Cette étude examine le paysage politique canadien concernant l’accès aux thérapies psychédéliques pour la souffrance psychologique en fin de vie. Malgré des preuves scientifiques croissantes et un intérêt public, les politiques canadiennes restent restrictives.
L’analyse, basée sur des entretiens avec 51 parties prenantes et des documents officiels, explore les obstacles et les facilitateurs de l’accès à ces interventions. Les résultats indiquent que la détresse de fin de vie est insuffisamment traitée par les options actuelles et que les thérapies psychédéliques sont considérées comme une option potentielle, bien que les preuves soient encore limitées et que les avis sur leur sécurité et leur pertinence divergent.
La réglementation fédérale actuelle offre un accès limité, marqué par des changements progressifs et une prudence politique. Des efforts provinciaux en Alberta et au Québec montrent des avancées. Des facteurs sociopolitiques, notamment le processus judiciaire et le marché clandestin, influencent de manière significative l’élaboration des politiques. Bien qu’une convergence partielle des flux de problèmes, de politiques et de politique soit observée, des obstacles politiques importants demeurent.
L’étude vise à combler les lacunes dans la connaissance du paysage politique canadien concernant les interventions psychédéliques en fin de vie. Elle explore les perspectives des principales parties prenantes canadiennes sur les problèmes, les politiques et la dynamique politique entourant l’accès aux interventions psychédéliques thérapeutiques (IPT) pour soulager la détresse de fin de vie.
Plus spécifiquement, elle examine les barrières et les facilitateurs d’accès dans ce contexte, afin d’éclairer le processus d’établissement de l’agenda politique au Canada et d’offrir des perspectives utiles à d’autres juridictions confrontées à des enjeux similaires.
- Conception de l’étude : L’étude utilise une conception de recherche qualitative exploratoire, s’appuyant sur le cadre des flux multiples (Multiple Streams Framework) de Kingdon pour analyser la mise à l’agenda politique.
- Participants : Le recrutement s’effectue par échantillonnage raisonné et par boule de neige auprès de 51 parties prenantes à travers le Canada. Celles-ci proviennent de six groupes clés : cliniciens-chercheurs (47%), prestataires de soins spirituels (14%), représentants de l’industrie (12%), experts en politiques et droit (10%), patients atteints d’une maladie mortelle (10%), et autres (éthiciens, historien) (8%).
- Collecte des données : Des entretiens semi-structurés d’environ 60 minutes sont menés entre juin 2022 et février 2024. Les données sont complétées par des documents juridiques et des communications gouvernementales fournis par les participants.
- Analyse des données : Une analyse thématique réflexive en six phases est appliquée aux transcriptions des entretiens et aux données textuelles, avec l’aide du logiciel NVivo 14 pour la gestion des données.
- Problème de la détresse en fin de vie : Les parties prenantes décrivent la détresse de fin de vie comme une souffrance existentielle profonde, souvent mal prise en charge par les soins palliatifs actuels, ce qui fait des substances psychédéliques une option prometteuse mais dont la base de données probantes est encore en développement.
- Obstacles à l’accès fédéral : La voie d’accès fédérale, via le Programme d’Accès Spécial (PAS), est perçue comme bureaucratique, lourde pour les prescripteurs et les patients, et place le gouvernement dans un rôle de “gardien” (“gatekeeper”) inapproprié.
- Lacunes de la réglementation provinciale (Alberta) : Bien que pionnière, la réglementation de l’Alberta est critiquée car elle ne résout pas le problème fondamental de l’accès aux substances (qui reste fédéral) et désigne les psychiatres comme seuls directeurs médicaux, limitant la main-d’œuvre.
- Influence du marché clandestin : Un marché clandestin important existe en réponse aux barrières légales, ce qui exerce une pression pour une réforme politique, similaire à la situation du cannabis avant sa légalisation.
- Solutions proposées : Les participants suggèrent de s’inspirer des réglementations sur le cannabis médical pour un cadre plus flexible, d’utiliser l’Aide Médicale à Mourir (AMM) comme point d’ancrage pour appliquer le principe de proportionnalité (équilibre risques/bénéfices), et de tirer les leçons des initiatives provinciales.
- Facteurs politiques : Le paysage politique est caractérisé par la prudence et une résistance au changement. Le gouvernement fédéral adopte une position axée sur les essais cliniques. Le système judiciaire est identifié comme un levier essentiel pour faire évoluer les politiques, comme ce fut le cas pour d’autres questions sociétales. Les organismes professionnels et les assureurs restent largement silencieux sur le sujet.
L’analyse suggère qu’une “fenêtre d’opportunité” pour un changement de politique significatif au niveau fédéral n’est pas encore ouverte. La convergence entre les flux de problèmes, de politiques et de politique reste partielle, principalement en raison d’un climat politique prudent et de la taille limitée de la population de patients concernée.
Pour surmonter les obstacles restants, l’étude indique la nécessité de plusieurs actions : obtenir des données d’essais cliniques plus robustes, renforcer le plaidoyer, impliquer davantage les organismes de réglementation professionnels et utiliser les mécanismes judiciaires pour créer un environnement politique plus réceptif. Les développements provinciaux progressifs pourraient stimuler un changement ascendant. L’expérience canadienne, avec ses cadres basés sur les droits pour l’AMM et le cannabis médical, offre des leçons importantes sur la manière dont le changement politique dépend de l’alignement entre les preuves scientifiques, le plaidoyer, l’opportunité politique et la pression publique.
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