L’étude observe que les attentes influencent fortement les expériences des participants aux essais cliniques, contribuant aux effets placebo qui compliquent l’interprétation des résultats. Bien qu’il existe des outils quantitatifs pour mesurer les attentes, leur nature subjective et multidimensionnelle, particulièrement chez les individus atteints de dépression résistante au traitement (DRT), reste sous-explorée.
Pour cette recherche, dix-sept entretiens semi-structurés sont menés avec des individus avant le dépistage pour deux essais cliniques sur la DRT impliquant de la 5-MeO-DMT ou de la psilocybine dans un hôpital universitaire allemand. Deux entretiens de suivi correspondants sont également réalisés après la participation à l’essai. Les données sont analysées thématiquement afin d’identifier les thèmes et sous-thèmes principaux.
Deux thèmes principaux émergent : les motivations et les attentes, chacun comportant quatre sous-thèmes. Les motivations incluent l’espoir, la démoralisation, l’expérience psychédélique antérieure et la motivation sociale. Les attentes concernent la réduction anticipée des symptômes, les mécanismes de changement perçus pendant l’expérience psychédélique, le rôle du cadre et les attentes rétrospectives. De nombreux participants perçoivent la participation à l’essai comme un dernier recours en raison d’une maladie chronique et d’échecs de traitement antérieurs. Dans deux cas, des récits rétrospectifs suggèrent que des attentes initialement prudentes sont réinterprétées comme plus fortes après la participation.
L’étude conclut que les attentes dans les essais psychédéliques sont complexes et peuvent évoluer avec le temps. Ces résultats soulignent la nécessité d’aborder systématiquement les attentes dans la conception des essais, le consentement éclairé et l’interprétation des résultats cliniques, en particulier chez les populations résistantes au traitement.
L’étude vise à explorer les motivations et les attentes des participants aux essais cliniques utilisant des substances psychédéliques.
Elle cherche à comprendre les motivations et les attentes des individus atteints de dépression résistante au traitement (DRT) qui envisagent de participer à deux essais cliniques psychédéliques, en considérant ces aspects de manière prospective et rétrospective.
- Conception de l’étude : L’étude est qualitative et utilise une approche descriptive avec une analyse thématique réflexive. Elle adhère aux critères consolidés pour la communication des études qualitatives (COREQ-32).
- Participants : Dix-sept entretiens semi-structurés sont menés avec des individus potentiellement éligibles pour deux essais cliniques sur la dépression résistante au traitement (DRT). Seulement trois de ces participants prennent part à un essai psychédélique, et deux sont disponibles pour un entretien de suivi post-essai.
- Substances étudiées : Les essais cliniques impliquent l’utilisation de la 5-MeO-DMT ou de la psilocybine.
- Collecte de données : Les entretiens pré-essai durent en moyenne 13 minutes (7-20 min) et les entretiens post-essai 37,5 minutes (32-43 min). Les entretiens sont audio-enregistrés, transcrits mot pour mot et vérifiés.
- Analyse des données : L’analyse thématique réflexive, suivant les étapes de Braun et Clarke (2006), est employée. 137 codes inductifs sont générés, regroupés en 39 codes de niveau supérieur, puis organisés en thèmes et sous-thèmes.
- Considérations éthiques : L’étude est approuvée par la commission d’éthique de la Charité (EA4/008/24) et respecte la Déclaration d’Helsinki. Un consentement éclairé écrit est obtenu de tous les participants.
- Deux thèmes principaux émergent de l’analyse thématique : les motivations pour la participation aux essais cliniques psychédéliques et les attentes concernant ces essais.
- Motivations pour la participation :
- L’espoir : Les participants sont motivés par un sentiment d’espoir, souvent en lien avec des expériences antérieures avec la psychothérapie ou des substances psychédéliques, et perçoivent l’essai comme un dernier recours pour leur maladie chronique. Ils expriment un optimisme quant à la nature perçue “naturelle” des substances et le sentiment de sécurité offert par le cadre médical. L’étude note un désir de soulagement de l’émoussement émotionnel associé aux antidépresseurs (ISRS).
