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Psychédélique(s) étudié(s) : Psilocybine
Publiée le 22 janvier 2026
Type : Etude préclinique
Auteurs : Nicholas S. Gregory, Tyler E. Girard, Akila Ram, Austen B. Casey, Robert C. Malenka, Vivianne L. Tawfik, Boris D. Heifets
Résumé :

La psilocybine, une substance psychédélique, pourrait avoir des effets thérapeutiques durables chez les patients souffrant de syndromes de douleur chronique. Certaines données précliniques suggèrent que ces bénéfices potentiels découlent d’effets analgésiques directs ; cependant, cette possibilité n’a pas été testée de manière approfondie dans des modèles précliniques.

Cette étude évalue les propriétés analgésiques d’une exposition unique à la psilocybine à des moments aigus et chroniques dans la douleur inflammatoire induite par l’Adjuvant Complet de Freund, un modèle de douleur neuropathique par lésion du nerf épargné, et la douleur musculaire induite par l’acide chez la souris.

À travers ces modèles, les auteurs testent une gamme de doses (0.3, 2, et 10 mg/kg i.p.) chez des souris mâles et femelles en utilisant plusieurs tests comportementaux qui évaluent les aspects sensoriels (von Frey, plaque froide, Hargreaves, préférence de place thermique, seuil de retrait musculaire) et fonctionnels (enfouissement de billes) de la douleur. Ils examinent également les effets de la psilocybine sur la dimension affective de la douleur dans un modèle chirurgical de douleur aiguë (échelle de grimace de la souris).

À l’exception de la sensibilité au froid, l’étude ne trouve aucun effet de la psilocybine, quels que soient les modèles de douleur, les tests comportementaux, les doses ou le sexe. La réduction apparente de la sensibilité au froid pourrait s’expliquer par une hypothermie profonde induite par la psilocybine plutôt que par une véritable analgésie.

Objectif :

L’étude vise à évaluer l’activité analgésique (antinociceptive) d’une dose unique de psilocybine à travers une série d’expériences in vivo chez la souris.

Les chercheurs cherchent à déterminer si les effets analgésiques potentiels de la psilocybine, suggérés par des études antérieures, se généralisent à des modèles de douleur standards chez la souris, incluant la douleur inflammatoire, neuropathique et musculo-squelettique. L’objectif est d’examiner ces effets sur les dimensions sensorielle, fonctionnelle et affective de la douleur, en testant plusieurs doses chez des souris mâles et femelles, à des moments aigus et chroniques.

Méthodologie :
  • Participants : L’étude est menée sur des souris C57BL/6J de type sauvage, mâles et femelles.
  • Substances administrées : De la psilocybine est administrée par injection intrapéritonéale (i.p.) à des doses de 0.3, 2, et 10 mg/kg. Les effets sont comparés à ceux de la morphine (10 mg/kg) et de la buprénorphine (1 mg/kg).
  • Modèles de douleur : Trois modèles de douleur chronique sont utilisés : 1) douleur inflammatoire induite par l’Adjuvant Complet de Freund (ACF) ; 2) douleur neuropathique par lésion du nerf épargné (Spared Nerve Injury – SNI) ; 3) douleur musculaire induite par l’acide (AIMP). Un modèle de douleur chirurgicale aiguë (laparotomie) est également employé.
  • Tests comportementaux : Une batterie de tests est utilisée pour évaluer différentes dimensions de la douleur : la sensibilité mécanique (test de von Frey), la sensibilité thermique (test de Hargreaves), la sensibilité au froid (test de la plaque froide), les aspects fonctionnels (test d’enfouissement de billes) et affectifs (échelle de grimace de la souris).
  • Mesures physiologiques : L’activité pharmacologique de la psilocybine est confirmée par la mesure de la réponse de secousse de la tête (Head Twitch Response – HTR), un indicateur de l’activité du récepteur 5-HT2A. La température corporelle est également mesurée à l’aide d’une caméra thermique.
Résultats principaux :
  • Activité pharmacologique : La psilocybine démontre une activité physiologique dose-dépendante, confirmée par une augmentation des secousses de la tête (HTR) et une diminution des comportements d’exploration, attestant de son action sur le système nerveux central.
  • Absence d’effet analgésique : La psilocybine ne montre aucun effet analgésique immédiat ou prolongé, que ce soit sur les mesures de douleur réflexive, fonctionnelle ou affective. Contrairement aux opioïdes de référence (morphine, buprénorphine), elle n’atténue pas l’hypersensibilité mécanique ou thermique dans les trois modèles de douleur (inflammatoire, neuropathique, musculo-squelettique).
  • Effet sur la sensibilité au froid et hypothermie : Une réduction de la sensibilité au froid est observée. Cependant, les résultats montrent que la psilocybine provoque une hypothermie dose-dépendante significative. Les souris traitées préfèrent les surfaces plus chaudes, ce qui suggère que la réduction de la sensibilité au froid est un artefact de la dysrégulation thermique plutôt qu’un effet analgésique réel.
Implications cliniques :

Les résultats de cette étude préclinique suggèrent que la psilocybine, dans les conditions testées, n’exerce pas d’effets analgésiques directs mesurables chez la souris. Ces conclusions limitent la généralisation des résultats positifs rapportés dans d’autres études précliniques et indiquent que les bénéfices potentiels de la psilocybine pour la douleur chronique chez l’humain pourraient provenir de mécanismes autres qu’une simple action analgésique, comme des effets sur l’humeur ou l’anxiété.

Les auteurs soulignent que l’hypothermie induite par la psilocybine constitue un facteur confondant majeur qui doit être attentivement contrôlé dans les futures études comportementales animales. Cet effet pourrait expliquer certaines observations d’analgésie précédemment rapportées.

Enfin, l’étude met en lumière les limites des modèles murins pour étudier l’efficacité thérapeutique des substances psychédéliques. Les dimensions complexes de l’expérience humaine qui influencent la perception de la douleur sont difficilement transposables à l’animal. Les auteurs recommandent de concentrer les recherches futures sur des essais cliniques rigoureux chez l’humain pour élucider ces effets nuancés.

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

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