L’usage de substances psychédéliques au cours de la vie est régulièrement associé à une plus forte proximité avec la nature et à des comportements pro-environnementaux. Toutefois, les mesures reposant sur l’auto-déclaration peuvent être altérées par des biais de confirmation ou des stéréotypes culturels associant l’usager de psychédéliques à un profil proche de la nature. Cette étude réexamine cette relation en intégrant une mesure de connaissances factuelles et vérifiables sur le climat.
À partir d’un échantillon international de 641 participants ayant renseigné leur historique de consommation pour 30 substances psychoactives, les auteurs mesurent la connexion à la nature, l’inquiétude face au changement climatique et les connaissances objectives évaluées par un questionnaire précis. Les résultats révèlent que l’usage de psychédéliques, particulièrement la psilocybine, prédit directement et indirectement, par l’entremise de la connexion à la nature, un niveau plus élevé de connaissances objectives sur le climat.
L’étude vise à vérifier si la relation entre l’usage de psychédéliques et les attitudes environnementales reflète un véritable engagement cognitif ou de simples biais de désirabilité sociale. L’objectif principal est de déterminer si l’expérience psychédélique prédit des connaissances objectives sur le dérèglement climatique en utilisant la connexion à la nature comme variable médiatrice, tout en contrôlant l’âge, l’éducation et la consommation d’autres substances.
- Échantillon : 641 participants recrutés en ligne (âge moyen de 24,54 ans ; 342 hommes, 296 femmes, 3 non-binaires/autres), majoritairement diplômés de l’enseignement secondaire ou supérieur.
- Mesure des substances : Évaluation de la fréquence d’usage au cours de la vie de 30 substances psychoactives à visée récréative, incluant la psilocybine, le LSD, la DMT, la mescaline et la MDMA.
- Variables pro-environnementales : Administration de l’échelle de connexion à la nature (NR), d’une échelle d’inquiétude face aux conséquences climatiques et d’un test objectif de 10 questions à choix multiples portant sur les données scientifiques du climat.
- Analyses statistiques : Régressions linéaires multiples et modélisation par équations structurelles (SEM) afin d’évaluer les effets directs et indirects en contrôlant l’âge et le niveau d’instruction.
- Prédicteur spécifique : Parmi l’ensemble des substances analysées, seule la consommation de psilocybine prédit de manière robuste et significative le score global de connexion à la nature ainsi que ses trois sous-dimensions.
- Effet sur les connaissances objectives : L’usage de psilocybine prédit significativement de meilleures performances au test de connaissances sur le changement climatique, à la fois directement et indirectement par le biais d’une connexion accrue à la nature.
- Effet ambivalent sur l’inquiétude climatique : La psilocybine augmente indirectement l’inquiétude climatique via la connexion à la nature, mais manifeste un effet direct négatif réduisant cette anxiété, ce qui neutralise l’effet total.
- Dépassement des biais : L’association avec des scores factuels vérifiables démontre que le lien entre psychédéliques et environnementalisme ne découle pas uniquement d’une posture stéréotypée ou d’un biais de réponse.
Ces conclusions indiquent que l’affinité émotionnelle développée envers le monde naturel sous l’effet des psychédéliques incite les individus à s’informer activement et à développer une compréhension objective des enjeux écologiques. L’augmentation des connaissances factuelles suggère une réelle transformation du rapport à l’environnement plutôt qu’une simple adoption de valeurs de façade.
Sur le plan des politiques publiques et éducatives, ces travaux soulignent l’importance de stimuler le sentiment d’appartenance à la nature pour favoriser l’acquisition de savoirs scientifiques sur le climat. Les auteurs suggèrent également que la modulation de l’anxiété environnementale par les psychédéliques offre des perspectives pertinentes pour la recherche sur la santé mentale et l’éco-anxiété.
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