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title: "Thérapies psychédéliques : au Portugal, médecins, psychologues et pharmaciens proposent un cadre commun"
date: 2026-10-23T08:00:31+00:00
modified: 2026-10-15T13:13:48+00:00
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tags: "Cadre thérapeutique, Consentement, Ethique, Ordres professionnels, Pharmacie hospitalière, Portugal, Psychiatrie, Psychologie clinique, Recommandations cliniques, Réglementation"
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# Thérapies psychédéliques : au Portugal, médecins, psychologues et pharmaciens proposent un cadre commun

Les thérapies assistées par les psychédéliques modifient l'état de conscience du patient, ce qui complique à la fois la coordination des professionnels et la protection de la personne soignée. Au Portugal, les représentants des médecins, des psychologues et des pharmaciens ont choisi de s'accorder sur des principes communs pour encadrer ces thérapies à l'avance. Deux questions concrètes en découlent. Qui pourra prescrire et accompagner ces traitements ? Quelles garanties un patient peut-il en attendre avant, pendant et après une séance ? ## Un besoin de cadre antérieur aux autorisations

 > Les psychédéliques modifient l'état de conscience et la capacité de décider, ce qui oblige à réfléchir aux règles de soin avant leur éventuelle autorisation.

 Une association scientifique portugaise de psychiatres et la Fondation Champalimaud ont lancé un groupe de travail réunissant les ordres des médecins, des psychologues et des pharmaciens ainsi que le conseil national d'éthique. 1 Ses recommandations, publiées en mai 2025 sous forme de livret, **n'ont pas valeur de loi** : elles visent à orienter la pratique et la réglementation. 2 ### Trois particularités qui compliquent le soin

 Ces recommandations répondent à des difficultés que le texte regroupe en 3 particularités : 1. **La capacité de décision.** Les effets de la substance pèsent sur les choix du patient pendant la séance et parfois après. Les auteurs citent la MDMA, qui peut changer la relation que le patient noue avec les soignants présents, un point repris à propos du consentement.
2. **Le modèle de soin.** Ces substances sont surtout étudiées avec un accompagnement psychologique, dont la sécurité dépend de cette même capacité de décision et qui oblige à coordonner plusieurs professions.
3. **Les autres usages.** Beaucoup de ces substances sont aussi recherchées pour des motifs récréatifs, religieux ou spirituels, parfois illicites, ce qui impose de distinguer nettement l'usage clinique. 1

 ### Un statut de médicament et ses limites

 Lors de la rédaction du livret (consultation publique close en juillet 2024), l'eskétamine, que ses auteurs rattachent aux psychédéliques, était selon eux la seule de ces substances formellement autorisée en Europe et aux États-Unis dans une indication neuropsychiatrique, la psilocybine, la MDMA et le LSD restant réservés à la recherche. 1 Ce tableau est à nuancer : selon l'équipe portugaise de Carolina Seybert (Fondation Champalimaud, 2026), plusieurs pays européens ont ouvert des accès encadrés en dehors de la procédure centrale d'autorisation de l'Agence européenne des médicaments. 2 Pour les auteurs, ces substances doivent être traitées comme des **médicaments** dès lors qu'elles servent à soigner : elles supposent un diagnostic, une prescription et une intervention médicale. Ce statut ne règle pourtant pas tout : l'accompagnement psychologique et la coordination entre les professionnels et les lieux de soin appellent, selon eux, une attention particulière et peut-être une réglementation spéciale. 2 ## Huit représentants pour écrire des recommandations communes

 > Le texte est né de la rencontre entre professions, institutions d'éthique et équipes cliniques, puis d'une discussion publique ouverte à d'autres acteurs avant sa version finale.

