiative nationale conçue pour faire progresser la médecine de précision. Ce programme collecte des données d’enquêtes, des dossiers de santé électroniques (DSE) et des mesures physiques.
- Échantillon de l’étude : L’analyse inclut 286 842 adultes âgés de 18 ans et plus ayant complété l’enquête “Lifestyle” du programme “All of Us”. Les participants atteints de maladies cardiaques congénitales, de maladies cardiaques rhumatismales ou du syndrome de Marfan sont exclus pour atténuer les biais de conditions préexistantes.
- Mesure de l’utilisation de substances psychédéliques : L’utilisation à vie de substances psychédéliques est évaluée via une question de l’enquête “Lifestyle” demandant quelles substances (Le LSD, La Psilocybine, La MDMA, La Kétamine, le PCP) les participants ont utilisées au cours de leur vie.
- Identification de la maladie cardiaque valvulaire : La MCV est identifiée à partir des données des DSE en utilisant les codes SNOMED pertinents.
- Conditions de santé et utilisation d’autres substances : D’autres conditions de santé (hypertension, hyperlipidémie, diabète, athérosclérose coronarienne, obésité, insuffisance cardiaque, lupus, arythmie cardiaque) et l’utilisation d’autres substances (tabac, cannabis, cocaïne, méthamphétamine, etc.) sont identifiées et ajustées en tant que facteurs de confusion.
- Caractéristiques sociodémographiques : Les informations sociodémographiques, telles que l’âge, le sexe, la race/ethnicité, le statut matrimonial, le revenu annuel, le statut d’emploi, le statut d’assurance et le niveau d’éducation, sont extraites des réponses aux enquêtes des participants.
- Analyses statistiques : L’étude emploie des statistiques descriptives et une analyse de régression logistique multivariable pour examiner l’association entre l’utilisation à vie de substances psychédéliques et la MCV, en ajustant pour les facteurs sociodémographiques et les conditions de santé. La sélection du modèle est basée sur le critère d’information d’Akaike (AIC).
- Caractéristiques de l’échantillon : L’échantillon final comprend 286 842 participants (âge moyen 50,8 ans). La majorité sont des femmes (61,4 %), Blancs (60,6 %), mariés (53,0 %), sans emploi (50,2 %), assurés (93,9 %), et diplômés de l’université (50,4 %). Environ un participant sur huit (13,2 %) a déclaré une utilisation à vie de substances psychédéliques.
- Comparaison des groupes : Les individus ayant utilisé des substances psychédéliques à vie sont plus jeunes, plus souvent des hommes, Blancs non-Hispaniques, divorcés ou jamais mariés, employés et avec un niveau d’éducation post-secondaire supérieur (tous p < 0,001). Ils rapportent également plus fréquemment l’utilisation d’autres substances, y compris le tabagisme (≥100 cigarettes à vie), le cannabis à vie et d’autres substances illicites à vie (tous p < 0,001).
- Prévalence des conditions de santé : Les utilisateurs à vie de substances psychédéliques présentent généralement des taux de prévalence plus faibles pour diverses conditions de santé, y compris la MCV (3,6 % contre 4,7 %, p < 0,001), l’hypertension, l’hyperlipidémie, l’obésité, le diabète, l’arythmie cardiaque, l’athérosclérose coronarienne, l’insuffisance cardiaque et le lupus (tous p < 0,001), par rapport à ceux qui n’en ont jamais consommé.
- Association non ajustée : L’analyse non ajustée montre que l’utilisation à vie de substances psychédéliques est associée à des chances plus faibles de MCV (OR = 0,76, IC à 95 % : 0,72-0,81, p < 0,001).
- Association ajustée : Après ajustement pour les facteurs de confusion, l’association entre l’utilisation à vie de substances psychédéliques et la MCV s’inverse, montrant une association modeste mais statistiquement significative avec une augmentation des chances de MCV (aOR = 1,08, IC à 95 % : 1,01-1,55, p = 0,017).
- Facteurs associés à la MCV : Des chances accrues de MCV sont observées avec l’âge croissant, le sexe féminin, le statut “jamais marié”, les niveaux de revenu plus élevés et l’éducation de niveau universitaire. Plusieurs conditions de santé sont également associées à une augmentation des chances de MCV, notamment l’arythmie cardiaque, l’insuffisance cardiaque, l’hyperlipidémie, l’hypertension, l’athérosclérose coronarienne et le lupus.
Cette analyse exploratoire transversale à grande échelle fournit de nouvelles informations sur l’association potentielle entre l’utilisation à vie de substances psychédéliques et la maladie cardiaque valvulaire (MCV). L’étude révèle une association modeste mais statistiquement significative entre l’utilisation auto-déclarée à vie de substances psychédéliques et le diagnostic de MCV, après ajustement pour divers facteurs sociodémographiques et conditions de santé. Il est crucial de souligner que, compte tenu de la nature exploratoire de cette analyse, les résultats doivent être considérés comme générateurs d’hypothèses plutôt que confirmatifs.
Les résultats de cette étude sont cohérents avec les préoccupations théoriques soulevées dans la littérature récente concernant les actions des substances psychédéliques sur les récepteurs sérotoninergiques 5-HT2B, qui ont été liés à la fibrose valvulaire. Cette association a été observée pour d’autres médicaments sérotoninergiques et est pertinente pour le contexte actuel d’intérêt clinique et récréatif croissant pour les substances psychédéliques.
La découverte d’une inversion de la direction de l’association (d’une relation protectrice non ajustée à un risque ajusté) met en évidence la complexité de la relation entre l’utilisation de substances psychédéliques et la MCV. Elle suggère que de nombreux facteurs de confusion, tels que les profils démographiques et de santé des utilisateurs de substances psychédéliques (plus jeunes et ayant moins de facteurs de risque cardiovasculaire), influencent les taux non ajustés. L’ajustement statistique révèle que l’utilisation à vie de substances psychédéliques est associée à une augmentation modeste des chances de MCV.
Les implications pour la pratique clinique et la santé publique sont importantes. Les professionnels de la santé devraient être conscients de ce risque potentiel, en particulier pour les individus à risque élevé, y compris les utilisateurs fréquents ou ceux pratiquant le microdosage à long terme. La décision d’approfondir cette exploration, par exemple par un dépistage échocardiographique, doit être individualisée en fonction du profil de risque global du patient.
Du point de vue de la santé publique, les résultats contribuent au débat sur le profil de sécurité des substances psychédéliques. Alors que de nombreuses juridictions évoluent vers la décriminalisation ou la légalisation de certaines substances psychédéliques, les décideurs politiques devraient prendre en compte ces risques potentiels dans leurs cadres réglementaires, incluant des systèmes de surveillance des effets cardiovasculaires potentiels et l’éducation sur les risques, en particulier pour les populations vulnérables.
La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.