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Psychédélique(s) étudié(s) : DMT
Publiée le 21 mars 2025
Type : Etude expérimentale
Auteurs : Evan Lewis-Healey, Carla Pallavicini, Federico Cavanna, Tomas D'Amelio, Laura Alethia De La Fuente, Debora Copa, Stephanie Müller, Nicolas Bruno, Enzo Tagliazucchi, Tristan Bekinschtein
Résumé :

La N,N-Diméthyltryptamine (DMT) est une substance psychédélique à action rapide qui induit une réorganisation radicale des contenus conscients et des dynamiques cérébrales. Cependant, la compréhension de la manière dont les dynamiques cérébrales soutiennent les états de conscience induits par les psychédéliques reste incomplète. Cette étude présente une analyse dose-dépendante en mesures répétées des dynamiques subjectives et neuronales induites par la DMT dans des conditions naturalistes.

Dix-neuf participants reçoivent soit une dose de 20mg, soit une de 40mg de DMT sous forme de base libre au cours de deux sessions, dans un ordre contrebalancé et en aveugle. Les données d’électroencéphalographie (EEG) et les mesures temporelles de l’expérience subjective (Temporal Experience Tracing) sont collectées. Les deux doses de DMT induisent des changements rapides dans les dimensions de l’expérience, la dose de 40mg provoquant des hallucinations visuelles plus extrêmes et des expériences émotionnellement plus intenses. De manière surprenante, la complexité de Lempel-Ziv, précédemment considérée comme un corrélat phénoménologique robuste de l’état psychédélique, se révèle être le marqueur neuronal le moins fortement associé. Ces résultats suggèrent que la relation entre la complexité neuronale et la phénoménologie dans les états psychédéliques est moins claire qu’on ne le supposait initialement.

Objectif :

L’étude vise à combler une lacune dans la recherche concernant l’application de modèles phénoménologiques complexes et quantitatifs pour analyser les expériences dynamiques induites par la DMT. En utilisant une méthodologie appelée Temporal Experience Tracing (TET) associée à l’électroencéphalographie (EEG), les auteurs cherchent à mieux cartographier la relation entre les dynamiques de l’expérience subjective et les dynamiques neuronales sous l’influence de la DMT.

Méthodologie :
  • Participants : 19 participants (17 hommes, âge moyen 34.6 ± 5 ans) ayant une expérience préalable avec la DMT (4.7 ± 5 expériences).
  • Conception de l’étude : L’étude utilise un protocole en mesures répétées, en aveugle et contrebalancé. Chaque participant prend part à deux sessions, recevant une dose de 20mg ou de 40mg de DMT en base libre inhalée.
  • Collecte des données : Les données sont recueillies dans des conditions naturalistes pour favoriser une expérience détendue et minimiser les artefacts liés au stress.
  • Mesures neuronales : L’activité cérébrale est enregistrée à l’aide d’un électroencéphalogramme (EEG).
  • Mesures subjectives : L’expérience subjective est suivie de manière continue à l’aide de la méthode Temporal Experience Tracing (TET), où les participants tracent rétrospectivement l’intensité de 15 dimensions de leur expérience au fil du temps.
Résultats principaux :
  • Effets de la dose : La dose de 40mg de DMT induit des expériences subjectivement plus intenses que la dose de 20mg, notamment pour les dimensions d’imagerie visuelle (élémentaire et complexe), l’intensité générale et la perception de soi (Selfhood). La dose la plus élevée produit des différences plus marquées par rapport à l’état de repos pour la plupart des dimensions pendant au moins trois minutes.
  • Corrélats neurophénoménologiques : Les dimensions de l’expérience subjective sont le plus fortement associées aux marqueurs de la puissance oscillatoire alpha (association négative, sauf pour les expériences de valence positive) et de l’entropie de permutation (association positive).
  • Complexité de Lempel-Ziv (LZ) : Contrairement aux hypothèses et aux études précédentes, la complexité de Lempel-Ziv (LZ) est le marqueur neuronal le moins performant, montrant des associations faibles et majoritairement non significatives avec les dimensions de l’expérience psychédélique.
  • Puissance delta oscillatoire : L’étude trouve peu de puissance oscillatoire dans la bande delta. Bien que la puissance delta relative (calculée de manière traditionnelle) montre des associations avec la phénoménologie, les auteurs soutiennent que cela pourrait refléter des changements apériodiques à large bande plutôt qu’une augmentation de l’activité oscillatoire delta rythmique.
Implications cliniques :

L’étude suggère que la relation entre la complexité neuronale, en particulier la complexité de Lempel-Ziv, et la richesse de l’expérience subjective sous psychédéliques est plus faible et moins claire qu’on ne le pensait, remettant en question son statut de marqueur robuste pour cet état de conscience. Les résultats soulignent la supériorité de la puissance oscillatoire alpha et de l’entropie de permutation comme corrélats neuronaux de l’expérience dynamique induite par la DMT.

L’utilisation de la méthodologie Temporal Experience Tracing (TET) démontre son utilité pour capturer les dynamiques nuancées de l’expérience psychédélique, permettant une cartographie plus précise avec l’activité cérébrale. Cela ouvre la voie à une meilleure compréhension des états de conscience altérés. Les auteurs encouragent l’implémentation de telles mesures temporelles pour cartographier plus finement les points communs et les différences entre les divers états de conscience.

La synthèse de cette publication académique peut présenter des erreurs. Envisagez de vérifier ses informations en consultant la publication complète.

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