 Le groupe réunissait 8 représentants, un par institution. L'initiative venait de l'association de psychiatres déjà évoquée et de la Fondation Champalimaud, qui hébergeait alors la coordination nationale des essais cliniques portugais avec des psychédéliques. Les ordres des médecins, des psychologues et des pharmaciens ont été invités, de même que le conseil national d'éthique pour les sciences de la vie. Deux équipes cliniques engagées dans les premiers projets de soin ou de recherche complétaient la composition : un service hospitalier de psychiatrie et l'unité de neuropsychiatrie de la fondation. 2 Après une réunion de lancement en juin 2023, les représentants ont travaillé par sous-groupes (médical, psychologique et éthique) puis en réunions communes mensuelles. Un juriste extérieur a relu le texte avant sa présentation publique à Lisbonne en mai 2024, devant la presse et des partenaires nationaux dont l'autorité portugaise du médicament (Infarmed). Les commentaires recueillis pendant 2 mois, peu nombreux, ont été intégrés lorsqu'un consensus entre experts était possible, et la version finale est parue en mai 2025. 2 À la connaissance de Seybert et de ses collègues, qui ont eux-mêmes siégé dans le groupe, aucun autre pays n'avait vu plusieurs organisations professionnelles non spécialisées dans les psychédéliques élaborer ensemble des recommandations. Les consensus existants réunissent surtout des chercheurs, des universitaires et des thérapeutes, rarement les instances qui régulent les professions. Deux initiatives s'en rapprochent, mais ses auteurs en soulignent les limites. En République tchèque, les 2 sociétés scientifiques qui ont publié des recommandations communes en 2025 relèvent d'une même association médicale, ce qui restreint la dimension interprofessionnelle. Aux Pays-Bas, le mémorandum de 2024 intègre l'avis de pharmaciens hospitaliers et de juristes mais ne constitue pas une déclaration commune formelle des organisations qui régulent les professions. 2 ## Le médecin prescripteur au centre du parcours

 > Selon les recommandations portugaises, c'est un spécialiste de la maladie traitée qui prescrit ces substances et veille à la continuité du parcours du patient, de l'évaluation initiale au suivi.

 Le livret recommande que la prescription revienne à **un spécialiste de la maladie traitée**, reconnu dans ce domaine par l'Ordre des médecins et capable de prendre en charge cette maladie sans recourir à un psychédélique. Pour une dépression majeure ou résistante, il s'agit d'un psychiatre. Pour une douleur chronique difficile à traiter et sans lien avec un cancer, la prescription revient à un anesthésiste ou à un neurologue. 1 ### Une formation indépendante de l'industrie

 Le texte n'exige pas de tous les prescripteurs une formation complémentaire à leur spécialité. Elle ne devient obligatoire que dans 2 cas : si l'autorité chargée des médicaments la prévoit pour un produit donné ou si l'Ordre des médecins l'exige. Obligatoire ou non, elle doit rester indépendante des entreprises qui fabriquent ou commercialisent ces substances, qui ne devraient jamais certifier elles-mêmes les professionnels. 1 ### Un rôle avant, pendant et après la séance

 Le médecin intervient à chaque étape du parcours : - **Avant.** Le prescripteur vérifie qu'il existe une indication et qu'aucune contre-indication ne s'y oppose. Lorsqu'une substance est utilisée en dehors de son indication autorisée (un usage que son autorisation ne prévoit pas), il présente aussi les traitements autorisés et discute de leurs bénéfices et de leurs risques avec le patient. S'il n'est pas lui-même le médecin qui suit le patient, il recueille l'accord de ce dernier ainsi que des informations cliniques écrites.
- **Pendant.** Il coordonne son action avec les professionnels non médicaux qui conduisent l'accompagnement psychologique et garde un contact régulier avec l'équipe lorsque le protocole comporte plusieurs séances sans sa présence.
- **Après.** Lorsqu'il n'est pas lui-même le médecin qui suit le patient, il lui transmet une information écrite. Le groupe recommande aussi qu'au moins une consultation de suivi avec ce médecin ait réellement eu lieu avant que le patient ne quitte le lieu du traitement. 1

 ## Intervention psychologique plutôt que psychothérapie

 > Les recommandations évitent le mot psychothérapie parce que ses conditions habituelles, comme des rencontres régulières et un thérapeute supervisé, sont difficiles à réunir autour d'une séance.

 Le groupe préfère parler d'**intervention psychologique**. Une psychothérapie suppose des rencontres régulières, un modèle explicatif précis et un thérapeute lui-même supervisé, des conditions difficiles à réunir ici. Cette intervention se déroule en 3 temps : 1. **La préparation.** Le patient reçoit des explications sur l'expérience et son déroulement, puis donne un consentement propre à l'intervention psychologique.
2. **L'administration.** Deux professionnels formés sont généralement présents. Le thérapeute principal doit l'être au moment de la prise.
3. **L'intégration.** Le patient est aidé à réfléchir à ce qu'il a vécu, avec une intensité qui varie selon la substance et le protocole. 1