- La démoralisation : Une souffrance chronique due à la dépression résistante au traitement (DRT) et une histoire d’échecs thérapeutiques antérieurs, aggravés par les effets secondaires et les symptômes de sevrage, motivent également les participants. Ils décrivent l’anhédonie, le désespoir et le retrait social.
- Les expériences psychédéliques antérieures : Les expériences passées, qu’il s’agisse d’utilisation récréative, à des fins thérapeutiques, de microdosage ou d’auto-administration, constituent un facteur de motivation. Certains participants expriment toutefois une déception suite à des essais antérieurs avec la psilocybine en raison du manque de suivi post-essai.
- La motivation sociale : Le soutien de l’entourage, y compris la famille et les amis, influence la décision de participer, bien que les points de vue au sein des réseaux sociaux ne soient pas toujours uniformes, et certains participants signalent avoir fait l’objet de stigmatisation.
- Attentes concernant les essais psychédéliques :
- La réduction des symptômes : L’attente principale est un soulagement des symptômes persistants. Cependant, les participants n’anticipent pas une “guérison” immédiate, mais plutôt de “petits changements” ou un “changement fondamental”/”une percée”. L’étude observe une gestion active des attentes, avec une minimisation des espoirs pour se protéger contre une potentielle déception.
- Les mécanismes de changement : Les attentes concernant les mécanismes de changement sont diverses, allant de la “mort de l’ego” et du sentiment de connexion à soi ou au monde, à la confiance, aux explications neurobiologiques (connectivité cérébrale améliorée) et aux processus psychologiques (traitement des traumatismes, catharsis émotionnelle).
- Les thérapeutes et le cadre : Des attentes fortes sont exprimées concernant un cadre professionnel, sûr et soutenant, les thérapeutes étant perçus comme un élément central. La confiance envers les thérapeutes est jugée essentielle pour atténuer l’anxiété et l’incertitude face au traitement expérimental. Le cadre thérapeutique est vu comme un “environnement de soutien”.
- Évolution des attentes : Des entretiens de suivi avec deux participants après l’essai suggèrent une réinterprétation rétrospective des attentes initialement prudentes comme des espoirs plus importants de bénéfice, indiquant que des attentes non exprimées peuvent masquer des espoirs plus substantiels.
L’étude met en évidence que les attentes dans les essais psychédéliques sont complexes et peuvent évoluer au fil du temps. Ces résultats soulignent la nécessité d’aborder systématiquement les attentes dans la conception des essais cliniques, le processus de consentement éclairé et l’interprétation des résultats cliniques, particulièrement pour les populations atteintes de dépression résistante au traitement.
Les motivations principales des participants découlent de la chronicité de leur condition et des échecs de traitement antérieurs, les psychédéliques offrant un nouvel espoir. Les attentes des participants sont nuancées, ne se limitant pas à l’idée d’une “pilule magique”, et reflètent une diversité de “théories populaires” sur les mécanismes de changement (neurobiologiques, psychologiques, existentiels). Cette hétérogénéité suggère la nécessité d’une approche thérapeutique flexible et centrée sur le patient.
Les résultats soulignent également la centralité du “set et setting”, le cadre étant perçu comme un filet de sécurité médicalisé et une construction relationnelle basée sur la confiance envers les thérapeutes. Cette confiance interpersonnelle est considérée comme une condition préalable à l’engagement thérapeutique.
L’étude révèle que les patients gèrent activement leurs attentes, parfois en les minimisant pour se prémunir contre la déception. Il est crucial que le processus de consentement éclairé soit approfondi pour prévenir les attentes irréalistes et les “idées fausses thérapeutiques”, notamment en abordant les “attentes désavouées”.
Les recherches futures devraient viser à étudier systématiquement la corrélation entre les types d’attentes (explicites et implicites) ou leur congruence avec l’expérience vécue, et les résultats cliniques. Le développement et la validation d’un instrument psychométrique pour mesurer les attentes dans les essais psychédéliques sont également suggérés pour quantifier ces attentes et faciliter les comparaisons entre les cohortes.
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