L’étude analyse si les substances psychédéliques peuvent influencer les traits de personnalité. Les preuves longitudinales sur la première utilisation en dehors des contextes cliniques sont limitées.
L’étude suit 102 utilisateurs pour la première fois de substances psychédéliques et 1066 non-utilisateurs sur une période d’un an parmi des étudiants universitaires à Berlin. La personnalité est évaluée à l’aide de l’inventaire des Cinq Grands Facteurs (Big Five Inventory) au début et au suivi.
Des modèles linéaires à effets mixtes montrent de petites augmentations relatives de l’« Openness » (Ouverture) et des diminutions de la « Conscientiousness » (Conscienciosité) chez les premiers utilisateurs. Après ajustement pour l’âge, le sexe, le revenu, le diagnostic psychiatrique et la charge d’utilisation de substances au début de l’étude, les estimations sont atténuées mais directionnellement similaires (Ouverture : bêta = 0,19, ES = 0,10, p = 0,06 ; Conscienciosité : bêta = -0,20, ES = 0,10, p = 0,05 ; p ajusté par FDR = 0,16 pour les deux). Le changement n’est pas clairement différent de celui des premiers utilisateurs d’autres substances illicites.
Dans les analyses de modération exploratoires, les premiers utilisateurs ayant des diagnostics psychiatriques montrent des réductions plus importantes du « Neuroticism » (Névrosisme). Les résultats suggèrent de petits changements de personnalité après la première utilisation de substances psychédéliques, avec une interprétabilité causale limitée.
L’étude vise à combler les lacunes dans la littérature en suivant une large cohorte d’étudiants universitaires à Berlin, en Allemagne. Elle compare les utilisateurs de substances psychédéliques pour la première fois aux non-utilisateurs sur une période d’un an.
L’objectif est d’examiner si les augmentations d’« Openness » (Ouverture) ou les diminutions de « Neuroticism » (Névrosisme) précédemment rapportées peuvent être observées dans un cadre naturaliste prospectif.
Ainsi, l’étude ajoute des preuves longitudinales en “monde réel” à la littérature sur l’utilisation des substances psychédéliques et le changement de personnalité au sein d’une cohorte d’étudiants allemands.
- Conception et recrutement : L’étude est une étude de cohorte observationnelle majeure, la “Student Drug Survey”, examinant les habitudes de consommation de substances chez les étudiants universitaires à Berlin. Le recrutement implique 35 universités à Berlin, dont 17 (48,6 %) acceptent de participer à la diffusion d’un questionnaire en ligne. La collecte de données a lieu entre le 3 novembre 2016 et le 30 septembre 2017, avec un suivi de 12 mois.
- Participants : L’étude inclut des étudiants de premier cycle et des cycles supérieurs inscrits dans les universités participantes. Sur 9351 participants ayant complété l’enquête initiale, 1443 complètent également l’évaluation de suivi et sont éligibles pour les analyses longitudinales. Ce sous-échantillon comprend 1066 “non-utilisateurs”, 102 “premiers utilisateurs” et 229 “utilisateurs antérieurs”.
- Évaluations : Les traits de personnalité sont mesurés à l’aide de l’inventaire court des Cinq Grands Facteurs (BFI-S) de 15 items, évaluant l’« Openness to Experience », la « Conscientiousness », l’« Extraversion », l’« Agreeableness » et le « Neuroticism » sur une échelle de 7 points. Les substances psychédéliques classifiées sont le LSD, la psilocybine et la DMT. Les variables démographiques, le revenu et les diagnostics psychiatriques sont auto-déclarés.
- Analyse des données : Toutes les analyses statistiques sont réalisées dans R Studio. Les participants sont exclus s’ils ont plus de 20 % de réponses manquantes, des questionnaires incomplets ou des temps de réponse invraisemblablement courts. Les scores de personnalité sont standardisés en Z. Des modèles linéaires à effets mixtes à mesures répétées sont ajustés pour évaluer le changement des traits de personnalité au fil du temps, avec des effets aléatoires pour l’identifiant du participant. Les modèles sont ajustés pour l’âge, le sexe, le revenu, le diagnostic psychiatrique de base et le nombre standardisé de différentes substances utilisées au début de l’étude. La correction du taux de fausses découvertes (FDR) est appliquée.
- Changements principaux : Les modèles à effets mixtes non ajustés révèlent une petite augmentation de l’« Openness » (Ouverture) (estimation = 0,201, p = 0,04) et une petite diminution de la « Conscientiousness » (Conscienciosité) (estimation = -0,210, p = 0,03) chez les premiers utilisateurs de substances psychédéliques.
- Effets ajustés : Après ajustement pour les covariables (âge, sexe, revenu, diagnostic psychiatrique de base, charge de consommation de substances), les estimations restent directionnellement similaires mais sont atténuées (Ouverture : estimation = 0,188, p = 0,06 ; Conscienciosité : estimation = -0,201, p = 0,05 ; p ajusté par FDR = 0,16 pour les deux traits).
- Autres traits : Les traits « Extraversion », « Agreeableness » et « Neuroticism » ne montrent pas de changements significatifs ou constants dans les modèles principaux.
- Comparaison avec d’autres initiateurs de drogues illicites : Les effets observés sur l’« Openness » et la « Conscientiousness » sont nettement atténués lorsqu’on compare les premiers utilisateurs de substances psychédéliques à ceux qui ont essayé d’autres substances illicites non psychédéliques pour la première fois.
- Analyses de sous-groupes – Diagnostic psychiatrique : Une histoire de diagnostic psychiatrique de base modère le changement de personnalité, en particulier pour le « Neuroticism ». Chez les premiers utilisateurs de substances psychédéliques ayant un diagnostic psychiatrique de base, une réduction plus importante du « Neuroticism » est observée (estimation ajustée = -1,09, ES = 0,30, p ajusté par FDR = 0,001).
- Analyses de sous-groupes – Sexe : Le sexe ne modère pas clairement les trajectoires de changement de personnalité.
Les résultats de cette étude longitudinale et naturaliste chez des étudiants universitaires allemands suggèrent une petite augmentation de l’« Openness » (Ouverture) et une petite diminution de la « Conscientiousness » (Conscienciosité) chez les individus ayant utilisé des substances psychédéliques pour la première fois sur une période d’un an, comparativement aux non-utilisateurs. Cependant, ces estimations sont atténuées après ajustement pour les covariables démographiques, cliniques et liées à l’utilisation de substances, ce qui indique une interprétabilité causale limitée.
L’étude observe que l’utilisation des substances psychédéliques pourrait être un marqueur de différences comportementales ou psychosociales plus larges parmi les étudiants, plutôt qu’une cause isolée de changement de personnalité.
En revanche, une histoire de diagnostic psychiatrique semble pertinente pour les changements de « Neuroticism » (Névrosisme). Les premiers utilisateurs ayant un diagnostic psychiatrique montrent une réduction plus importante du « Neuroticism » standardisé, ce qui est cliniquement pertinent dans le contexte de la thérapie psychédélique.
L’étude souligne l’importance des données longitudinales en “monde réel” pour compléter les essais cliniques et recommande des suivis répétés, l’intégration de mesures de la qualité et de l’intensité de l’expérience, ainsi qu’une meilleure différenciation entre le changement de trait et les changements d’état temporaires dans les futures recherches.
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