Face à l’approbation imminente ou récente de substances psychédéliques telles que la psilocybine et la MDMA par des agences réglementaires internationales, de nombreuses interrogations éthiques et politiques émergent quant à leur intégration dans la pratique médicale conventionnelle. Ce document présente les conclusions d’un groupe multidisciplinaire réuni pour formuler des recommandations consensuelles sur l’administration éthique de ces thérapies.
Le consensus émet 20 recommandations réparties autour de 5 domaines éthiques clés : les réparations, la réciprocité, l’équité et le respect ; le consentement éclairé ; les limites professionnelles et le contact physique ; l’expérience personnelle des praticiens ; ainsi que la régulation de l’accès et les compétences requises. L’étude met en lumière la nécessité d’impliquer les populations marginalisées et autochtones tout en établissant des garde-fous rigoureux pour protéger les patients lors des états modifiés de conscience.
L’étude vise à identifier les principaux enjeux éthiques et politiques associés à l’intégration progressive des thérapies assistées par des psychédéliques au sein de la pratique clinique.
Elle cherche à définir des points de consensus et à désigner les acteurs responsables de la mise en œuvre de ces recommandations, tout en ciblant les domaines nécessitant des recherches et des délibérations supplémentaires.
- Organisation : Atelier de travail intensif de 2,5 jours tenu du 9 au 12 juin 2023 au Banbury Center du Cold Spring Harbor Laboratory.
- Participants : 27 experts représentant diverses disciplines et perspectives (cliniciens, chercheurs, représentants de peuples autochtones, industrie, philanthropie, vétérans, facilitateurs de retraites, concepteurs de programmes de formation et bioéthiciens).
- Collecte des données : Recueil préalable des problématiques éthiques et réglementaires clés, catégorisées ensuite en 6 thèmes directeurs : éthique de la recherche, gestion des attentes et consentement éclairé, éthique thérapeutique, formation et agrément des praticiens, équité et accès, et rôle de la régulation.
- Processus de consensus : Présentations thématiques, délibérations plénières quotidiennes, rédaction d’un résumé de synthèse par les organisateurs, puis révision collaborative collective durant l’atelier et finalisation par échanges électroniques.
- Réparations, réciprocité et équité : Respecter la souveraineté et les savoirs autochtones sans interférence des politiques médicales occidentales ; encourager la science ouverte et le partage de données ; intégrer les populations marginalisées dans la gouvernance et les essais cliniques.
- Consentement éclairé : Informer clairement les patients sur l’éventail des expériences possibles (y compris les changements transformateurs ou l’absence d’effet) tout en évaluant l’influence du processus de consentement sur le “mindset” et les résultats cliniques.
- Limites professionnelles et contact physique : Définir le consentement explicite partagé pour le toucher de soutien, garantir le droit inconditionnel du patient de le refuser en séance quel que soit son état, et encourager la vidéo-surveillance mutuellement convenue ou la présence de co-thérapeutes pour prévenir les abus.
- Expérience personnelle du praticien : L’expérience personnelle d’un état psychédélique ne doit pas être une obligation pour la formation, la certification ou l’obtention de la licence professionnelle.
- Régulation et accès : Établir des compétences fondamentales pour la formation ; garantir une couverture par les assurances publiques et privées à parité avec les autres soins psychiatriques ; clarifier la distinction entre modèles cliniques et modèles d’usage pour adultes accompagnés.
L’intégration clinique des psychédéliques nécessite une refonte des cadres bioéthiques habituels afin d’englober des principes de réciprocité culturelle, de justice réparatrice et de respect des traditions ancestrales. Les systèmes de santé doivent se prémunir contre les risques de dérives financières ou les abus d’autorité liés à la vulnérabilité intrinsèque des états non ordinaires de conscience.
Sur le plan pratique, ces recommandations obligent les organismes de réglementation, les associations professionnelles et les payeurs de soins à définir des normes rigoureuses d’agrément et de remboursement, évitant ainsi que les contraintes d’accès ne poussent les personnes souffrant de troubles sévères vers des structures non médicalisées non supervisées.
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