 L'équipe réunit au moins un médecin spécialiste (premier responsable de la prescription) et un autre professionnel de santé mentale formé et expérimenté. Le **thérapeute principal**, choisi parmi ceux qui préparent le patient, doit avoir suivi une formation spécifique avec supervision. Le texte ne nomme aucune profession précise et constate qu'aucune formation existante n'est sanctionnée par un ordre ou un collège de spécialité. 1 L'**Association européenne de psychiatrie (EPA)** dresse en 2025 un constat voisin : il n'existe aucune certification de "thérapeute psychédélique" ni consensus sur les interventions psychosociales nécessaires, et la plupart des accompagnants psychédéliques actuels n'ont pas de formation thérapeutique. 3 Au-delà des personnes, les recommandations portugaises prévoient aussi un lieu : pour les usages hors indication autorisée, la prescription et l'administration devraient se faire exclusivement à l'hôpital. 1 ## L'hôpital et sa pharmacie comme garde-fous

 > Quand une substance est utilisée en dehors de son autorisation, le livret recommande de la réserver à l'hôpital, où plusieurs instances valident le protocole et les moyens de surveillance.

 Cette recommandation vaut lorsqu'aucun cadre réglementaire ne s'applique à l'indication visée ou lorsque ce cadre est muet. L'hôpital doit alors disposer d'une **pharmacie hospitalière** dont la commission approuve les moyens humains et techniques de surveillance et d'intervention en urgence puis évalue le protocole. Il doit aussi compter sur un **comité d'éthique**, qui se prononce favorablement sur un protocole écrit d'utilisation de la substance. Ce protocole précise les moyens de surveillance et cite les sources d'information justifiant le traitement. Le médecin garantit de son côté des conditions adaptées de dispensation et d'administration du médicament. 1 Les moyens de surveillance reposent d'abord sur les consensus du régulateur du médicament ou de l'autorité de santé nationale, puis sur ceux d'un autre pays (idéalement européen). Les consensus d'organismes professionnels ou scientifiques ne viennent qu'en dernier et seulement s'ils sont globalement représentatifs. 1 Pour un usage conforme à l'autorisation, le texte ne tranche pas entre l'hôpital et les soins ambulatoires : il renvoie aux conditions fixées par la réglementation propre au médicament. 1 ## Un consentement recueilli avant la prise et renouvelé

 > Le patient ne décide plus comme d'habitude une fois l'effet installé, si bien que le groupe recommande de recueillir et de renouveler son accord avant la prise.

 Dans le livret, le consentement **n'est pas un événement unique** : il est recueilli lors de l'évaluation préalable puis actualisé, et le patient garde le droit de le retirer à tout moment. Un accord obtenu après la prise est jugé particulièrement compromis. 1 Le texte propose 9 exigences, toutes sous forme de recommandations. En voici 4 : - **Les effets à long terme.** Le patient est informé d'un possible changement de convictions morales, existentielles, philosophiques, politiques ou religieuses.
- **Les comportements sous l'effet de la substance.** Les limites physiques à respecter avec les thérapeutes, le risque d'autoagression, les événements violents et la destruction de biens sont abordés à l'avance.
- **Le départ en cours de séance.** Une procédure est prévue si le patient veut partir pendant l'état de conscience modifié.
- **La personne de confiance.** Un mandataire en santé est envisagé pour le cas où le patient deviendrait incapable de décider. 1

 Les auteurs notent aussi que la présence de 2 professionnels de sexes différents est souvent recommandée, car certaines substances augmentent la suggestibilité. 1 L'EPA va dans le même sens : ces thérapies exigent un consentement spécifique, et les effets durables, comme une plus grande ouverture ou des points de vue modifiés, devraient être annoncés avant l'accord afin que le patient puisse y renoncer. 3 ## Les psychiatres européens attendent-ils un tel cadre ?

 > Des enquêtes menées auprès de psychiatres européens montrent une ouverture réelle mais prudente, avec un besoin d'appui professionnel et de formation pour passer à la pratique.

