Le document explore l’histoire de l’étude des expériences mystiques, depuis les travaux pionniers de William James jusqu’aux développements contemporains. Il souligne le débat persistant autour de la notion d’un “noyau commun” aux expériences mystiques et la résurgence de l’intérêt pour ce domaine grâce aux recherches sur les substances psychédéliques.
L’étude met en évidence la corrélation entre les expériences mystiques induites par les psychédéliques et des résultats thérapeutiques positifs, notamment en matière de dépression, d’anxiété et de dépendance. Les recherches neuroscientifiques, utilisant l’EEG et l’IRMf, révèlent que les psychédéliques augmentent la complexité de Lempel-Ziv et réduisent la modularité cérébrale.
Ces découvertes ont inspiré l’hypothèse du cerveau entropique (EBH), qui postule que les psychédéliques augmentent l’entropie des états cérébraux canoniques, influençant la prévisibilité du traitement de l’information dans le cerveau. L’EBH, intégrée au modèle ReBUS, propose une explication mécaniste des effets subjectifs et thérapeutiques des psychédéliques, suggérant qu’ils peuvent libérer l’esprit des schémas rigides caractéristiques de la psychopathologie.
Cependant, le document reconnaît également les critiques conceptuelles et empiriques à l’égard de l’EBH, notamment l’absence d’une définition consensuelle de l’« entropie » et le manque de convergence dans les mesures utilisées en neuroimagerie.
Ce numéro spécial vise à déterminer si et comment le concept d’« entropie » offre une perspective utile pour l’étude scientifique des expériences mystiques. Il cherche à répondre à plusieurs questions fondamentales.
Premièrement, il explore la nature des expériences mystiques elles-mêmes. Deuxièmement, l’étude s’interroge sur la définition de l’entropie au niveau cérébral ou mental. Troisièmement, elle examine comment la notion d’« entropie » peut être employée pour caractériser les expériences mystiques à travers diverses traditions religieuses. Enfin, elle aborde la question de la mesure de l’entropie d’une expérience.
- Organisation des contributions : Les articles du numéro spécial sont structurés selon une progression délibérée, allant de la critique à la clarification conceptuelle, en passant par la continuité et la classification, les explications mécanistiques, et enfin des cadres plus larges qui mettent en avant le contexte et la participation.
- Approches thématiques : Les contributions explorent si le concept d’« entropie » peut servir de pont conceptuel entre les traditions mystiques et la science des psychédéliques et de la méditation.
- Diversité des perspectives : Les auteurs adoptent des points de vue variés sur l’« entropie », certains la critiquant comme concept explicatif trop général, d’autres l’intégrant dans des modèles de “déstabilisation → réorganisation” ou comme un élément d’incertitude dans les cadres d’apprentissage.
- Nature des expériences mystiques : Les études examinent si les expériences mystiques sont des phénomènes distincts ou si elles s’inscrivent dans un continuum avec des expériences quotidiennes de connexion et d’unité.
- Modèles explicatifs : Certaines recherches proposent des explications mécanistiques et multi-niveaux des expériences mystiques induites par les psychédéliques, tandis que d’autres privilégient des approches participatives et basées sur la pratique.
- Approche anti-essentialiste : Un large consensus se dégage en faveur d’une explication anti-essentialiste et multifactorielle de l’« entropie » et de l’« expérience mystique ».
- Changement de structure du soi et du monde : La plupart des articles s’accordent sur l’idée que les expériences mystiques impliquent une modification de la structure ou de la compréhension du soi et du monde, souvent décrite comme une réorganisation, une intégration ou un changement de type “insight”, adoptant ainsi une approche processuelle.
- Rôle de l’entropie : L’étude met en évidence le rôle de l’« entropie » dans un processus de déstabilisation ou d’incertitude, menant à une re-stabilisation ou une intégration.
- Divergences sur la définition de l’entropie : Il existe des divergences quant au rôle précis de l’« entropie » dans les explications, certains la considérant comme une partie d’un schéma de “déstabilisation → réorganisation”, d’autres comme une incertitude pertinente dans un cadre d’apprentissage, et certains suggérant même de dépasser cette notion.
- Nature des expériences mystiques : Les contributions divergent également sur la nature des expériences mystiques ; certaines soulignent des différences graduelles et une continuité avec les expériences quotidiennes, tandis que d’autres évoquent une hétérogénéité ou l’importance des pratiques socio-matérielles dans la définition de leur “caractère spécial”.
- Modèle pluraliste : Une ouverture générale à un modèle pluraliste est observée, cherchant à relier la phénoménologie, la psychologie, la dynamique cerveau/corps et le cadre socioculturel plutôt que de tout réduire à un seul niveau d’analyse.
Le document souligne la nécessité d’une plus grande précision et clarté dans les définitions des termes clés, en particulier l’« entropie », pour distinguer son usage métaphorique de celui de construct testable. Il suggère que la recherche future doit clarifier si les expériences mystiques se situent sur un continuum avec les expériences quotidiennes, si elles appartiennent à une catégorie plus large (tels que les événements de réalisation ou d’insight), ou si elles constituent un ensemble hétérogène nécessitant une sous-catégorisation.
Les approches axées sur la “continuité” des expériences mystiques doivent développer un modèle “paysage” cohérent qui spécifie les changements graduels (par exemple, l’étendue de la réorganisation) et qualitatifs (par exemple, la dissolution des frontières du soi). Il est également impératif d’adopter une perspective dynamique et temporelle pour évaluer les transitions de phase, car les expériences mystiques ne sont pas des états statiques.
L’étude insiste sur l’intégration du contexte dans l’explication causale de l’expérience et sur le développement de modèles reliant différents niveaux d’analyse (le cerveau, l’agent incarné, l’agent dans son environnement, ou le réseau/pratique plus large) sans réductionnisme. Enfin, il est crucial d’expliciter le “système” modélisé et de démontrer comment les conclusions évoluent en fonction de l’unité d’analyse choisie.
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