Les substances psychédéliques altèrent profondément l’expérience subjective et la dynamique cérébrale. L’étude examine les effets de la N,N-Diméthyltryptamine (la DMT) sur la criticité des oscillations cérébrales et sa relation avec l’expérience subjective chez des participants humains des deux sexes. Les résultats indiquent que la DMT éloigne la dynamique des oscillations cérébrales de la criticité dans les bandes de fréquences alpha et adjacentes. Dans ce contexte, l’entropie augmente tandis que la complexité diminue.
Il est constaté que les changements de criticité observés dans les bandes thêta et alpha sont corrélés à l’intensité des évaluations de la dissolution du soi, une caractéristique de l’expérience psychédélique. Enfin, en utilisant une mesure récemment développée, le ratio fonctionnel excitateur-inhibiteur, l’étude révèle que le changement de criticité induit par la DMT dans les oscillations cérébrales se dirige vers des régimes subcritiques. Ces découvertes ont des implications majeures pour la compréhension neuronale du soi et des psychédéliques, ainsi que pour les bases neurologiques des états de conscience altérés.
L’étude vise à quantifier les marqueurs de criticité dans les données EEG pour déterminer les effets de la DMT sur les oscillations cérébrales. L’objectif principal est d’examiner comment ces changements neurologiques sont liés à l’expérience subjective de la dissolution du soi, un effet caractéristique des substances psychédéliques à haute dose. L’étude cherche également à déterminer la directionnalité de ce changement de criticité, c’est-à-dire si le cerveau évolue vers un état subcritique (dominé par l’inhibition) ou supercritique (dominé par l’excitation).
- Participants : L’étude combine les données EEG de deux études antérieures contrôlées par placebo, résultant en un échantillon final de 27 participants en bonne santé (12 femmes, âge moyen = 34,1 ans).
- Protocole expérimental : Il s’agit d’une conception d’étude en simple aveugle et intra-sujet. Les participants ont reçu soit du fumarate de DMT par voie intraveineuse (principalement 20 mg), soit un placebo (solution saline) lors de visites distinctes.
- Collecte de données : Des enregistrements EEG ont été réalisés avant l’administration (baseline) et pendant 20 minutes après. Après la dissipation des effets, les participants ont rempli des questionnaires et des échelles visuelles analogiques (EVA) pour évaluer leur expérience subjective.
- Analyses : Les chercheurs utilisent l’analyse des fluctuations sans tendance (Detrended Fluctuation Analysis, DFA) pour mesurer les corrélations temporelles à longue portée (LRTC), un indicateur de la proximité de la criticité. Ils emploient également le ratio fonctionnel excitateur/inhibiteur (fE/I) pour distinguer les régimes subcritiques des régimes supercritiques. Des analyses de corrélation de Pearson sont effectuées pour lier les mesures EEG aux évaluations subjectives de la dissolution du soi.
- Changement de criticité : La DMT induit une diminution significative de l’exposant DFA dans les bandes de fréquence thêta, alpha et bêta, ce qui indique que la dynamique cérébrale s’éloigne de la criticité. Cette modification se traduit par une augmentation de l’entropie et une réduction de la complexité du signal neuronal.
- Direction du changement : L’analyse du ratio fE/I montre que ce changement s’effectue en direction de régimes subcritiques, particulièrement prononcé dans les bandes alpha et bêta au niveau des électrodes pariétales et occipitales.
- Corrélation avec l’expérience subjective : Une corrélation statistiquement significative est observée entre l’ampleur du déplacement hors de la criticité (diminution du DFA) dans les bandes thêta et alpha et l’intensité de l’expérience de dissolution du soi rapportée par les participants.
Cette étude fournit des informations nouvelles sur les mécanismes d’action de la DMT. Elle montre que la substance déplace les oscillations cérébrales dominantes, notamment alpha, vers un état subcritique plus silencieux, caractérisé par une entropie accrue mais une complexité réduite. Ce changement neurologique est directement corrélé à l’intensité de la disruption du sens du soi.
Ces résultats suggèrent qu’un affaiblissement des corrélations temporelles à longue portée (LRTCs) dans les bandes alpha pourrait être un corrélat neuronal de la dissolution du flux de pensée cohérent et auto-référentiel. Ces découvertes ont des implications importantes pour la compréhension des bases neuronales du soi et des états de conscience modifiés, tout en affinant des modèles théoriques comme l’hypothèse du ‘cerveau entropique’.
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