 L'équipe croate de Marija Franka Žuljević (université de Split) a publié 2 études en 2024 sur la perception de ces thérapies par les psychiatres européens. La première, une enquête auprès de 419 psychiatres de 33 pays, révèle **une ouverture générale mêlée d'inquiétude face aux risques**. Son taux de réponse est probablement inférieur à 3%, et ses auteurs ne revendiquent pas une représentativité complète. 4 La seconde repose sur 12 entretiens menés dans 8 pays. Ces psychiatres reconnaissent le potentiel des thérapies assistées par les psychédéliques mais jugent **les preuves encore insuffisantes**. Plusieurs relèvent l'absence de formation standardisée. Certains disent qu'avec des preuves solides et le soutien de leur profession ils seraient susceptibles de les appliquer. 5 L'EPA demande de son côté des protocoles fondés sur les preuves pour la préparation, l'administration, l'accompagnement psychologique et l'intégration. 3 Les 2 études de Žuljević et de ses collègues datent de 2024, avant la version finale de ces recommandations : elles décrivent des attentes et non un verdict sur ce cadre. Les auteurs du livret en signalent d'ailleurs eux-mêmes les limites. 2 ## Des recommandations à lire avec leurs limites

 > La méthode choisie pour conserver l'appui des organisations professionnelles peut donner des recommandations plus générales que précises, reconnaissent leurs auteurs.

 Le **consensus modifié** retenu a été conçu surtout pour conserver l'appui des organisations représentées. Il ne suit pas les procédures structurées habituelles des consensus d'experts, et les discussions ont réuni des représentants qui défendaient la position de leur organisation plutôt que des avis individuels. 2 Concrètement, le livret pose des principes sans tout préciser. Il ne fixe ni la durée de la surveillance après la prise ni l'équipement exact ni le nombre ou la durée des séances. Il ne nomme aucune profession pour l'intervention psychologique et ne désigne aucune instance chargée de valider la formation du thérapeute principal. 1 Ces recommandations ne s'appuient pas sur une **revue systématique**, c'est-à-dire un examen méthodique de l'ensemble des études publiées. Elles reflètent les connaissances disponibles lors de leur élaboration et de la consultation publique, et non l'état le plus récent de la recherche. Cette consultation, ouverte à des institutions, des sociétés scientifiques, des cliniciens et des associations de personnes concernées, n'a d'ailleurs recueilli que peu de commentaires. 2 ## Des repères communs et des questions encore ouvertes

 Les recommandations portugaises répondent aux 2 questions posées au départ. La prescription revient à un spécialiste de la maladie traitée, et l'accompagnement à une équipe d'au moins 2 professionnels dont un médecin. Pour les usages hors indication autorisée, l'hôpital est le lieu recommandé. Pour le patient, elles prévoient une évaluation préalable, un consentement renouvelé qu'il peut retirer à tout moment et une consultation de suivi avant de quitter le lieu du traitement. Plusieurs points restent à trancher : la formation et sa validation, les protocoles détaillés et la solidité des preuves sur lesquelles ils s'appuieront. Ce texte n'a pas force de loi, n'autorise aucun traitement et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. ---

 **🤝 Cadre portugais : quand les professions de santé s'accordent d'avance** Au Portugal, médecins, psychologues et pharmaciens ont écrit ensemble des recommandations sur les thérapies assistées par les psychédéliques. Elles posent des principes sur la prescription, l'accompagnement et le consentement tout en laissant ouvertes des questions de formation et de preuves. Une démarche à lire avec ses limites. **🧭 Qu'attendriez-vous d'un tel cadre, en tant que patient ou que soignant ?** **💬 Partagez vos impressions en commentaire !** Vos témoignages et doutes sont précieux. 👇 ---

 *Sources :* 1. **Fondation Champalimaud. (2025).** [Recomendações do Grupo de Trabalho Multidisciplinar e Multiprofissional sobre o Uso Clínico de Substâncias Psicadélicas](https://www.fchampalimaud.org/sites/default/files/pdf/Recomendacoes_Grupo_Multidisciplinar_Multiprofissional_Livro.pdf)
2. **Seybert, C., et al. (2026).** [A national approach in a European context: Multidisciplinary and multiprofessional recommendations on the clinical use of psychedelic substances](https://doi.org/10.1016/j.nsa.2026.107028)
3. **Destoop, M., et al. (2025).** [Use of psychedelic treatments in psychiatric clinical practice: an EPA policy paper](https://doi.org/10.1192/j.eurpsy.2024.1806)
4. **Žuljević, M. F., et al. (2024).** [Attitudes of European psychiatrists on psychedelics: a cross-sectional survey study](https://doi.org/10.1038/s41598-024-69688-7)
5. **Žuljević, M. F., et al. (2024).** [Attitudes of European psychiatrists on psychedelics: a qualitative study](https://doi.org/10.3389/fpsyt.2024.1411234)
