Les psychédéliques ont une histoire ancienne et diversifiée, qui s’étend sur plusieurs millénaires et de nombreuses civilisations. Ils ont d’abord été associés à des usages rituels et spirituels, avant d’être intégrés à la recherche psychiatrique, puis interdits et finalement redécouverts par la science contemporaine.
Utilisation traditionnelle et rituelle
Antiquité et civilisations anciennes
- Égypte antique : certains historiens suggèrent que des substances à effet psychédélique ont pu être utilisées dans certains rituels religieux ou pratiques de divination, même si les preuves directes restent limitées.
- Grèce antique : lors des mystères d’Éleusis, les initié·es consommaient une boisson sacrée, le kykeon, qui pourrait avoir contenu un dérivé de l’ergot de seigle, substance apparentée au LSD.
- Monde indo‑iranien : le Soma, boisson mentionnée dans les textes védiques, est souvent interprété comme contenant des substances psychoactives, même si son identité exacte demeure débattue.
Pratiques indigènes et rituels sacrés
- Amérique du Sud : dans plusieurs peuples amazoniens, comme les Ashaninka ou les Shipibo, l’ayahuasca est utilisée au sein de cérémonies chamaniques pour la guérison, la divination et la communication avec le monde des esprits.
- Amérique du Nord : des peuples comme les Navajos ou les Huichols consomment le peyotl (riche en mescaline) dans des rituels à visée visionnaire, thérapeutique et communautaire.
- Afrique centrale : l’iboga, contenant de l’ibogaïne, est au cœur de certains rites d’initiation Bwiti au Gabon, à la croisée du soin, de la spiritualité et de la construction identitaire.
Influence de la colonisation et suppression des rites
Avec l’expansion coloniale européenne et la diffusion des religions chrétiennes, de nombreuses pratiques rituelles utilisant des psychédéliques ont été réprimées ou interdites. L’Église catholique a notamment combattu l’usage du peyotl en Amérique du Nord et les missionnaires ont tenté de faire disparaître certaines cérémonies à l’ayahuasca en Amazonie.
Ces interdictions ont souvent eu pour effet de pousser ces pratiques dans la clandestinité, tout en alimentant des représentations négatives de ces substances dans les pays occidentaux.
Redécouverte scientifique au XXe siècle
Découvertes majeures
- 1943 : le chimiste suisse Albert Hofmann met en évidence les effets du LSD, marquant le début de la recherche moderne sur les psychédéliques.
- Années 1950‑1960 : la psilocybine et le LSD sont étudiés pour leur potentiel dans le traitement de troubles psychiatriques, la compréhension des psychoses et l’accompagnement de patient·es en fin de vie.
- Diffusion dans la culture occidentale : des auteurs et universitaires comme Aldous Huxley ou Timothy Leary contribuent à populariser l’usage des psychédéliques en lien avec la philosophie, la spiritualité et la « expansion de la conscience ».
Répression et interdiction
- 1970 : aux États‑Unis, le Controlled Substances Act classe le LSD et la plupart des psychédéliques dans la catégorie des substances strictement contrôlées, avec une interdiction de leur usage non médical.
- Impact international : cette politique est progressivement reprise par de nombreux pays, entraînant un arrêt quasi complet de la recherche clinique et renforçant l’image de ces substances comme uniquement dangereuses ou déviantes.
La période clandestine (années 1980‑1990)
Malgré les interdictions, des communautés de psychonautes, certains thérapeutes et chercheurs isolés continuent d’explorer les effets des psychédéliques, souvent en marge des institutions. Des figures comme Terence McKenna participent à maintenir vivant un discours sur les dimensions philosophiques, spirituelles et culturelles de ces expériences.
Cette période est marquée par une tension entre la clandestinité des usages et l’intérêt persistant d’une partie du monde scientifique et artistique.
Renaissance contemporaine
Retour de la recherche scientifique
À partir des années 1990‑2000, une « renaissance psychédélique » se dessine dans la recherche biomédicale. Des institutions comme l’Imperial College London ou l’Université Johns Hopkins relancent des études cliniques sur la psilocybine, la MDMA ou la kétamine, dans des protocoles strictement encadrés.
Les travaux récents explorent notamment l’usage des psychédéliques dans la dépression résistante aux traitements, certains troubles anxieux, le Trouble de Stress Post‑Traumatique (TSPT) et certaines formes d’addictions. Les résultats sont prometteurs mais soulèvent aussi des questions sur les risques, les indications, la formation des soignant·es et la place de ces traitements dans les systèmes de santé.
Évolutions législatives et perspectives
Depuis les années 2010‑2020, plusieurs juridictions ont commencé à assouplir partiellement leur cadre légal autour de certaines substances psychédéliques, souvent pour des usages thérapeutiques ou dans des dispositifs pilotes. Des régions comme l’Oregon ont engagé des processus de dépénalisation ou d’encadrement spécifique, pendant que d’autres pays restent beaucoup plus restrictifs.
En Europe, la situation est contrastée, avec par exemple des dispositifs particuliers en Suisse et une recherche clinique en cours dans plusieurs pays, mais sans intégration large en pratique courante.
L’histoire récente des psychédéliques est ainsi marquée par un mouvement de redécouverte scientifique, pris entre l’espoir thérapeutique, les enjeux de sécurité et les débats éthiques et politiques.