Cette étude évalue la cohérence temporelle et la fiabilité des réponses autodéclarées concernant la consommation de substances psychédéliques et dissociatives au sein de la population générale américaine. Alors que la prévalence de ces usages augmente de façon notable, peu de données récentes analysent la précision métrologique des enquêtes épidémiologiques en ligne.
En s’appuyant sur les données de l’enquête NSIHT (National Survey Investigating Hallucinogenic Trends), les chercheurs soumettent un sous-échantillon de participants à un second questionnaire après un intervalle médian de sept jours. L’analyse porte sur 17 substances différentes, incluant la psilocybine, le LSD, la MDMA, la DMT et la kétamine, ainsi que sur les motivations et la récurrence de consommation.
Les résultats révèlent une fiabilité substantielle à excellente pour l’ensemble des substances étudiées selon le coefficient AC1 de Gwet. La concordance globale est principalement portée par la déclaration constante de non-consommation, tandis que la concordance positive diminue avec la rareté d’usage de la substance. De même, les motifs d’usage et la récence des prises présentent une très haute stabilité après ajustement statistique.
L’étude vise à quantifier la fiabilité test-retest des déclarations d’usage autodéclaré sur les douze derniers mois pour 17 substances psychédéliques et dissociatives au sein d’un échantillon d’adultes recruté en ligne.
Elle cherche également à mesurer la stabilité des réponses relatives aux motivations d’usage et à la récence de la consommation (usage au cours des quatre dernières semaines).
- Conception de l’étude : sous-étude test-retest pré-enregistrée sur Open Science Framework, adossée à l’enquête transversale de surveillance épidémiologique NSIHT (National Survey Investigating Hallucinogenic Trends).
- Participants : échantillon de 2 023 adultes résidant aux États-Unis ayant déclaré au moins un usage de substance psychédélique ou dissociative au cours des 12 derniers mois, parmi lesquels 690 répondants (taux de retest de 34,1 %) complètent le second questionnaire après un délai médian de 7 jours (intervalle interquartile de 3 à 12 jours).
- Mesures et substances : évaluation de l’usage à vie et sur les 12 derniers mois de 17 substances (dont la psilocybine, le LSD, la MDMA, la kétamine, la DMT, le 2C-B, le 5-MeO-DMT, l’ayahuasca, l’ibogaïne, le peyotl, le San Pedro et Salvia divinorum), complétée par des questions modulaires sur les motifs et la récence d’usage. L’ordre de présentation des substances est randomisé pour prévenir les biais d’ordre.
- Analyses statistiques : calcul du pourcentage d’accord global, des accords positifs et négatifs moyens, et du coefficient d’accord de premier ordre de Gwet (AC1) afin de contourner le paradoxe de Kappa en présence de faibles prévalences. Modélisation par régression logistique à effets mixtes pour évaluer la fiabilité des motifs et de la récence en tenant compte de la logique de saut de questions.
- Fiabilité globale de l’usage : le coefficient AC1 de Gwet indique une fiabilité substantielle à excellente pour l’ensemble des 17 substances (toutes les valeurs sont ≥ 0,73, moyenne de 0,87), allant de 0,73 pour la psilocybine et la MDMA jusqu’à 0,92 pour le peyotl, le 5-MeO-DMT et la kétamine illicite.
- Taux d’accord : le pourcentage d’accord global moyen atteint 90,4 % (de 85,1 % pour la MDMA à 92,8 % pour la kétamine illicite). Cet accord élevé découle principalement d’une solide concordance sur l’absence de consommation (accord négatif).
- Effet de la prévalence : la concordance positive diminue en corrélation avec la rareté de la substance (86,8 % pour la psilocybine contre 30,0 % pour l’ayahuasca), tout en restant systématiquement supérieure au niveau du hasard (25 %).
- Motifs et récence d’usage : après ajustement pour la logique de saut du questionnaire et les consommations multiples, la probabilité d’obtenir une réponse fiable se situe entre 0,96 et 0,98 pour tous les motifs d’usage et pour l’usage dans les quatre dernières semaines, dépassant largement le seuil aléatoire théorique (0,78).
- Représentativité : les caractéristiques démographiques et de santé mentale entre les répondants et non-répondants au retest ne présentent que des variations minimes, confirmant la validité interne des estimations.
Cette étude démontre que les questionnaires en ligne constituent des instruments méthodologiquement solides et fiables pour surveiller les tendances d’usage des psychédéliques, malgré la stigmatisation et la clandestinité entourant souvent ces pratiques.
Les auteurs soulignent que le coefficient AC1 de Gwet est particulièrement adapté pour évaluer des comportements à faible prévalence, comblant ainsi les lacunes historiques associées au coefficient Kappa de Cohen.
Ces conclusions renforcent la crédibilité des données observationnelles utilisées par les régulateurs, les cliniciens et les décideurs politiques, tout en plaidant pour une standardisation accrue des protocoles via le pré-enregistrement d’études ouvertes.
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