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Une ambulancière et un policier, portant des uniformes avec des écussons indiquant "OHIO EMERGENCY SERVICES" et "P.E.A.C.E. TRAINED", sont accroupis la nuit dans une rue urbaine. Ils parlent calmement et offrent de l'eau à une personne en détresse assise sur le trottoir, la tête dans les mains. Au-dessus de la personne, des cercles de lumière colorée et floue évoquent une expérience psychédélique. Une tablette au sol affiche le logo "P.E.A.C.E. Program". La scène illustre une approche compassionnelle de réduction des risques lors d'une crise psychédélique.

L’intérêt médiatique et scientifique pour les substances psychédéliques ne cesse de croître, entraînant une augmentation mécanique de leur usage au sein de la population générale. Cependant, cette démocratisation s’accompagne d’une réalité de terrain souvent méconnue : l’impréparation des services de secours face à des états de conscience modifiés intenses. Lorsqu’une expérience tourne mal, la réponse traditionnelle, souvent sécuritaire ou purement sédative, peut aggraver le traumatisme au lieu de l’apaiser. Comment les services d’urgence peuvent-ils s’adapter pour offrir une sécurité réelle sans criminaliser la détresse psychologique ? Et si la réponse passait par une éducation massive des premiers intervenants ?

Une réponse pragmatique à une consommation en hausse

Face à l’augmentation notable de l’usage des hallucinogènes, les autorités de l’Ohio font le choix du pragmatisme en reconnaissant que l’absence d’encadrement constitue le principal facteur de risque pour la santé publique.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon l’Enquête nationale sur la consommation de drogues et la santé de 2024, l’usage des hallucinogènes chez les personnes de plus de 12 ans a connu une hausse significative, passant de 2,7% en 2021 à 3,6%. Cette tendance est largement alimentée par la couverture médiatique positive autour des bienfaits thérapeutiques potentiels de ces substances. Toutefois, l’usage autonome, sans dosage précis ni supervision formée, expose les nouveaux utilisateurs à des situations dysrégulées ou accablantes.

Lorsqu’une expérience psychédélique devient difficile, elle peut nécessiter une intervention extérieure. Le problème actuel réside dans le décalage entre l’intention des secours et leurs compétences réelles. Les policiers, ambulanciers ou infirmiers souhaitent aider mais se retrouvent souvent démunis face à une détresse psychologique qu’ils ne savent pas décoder. Sans outils adaptés, une intervention bienveillante peut involontairement se transformer en source de stress supplémentaire pour l’individu en crise.

L’alliance de l’académique et de l’associatif pour le programme P.E.A.C.E.

Pour combler ce vide capacitaire, l’Université d’État de l’Ohio s’associe à l’expertise historique de MAPS afin de déployer un programme de formation financé par des fonds publics.

C’est dans ce contexte qu’est né le programme P.E.A.C.E. (Psychedelic Emergency, Acute, and Continuing Care Education). Cette initiative est pilotée par le Centre de recherche et d’éducation sur les drogues psychédéliques (CPDRE) de l’Université d’État de l’Ohio. Le projet bénéficie d’un financement solide de 400 000 dollars, octroyé via une subvention SOAR Innovation par le Département de la santé comportementale de l’Ohio (DBH).

L’originalité de ce programme réside dans son partenariat avec MAPS (Association multidisciplinaire pour les études psychédéliques). Cette organisation à but non lucratif, pionnière dans la recherche sur les psychédéliques, apporte son contenu pédagogique éprouvé. Le cursus intègre ainsi des modules vidéo spécialisés et des évaluations conçus par MAPS, couvrant la reconnaissance des crises psychédéliques, les protocoles de réponse et la gestion de la responsabilité des intervenants. Il s’agit d’une convergence rare entre la rigueur universitaire, le financement étatique et l’expertise militante de terrain.

Changer de paradigme : vers une approche compassionnelle

L’objectif n’est plus la répression mais la sécurisation des parcours, en transformant chaque intervention d’urgence en un espace de désescalade respectueux de la dignité humaine.

MAPS ne débute pas dans ce domaine. L’organisation avait déjà collaboré avec la ville de Denver, dans le Colorado, suite à la décriminalisation de la psilocybine en 2019, pour former les services de sécurité publique. Cette expérience a permis de valider des méthodes de réduction des risques (“Harm Reduction”) qui privilégient le calme et le soutien émotionnel à la contention physique ou chimique.

Sia Henry, associée principale aux politiques chez MAPS, souligne que l’expansion de l’usage des psychédéliques doit s’accompagner d’une infrastructure de sécurité correspondante. L’enjeu est de préparer les professionnels à répondre “en toute sécurité, avec compassion et efficacité“. Le Dr Stacey B. Armstrong, directrice associée du CPDRE, insiste sur la nécessité d’armer la main-d’œuvre non pas d’armes, mais de connaissances pour soutenir une expérience difficile sans “augmenter le risque ou les dommages“.

Accessibilité et déploiement à l’échelle de l’État

L’ambition du projet est massive : toucher l’intégralité des acteurs de la chaîne de secours de l’État grâce à un modèle de formation gratuit et hybride.

Le programme P.E.A.C.E. ne se limite pas à une élite médicale. Il vise à former plus de 127 000 professionnels à travers l’Ohio. Le spectre des bénéficiaires est large : médecins, infirmiers, travailleurs sociaux, techniciens médicaux d’urgence (EMT), policiers et psychiatres. Pour garantir un impact réel, la formation est proposée gratuitement, levant ainsi les barrières financières qui freinent souvent la formation continue.

Tina Romanella, coordinatrice du programme au CPDRE, rappelle que l’information dans ce domaine est souvent “inaccessible, inabordable ou inexacte“. P.E.A.C.E. entend corriger ces trois défauts simultanément. Le déploiement s’appuiera sur des séminaires en présentiel prévus en janvier, mars et juillet 2026, complétés par des ressources en ligne pour assurer une couverture territoriale complète, des centres urbains aux zones rurales.

Sécuriser l’avenir des soins mentaux

Au-delà de la simple gestion de crise, cette initiative marque une reconnaissance institutionnelle de la complexité des soins psychiques et ouvre la voie à une intégration plus sûre des thérapies assistées.

Cette initiative de l’Ohio marque un tournant dans la politique de santé publique américaine. En finançant la formation de ses agents à la réalité des états modifiés de conscience, l’État admet implicitement que la prohibition ne suffit pas à gérer les enjeux de santé publique. Le programme P.E.A.C.E. apporte une réponse concrète à la question de la sécurité : la meilleure protection pour les usagers et les intervenants réside dans l’éducation et la désescalade, plutôt que dans la coercition. C’est une brique essentielle pour construire un futur où la santé mentale est traitée avec la nuance qu’elle exige.


💡 Et vous, comment réagiriez-vous face à une crise psychédélique ?

L’initiative de l’Ohio montre que la bonne volonté ne suffit pas : il faut des techniques précises pour transformer une situation de panique en un moment de soin.

🚑 Pensez-vous que ce type de formation devrait être obligatoire pour les pompiers et policiers en France ?

💬 Partagez votre avis en commentaire ! Votre vision nous aide à mieux comprendre les attentes autour de la sécurité des thérapies assistées. 👇


Source :

MAPS. (2025). Ohio State’s Center for Psychedelic Drug Research and Education collaborates with MAPS for the Ohio P.E.A.C.E. program

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