Aller au contenu
Psychédélique(s) étudié(s) : Ayahuasca, DMT
Publiée le 31 janvier 2026
Type : Essai clinique
Auteurs : Carla Soares, Gisela Lima, Marta Teixeira, Rebeca André, Patrícia Rijo, Célia Cabral, Miguel Castelo-Branco
Résumé :

Cette étude de pharmaco-imagerie examine les effets de l’ayahuasca sur une région clé de la théorie de l’esprit, le sillon temporal supérieur postérieur (pSTS), qui est au cœur de la troisième voie visuelle et impliqué dans la perception sociale. L’étude est menée sur douze participants en bonne santé dans le cadre d’un protocole croisé avec trois conditions : un placebo et deux doses d’ayahuasca (correspondant à 0.5 mg/kg de DMT et 0.8 mg/kg de DMT). L’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) au repos est utilisée pour évaluer la connectivité fonctionnelle et effective du pSTS.

Les résultats indiquent que la dose la plus élevée augmente de manière significative la connectivité du pSTS droit et la modulation dirigée depuis les cortex visuels et les régions des neurones miroirs (cortex moteur supplémentaire). Sur le plan subjectif, cet état cognitif social amélioré montre une forte corrélation positive entre la connectivité pSTS-cortex moteur supplémentaire et les expériences de prise de perspective. De plus, bien que les effets aigus soient minimes, l’ayahuasca produit des effets psychologiques positifs une semaine après l’administration, notamment une amélioration perçue des relations sociales.

Les conclusions révèlent un nouveau mécanisme d’action des substances psychédéliques agissant sur les premières étapes du traitement de l’information sociale, avec une intégration accrue entre la troisième voie visuelle et les systèmes de neurones miroirs. Le pSTS apparaît comme un hub critique, offrant une base pour comprendre les effets thérapeutiques pro-sociaux de l’ayahuasca.

Objectif :

L’étude vise à combler les lacunes dans la compréhension des effets de l’ayahuasca sur les réseaux de la cognition sociale. Spécifiquement, elle examine les effets dose-dépendants de l’ayahuasca sur la connectivité d’une sous-région clé de la théorie de l’esprit, le sillon temporal supérieur postérieur (pSTS).

Les chercheurs investiguent comment différentes doses d’ayahuasca modulent la connectivité fonctionnelle et effective du pSTS, et comment ces changements de connectivité sont corrélés avec les rapports subjectifs sur la cognition sociale.

Méthodologie :
  • Type d’étude : Il s’agit d’une étude croisée, randomisée et en double aveugle pour la plus faible dose et le placebo, et en simple aveugle pour la plus haute dose.
  • Participants : L’étude inclut 12 volontaires sains (4 femmes, 8 hommes ; âge moyen de 40 ± 6,6 ans) ayant une expérience préalable de consommation d’ayahuasca (minimum de cinq expériences).
  • Intervention : Chaque participant reçoit trois administrations distinctes, séparées par des périodes de sevrage de un à deux mois : un placebo, une faible dose d’ayahuasca (0.5 mg/kg de DMT) et une forte dose d’ayahuasca (0.8 mg/kg de DMT).
  • Collecte de données : 40 minutes après l’administration, des données d’IRMf au repos sont acquises pour une durée de 50 minutes.
  • Mesures : L’étude évalue la connectivité fonctionnelle et effective (via l’analyse de causalité de Granger) du pSTS. Les expériences subjectives et la cognition sociale sont mesurées à l’aide de plusieurs échelles : le Multifaceted Empathy Test (MET), les Visual Analog Scales (VAS), l’Hallucinogen Rating Scale (HRS) et le Persisting Effects Questionnaire (PEQ) une semaine après.
Résultats principaux :
  • Connectivité fonctionnelle : La plus forte dose d’ayahuasca (0.8 mg/kg de DMT) augmente significativement la connectivité fonctionnelle entre le pSTS droit et deux clusters cérébraux : un cluster visuel (cortex intracalcarin bilatéral et gyrus lingual) et le cortex moteur supplémentaire droit (SMC).
  • Connectivité effective : L’analyse de causalité de Granger révèle une modulation dirigée significative du pSTS droit par les aires visuelles V1/V2 (influence ascendante, ‘bottom-up’) et par le SMC droit (influence descendante, ‘top-down’).
  • Corrélation neuro-phénoménologique : Une forte corrélation positive est observée entre la force de la connectivité pSTS-SMC et les scores subjectifs de prise de perspective (item ‘je me suis mis à la place des autres’).
  • Mesures subjectives et comportementales : L’ayahuasca ne modifie pas les scores d’empathie (MET) mais réduit les temps de réaction. Les états de cognition sociale subjectifs (VAS) augmentent de manière dose-dépendante durant le scan.
  • Effets persistants : Bien que les effets psychédéliques aigus soient minimes (HRS), des effets positifs significatifs sur les attitudes, l’humeur, les relations sociales et le comportement sont rapportés une semaine après la session avec la dose la plus élevée (PEQ).
Implications cliniques :

Cette étude démontre que l’ayahuasca module le traitement de l’information au sein du ‘cerveau social’ en altérant les premières étapes de la cognition sociale. Les résultats suggèrent un mécanisme par lequel l’ayahuasca améliore l’intégration entre la troisième voie visuelle (traitement ‘bottom-up’ des signaux sociaux) et le système des neurones miroirs (simulation ‘top-down’ incarnée des actions et perspectives d’autrui).

Le pSTS est identifié comme un hub central intégrant ces processus ascendants et descendants. Cette modulation de la connectivité neuronale pourrait sous-tendre les effets pro-sociaux et thérapeutiques de l’ayahuasca. La dissociation entre des effets aigus minimes et des bénéfices persistants significatifs suggère que les changements post-aigus pourraient résulter de mécanismes distincts, tels que des altérations durables de la connectivité ou des processus d’intégration psychologique.

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

Retour en haut
Rechercher